Copyright : © Emmanuel Caille

Si malgré de violentes poches de résistances climatosceptiques et des signes de « greenbacklash » inquiétants, tout le monde prétend désormais laver plus vert, c’est rarement avec la même lessive. D’un côté, les alarmistes, pour qui le modèle économique mondial doit être entièrement reconfiguré pour éviter la catastrophe et, de l’autre, les rassuristes, pour qui la canicule n’est qu’un problème de climatisation. Entre les deux, une multitude de comportements plus ou moins vertueux qui permettent aux plus « verts » d’accuser de greenwashing ceux qui le sont moins qu’eux. Le problème de l’écoblanchiment – comme disent les Québécois –, c’est que les comportements les plus grotesques (ceux qui – littéralement – repeignent en vert) ne sont pas les plus dangereux, car personne n’est dupe de ces leurres imposés par le marketing. Le plus redoutable est parfois le greenwashing de celui qui détourne l’attention des vraies menaces en nous faisant croire par exemple que le plastique est entièrement recyclable, ou de celui qui en toute bonne foi pense que le développement du biosourcé ou des énergies renouvelables suffira à sauver la planète (même si leur développement est évidemment urgent et indispensable !).

En architecture, il y a ceux qui veulent changer le système de l’intérieur en espérant que leur force de conviction et leur ingéniosité sauront convaincre des maîtrises d’ouvrage indifférentes, au risque de se faire les complices de ce monde de l’immobilier aveugle, drogué aux profits à court terme. Et il y a les autres, qui promeuvent l’abstinence constructive ou le réemploi. Le problème est que, par la nature de leur engagement, ils ne pourront jamais peser lourd sur le marché global du bâtiment. Attitude courageuse, mais dont l’impact risque d’être insignifiant. Laissons donc chacun apporter sa contribution, mais à une condition : sans cesse travailler à démasquer le greenwasher (l’écoblanchisseur ?) qui sommeille en nous.

 

En couverture : Golf Wadi Safar Signature, Arabie saoudite. L’entretien du gazon de ce golf niché en plein désert nécessite de dessaliniser 6 000 m3 d’eau de mer par jour.
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