La voix de l’architecture - François Chaslin (1948-2025)
Avec la mort de François Chaslin dans la rade de Brest sur la plage de Lanildut le 7 août dernier, c’est la dernière des quatre figures françaises du monde de la critique et de l’histoire de l’architecture de ce demi-siècle qui vient de disparaître en seulement deux années. Précisément deux ans jour pour jour après la mort accidentelle de son ami d’adolescence l’architecte et historien Jean-Louis Cohen. L’architecte et urbaniste Philippe Panerai était décédé trois mois plus tôt et l’architecte et théoricien Jacques Lucan le sera deux mois plus tard.
Fils de l’ingénieur et entrepreneur Paul Chaslin, François Chaslin avait la plume la plus brillante des quatre intellectuels et ne cachait pas son goût pour une écriture moins universitaire mais plus littéraire, un don que ses amitiés dans le milieu germanopratin avaient sans doute encouragé. Se tenant à distance des milieux professionnels depuis une dizaine d’années, c’est d’ailleurs à cette activité qu’il a consacré l’essentiel de son temps, entre Paris et la Bretagne. Il n’en était pas moins un critique et enquêteur rigoureux lorsqu’il s’agissait de porter un regard sur la production architecturale. Avec Frédéric Edelmann (1951-2024), il avait été l’un des premiers critiques d’architecture dans les pages du Monde. Pour avoir eu la chance de l’avoir comme confrère, je peux témoigner du plaisir de débattre avec lui, qui argumentait fermement mais toujours avec une politesse non feinte et souvent beaucoup d’humour. « Je suis quelqu’un qui a, non par cynisme mais par appétit, côtoyé des architectes fort différents. Je suis fondamentalement éclectique et j’ai une vision un peu littéraire, un peu romanesque, sociale aussi de l’architecture. Ce sont les émotions spatiales et atmosphériques et les conjonctures historiques qui me passionnent. Plus peut-être que certaines réflexions de l’ordre de la composition », disait-il à Antoine Loubière dans un long et riche entretien paru en 2019 dans la revue Urbanisme.
Responsable des expositions à l’Institut français d’architecture de 1980 à 1987, il a grandement contribué à l’émergence de la génération d’architectes des années 1980 en organisant notamment les expositions sur Christian de Portzamparc, Henri Gaudin, Henri Ciriani, Jean Nouvel ou Tadao Ando. En 1987, il prend la rédaction en chef de L’Architecture d’Aujourd’hui, qui est alors la revue française de référence. Il la modernise y introduisant une dimension plus journalistique. En 1994, il en laisse les clefs à Jean-Paul Robert (1952-2023) qui la fait encore briller pendant quatre ans avant qu’elle ne soit revendue. Il part alors avec son ami l’écrivain Jean Rolin à Sarajevo, alors assiégé, pour soutenir les architectes bosniaques, une expérience douloureuse qui le marquera durablement. Il préfacera d’ailleurs Sarajevo, l’architecte et les barbares, le journal de guerre de l’architecte Ivan Štraus (Éditions du Linteau, 1994). (...)