Copyright : © Pierre-Yves Brunaud

Au coeur du 19ème arrondissement de Paris, dans un site enclavé environné de barres et de tours, à deux pas de la Place des Fêtes, la réhabilitation de l’ancien lycée hôtelier Jean Quarré transforme les bâtiments existants, datant des années 1970. Le programme accueilli est unique au monde, à haute valeur culturelle et sociale. Il assemble un équipement culturel de proximité et un lieu dédié à l’intégration des personnes exilées sur le territoire parisien.

La médiathèque porte le nom de l’auteur, poète, essayiste et dramaturge américain James Baldwin, né en 1924 à Harlem (New-York) et mort en 1987 à Saint-Paul-de-Vence (France). Elle a rejoint les quatre médiathèques de la ville de Paris qui disposent d’un « pôle sourd » pour accueillir le public en langue des signes.

La Maison des réfugiés réunit en son sein toutes les dimensions du parcours d’intégration, dans un lieu convivial, de rencontres et d’échanges de temps, de connaissances et de savoir-faire entre réfugiés, habitants du quartier, de la ville, professionnels et partenaires. Elle est pilotée par Emmaüs Solidarité et Singa, association ayant pour objet l’intégration des personnes réfugiées et migrantes.

Les deux équipements partagent une salle polyvalente (270 m2), un espace de colearning / coworking (210 m2) et un jardin.

La structure existante redécouverte

Les structures de l’ancien lycée ont été préservées, nettoyées, désamiantées et désencombrées d’éléments parasites. Fruit d’une construction industrialisée, sa réalisation assemblait des éléments préfabriqués en béton armé, poteaux, poutres, dalles de planchers et panneaux de façade. Une déconstruction très sélective a été opérée : des dalles, murs et panneaux de façade ont ainsi été découpés. Leurs pièces tranchées sont restées sur place pour être réemployées dans le projet, notamment les 135 dalles réemployées sur le parvis planté. Le bâtiment est devenu la carrière de son propre avenir.

La régularité de la structure a été retrouvée et la qualité de la mise en œuvre du béton armé mise à jour. Les poteaux, les poutres et les panneaux des structures existantes sont mis en valeur. Les espaces utiles aux usages d’une médiathèque et d’une maison d’accueil ont été ainsi ouverts. Des doubles hauteurs tournent dans la médiathèque et permettent de percevoir les étages supérieurs.

La déconstruction sélective a permis un réemploi in situ et ex situ, par des preneurs au sein de la ville de Paris, des dons aux associations de l’économie sociale et solidaire (La Rquincailletrie, La Parole Errante, la Ruche du Kremlin Bicêtre, RéaVie) et par des dons aux particuliers (créneaux de 2 heures par semaine pendant un mois).

L'espace ouvert par l'air et la lumière naturels 

Le projet est de conception bioclimatique, il puise les ressources utiles à son bon fonctionnement dans son environnement. La structure existante affinée, accueille la lumière naturelle omniprésente de toutes parts et variant au fil des heures et des saisons. Laissée apparente, y compris les parties sciées, elle offre des surfaces douces et riches de textures, par simple ponçage des surfaces existantes. Elle apporte une inertie propice à la bonne régulation de la température intérieure. Les baffles acoustiques (en lin et fibres végétales) flottent en plafond et n’interdissent pas l’accès aux sous-faces de plancher et aux poutres en béton.

L’ensemble du projet favorise la ventilation naturelle hygiénique, notamment par la création de trémies en double hauteur intérieure et d’un puits dépressionnaire avec le jardin en patio. Elle traverse les espaces et apporte un confort sain, en été comme en hiver, selon trois dispositifs : la ventilation naturelle traversante pour les parties publiques de la médiathèque et de la maison des réfugiés, la ventilation naturelle assistée simple flux pour les bureaux et la ventilation naturelle assistée double flux pour l’espace de coworking.

Les baies en façades des bâtiments existants sont remplies d’ensembles menuisés. Ils sont composés d’une petite fenêtre verticale latérale protégée par une persienne pour le confort de jour et la surventilation nocturne, d’une fenêtre ouvrante protégée par des brise-soleil orientables (BSO) et en allège une entrée d’air spécifique à la ventilation naturelle (marque DUCO). Les allèges reçoivent des usages différentiés selon les espaces : radiateurs, rangements ou espaces individuels de lecture. Le dispositif de confort bioclimatique est complété par des brasseurs d’air.

Le bois et la terre coulée font lien

Dans une démarche écoresponsable, pour une réalisation à faible impact environnemental, la réhabilitation soignée de l’existant est complétée par une nouvelle construction en matériaux biosourcés et géosourcés. Les bâtiments, carré de la médiathèque et allongé de la maison des réfugiés, sont reliés par un volume vertical, dit « le lien », permettant de desservir les différents niveaux et espaces des établissements. Construit en bois, ce bâtiment non chauffé, espace tampon bioclimatique, accueille des murs préfabriqués en terre coulée, garantissant une inertie thermique et une régulation de l’humidité. Le bois massif et la terre laissés brut augmentent l’expérience tactile de l’espace.

Une mantille en bois enveloppante le recouvre et fait office de filtre à haute protection solaire. En Douglas pré-grisé, faite de petits éléments obliques assemblés avec des écarteurs, elle intègre la coursive d’accès pour l’entretien et le nettoyage des façades vitrées. Et elle permet également de signaler et de donner une présence à la médiathèque et à la maison des réfugiés depuis la place des Fêtes dès la sortie du métro.

Le bois et les matériaux biosourcés sont privilégiés :

  • ITE en fibre de bois de 24 cm d’épaisseur ;
  • cloisons en Fermacel généralisé et isolant en fibre de bois ;
  • sol souple en Linoléum et caoutchouc ;
  • chape sèche du volume lien avec un résident en laine de bois ;
  • panneaux acoustique en lin et fibres végétales ;
  • isolant en verre cellulaire issus du recyclage des pare-brise ;
  • isolant généralisé en laine de bois.

Le bois est utilisé pour :

  • menuiseries intérieures et extérieures en pin traité classe IV ;
  • structure du lien en CLT ;
  • façades à ossature bois ;
  • escaliers de desserte intérieure de la médiathèque.

La terre mise en oeuvre est :

  • issue des excavations du Grand Paris, de Cycle terre ;
  • coulée en modules préfabriqués selon les principes de la mise en œuvre du béton armé de ciment ;
  • armé d’une ossature bois ;
  • composée de terre argileuse, de paille hachée, de sable et d’eau.

L'hospitalité

La haute structure poteau / poutre existante accueille avec facilité les activités dédiées aux réfugiés et aux riverains : offrir une boisson d’accueil, apprendre le français, cuisiner, bouger, accéder aux droits, participer à des spectacles, se parler, aider aux diverses démarches administratives.

Elle offre des grands volumes porteurs d’aisance et riches de lieux différenciés, dans une acoustique soignée qui préserve chacun. La musique d’un piano à queue offert par Mélody Gardot en occupe l’espace au gré des pianistes de passage.

Une longue terrasse tournée au Sud favorise des moments de détente et permet l’accès au jardin partagé.

Paysage et biodiversité 

Le projet préfigure le PLU bioclimatique de Paris, par sa conception architecturale et par son attention portée au vivant, au paysage et au sol. Il a désimperméabilisé 70% de la surface de la parcelle. En outre, les toitures sont végétalisées avec un substrat épais et de nombreux hôtels à insectes y sont installés.

La pleine terre réapparaît partout, dans le patio au centre de la médiathèque, dans le parvis, le jardin des ombres, le jardin partagé et pour la terrasse de la Maison des réfugiés. Pendant le chantier, les arbres existants ont été protégés. La végétalisation multistrates est réalisée avec des essences régionales. Les eaux de pluies sont récupérées.

La lutte contre l’effet d’îlot de chaleur urbain est organisée par cette augmentation des surfaces végétalisées, la mise en œuvre de revêtements clairs (dalles de béton recyclées et sables stabilisés) et une planche d’eau entre le jardin partagé et le jardin des ombres.

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DP Médiathèque James Baldwin et Maison des réfugiés associer14   DP Médiathèque James Baldwin et Maison des réfugiés associer10    Med J.QUARRE massedessinee2 G.Same
00 RDC Bas   01 RDC Haut   02 R1
03 R2   04 R3   05 R4 Toiture
Axono Jean Quarré   COUPE Projet 1   COUPE Existant sol trait
Med J.QUARRE coupedessineeA2 G.Same   Med J.QUARRE detaildessine G.Same   Med J.QUARRE coupedessineeB2 G.Same

Médiathèque James Baldwin et Maison des réfugiés

Adresse : 12bis rue Henri Ribière 75019 Paris

Programme : Équipement public culturel et social

Maître d’ouvrage : Dcpa/Samo, DAC, DSOL (Ville de Paris)

Utilisateurs : DAC (Ville de Paris), Emmaüs et Singa

Bureau de contrôle : Alpes Contrôles

SPS : Solutech

Architectes : associer (atelierPhilippeMadec) (mandataire), Philippe Madec ; Chefs de projets : Yann Le Métayer, Estelle Nguyen, Nathalie Dectot

Maître d’œuvre pour la terre : Nicolas Miessner architecte, Amàco, BETerre

Paysagiste : Mutabilis

Conseil en environnement : Tribu DD

BET général : Igrec Ingenierie (structure, fluides, opc, économie)

BET structure bois : Gaujard technologies

Acoustique : Aab

Crédits photo : Pierre-Yves Brunaud

Surface : 4 406 m2

Surface du terrain : 6 467 m2

Surface au sol construite : 26,50 %

Espaces verts communs : 1 887 m2

Places assises : 500

Coût des travaux : 17,5 M€ HT

Calendrier :

Concours : Dialogue compétitif 2018

Délais travaux : 5 ans

Livraison : Juin 2024 / avril 2025

Entreprises : CBC service, Cenomane, Fehr, Sntpp, Terideal

Les bâtiments de la médiathèque James Baldwin et de la Maison des réfugiés sont isolés par l’extérieur avec un isolant biosourcé.

Le chauffage et l’eau chaude proviennent du réseau de chauffage urbain de la ville de Paris, le CPCU.

60 m2 de panneaux photovoltaïques en toiture de la médiathèque produisent 20% de l’électricité nécessaire aux usages quotidiens.

Éclairage par LED en majorité, indice de réflexion de couleur 3000K, luminaires gradables sur détection de présence et luminosité.

La réalisation à énergie positive et bas carbone atteint le niveau E3C1 voire C2, soit BBCA.

Consommation d’énergie primaire : 55,3 kWhep/m2.an, niveau A (réhabilitation) ; consommation avant travaux : 269,20 kWhep/m2.an Chantier vert.

Distinctions :

- label Biodivercity ;

- niveau Or du label BDF Bâtiment Durable Francilien en phase Conception puis en phase Réalisation.

  • finaliste du prix International IFLA GREEN LIBRARY Award (en cours)

© Pierre-Yves Brunaud