Copyright : © Tarik Abd El Gaber

Trente-cinq structures, 200 000 visiteurs, 10 000 élèves sensibilisés chaque année. Les Maisons de l’architecture constituent l’autre versant – discret, fragile, irremplaçable – de la culture architecturale partagée.

Pendant que les CAUE se débattent avec l’effondrement de leur financement, que le GIP Epau digère son amputation budgétaire et que les ENSA négocient leur identité disciplinaire au sein d’une direction générale élargie, un autre maillon de la chaîne de l’intérêt public architectural poursuit discrètement son travail. Les Maisons de l’architecture ont à leur charge non plus le conseil à la maîtrise d’ouvrage ou la formation des concepteurs, mais la sensibilisation du plus grand nombre. Les chiffres, pour modestes qu’ils paraissent à l’échelle nationale, disent la constance d’un engagement qui ne bénéficie ni de la visibilité des grands opérateurs culturels ni de la protection statutaire des corps constitués.

Une médiation irremplaçable, une architecture institutionnelle fragile

La vocation des Maisons de l’architecture est à la fois simple à énoncer et difficile à tenir : convaincre que l’architecture n’est pas affaire de spécialistes, qu’elle engage chaque habitant, chaque usager, chaque citoyen. Expositions, biennales nationales, débats, visites, ateliers pédagogiques, résidences, palmarès : le spectre des actions est large, délibérément généraliste, ancré dans le tissu local. Selon un sondage Ifop (datant de 2019…), 84 % des Français considèrent que la qualité architecturale de leur environnement influe sur leur bien-être. Mais combien savent qu’il existe, à quelques kilomètres de chez eux, une structure dont c’est précisément la mission ? Le paradoxe est là, têtu : des structures dont la raison d’être est la visibilité de l’architecture peinent elles-mêmes à se rendre visibles.

Ce déficit tient pour partie à leur histoire. Nées dans le sillage de la loi de 1977, les Maisons se sont développées de manière organique, au gré des volontés locales et des configurations politiques régionales. Il en résulte une hétérogénéité coûteuse : statuts variables, budgets disparates, gouvernances enchevêtrées. Plus structurante encore est la question du rattachement aux conseils régionaux de l’Ordre des architectes. Ce lien originel a permis leur émergence, mais il crée aujourd’hui une tension de fond : comment affirmer une posture d’ouverture au grand public et d’indépendance critique lorsqu’on est structurellement adossé à l’institution qui représente et défend les intérêts de la profession ? (...)

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