L’agence autrichienne Baumschlager Eberle, historiquement reconnue pour son inventivité constructive au service d’une architecture respectueuse de l’environnement, vient de livrer à Saint Germain-en-Laye deux bâtiments universitaires dans le grand parc du château Saint-Léger, désormais transformé en campus universitaire. Conformes à la réglementation environnementale 2020, ces édifices nous renseignent sur ce que ces nouvelles règles font, sinon à l’architecture, du moins à l’art de bâtir.

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Maître d’ouvrage : Foncière du Château Saint-Léger ; Because Architecture Matters, AMO Maîtres d’œuvre : Architecte mandataire et conception urbaine : Baumschlager Eberle Architectes (Projet global, la Grande Orangerie, l’Incubateur, les Attiques et les Belvédères) ; équipe projet : Anne Speicher, Mathias Bernhardt, Pierre Floch, Antoine Becchetti, Kartsen Buchholz, Juliette Chiarodo, Céline Davrinche, Lucien Faucon, William Raynal Entreprise générale : Bouygues Bâtiment Surface utile : 11 685 m2 SDP ; surface du site : 67 500 m2 – Volume de bois : 1 353 m3 Coût : 72 millions d’euros HT Calendrier : Concours : 2022 ; durée des études, 12 mois ; durée du chantier, 24 mois ; livraison : janvier 2026 Photographies : © Cyrille Weiner |
Dans un ouvrage intitulé L’éloge du suffisant paru en 1992, André Gorz, philosophe reconnu comme le père de l’écologie politique en France, expliquait que les débats sur l’écologie seraient polarisés entre une nouvelle expertocratie d’une part et une démarche d’autolimitation citoyenne d’autre part. Il décrivait l’expertocratie comme une forme de pouvoir exercée par les autorités publiques, légitimée par l’expertise scientifique et technique, pour réaliser cette transition grâce à l’élaboration de nouvelles lois, règles et normes afin de contraindre la production à la sobriété énergétique. L’autolimitation passerait quant à elle par une évolution des mentalités et des usages qui nous conduirait, par conviction philosophique, à limiter nos désirs du « toujours plus » pour nous concentrer sur l’essentiel, ou le « suffisant », afin de réduire la pression que nous exerçons sur nos ressources naturelles. Avant lui, le philosophe danois Arne Naess, fondateur de la deep ecology, observait déjà en 1976 que nos sociétés industrielles considéraient le dépassement de la crise écologique seulement comme un problème technique qui ne supposait aucune remise en question de nos modes de vie, mais reposait sur une optimisation de nos manières d’agir, servie par l’innovation. Ce clivage dans la pensée écologique parcourt, comme une ligne de faille, tous les courants politiques qui s’en revendiquent, comme l’exemple allemand en témoigne, entre les realos et les fundis.
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Du parc au campus
Le parc du château Saint-Léger accueillait initialement une seule grande villa de style anglo-normand construite en 1882 par l’architecte Léon Carle. L’Institut de recherche de la sidérurgie (IRSID) s’y installa après-guerre et confia à Jean Prouvé la construction de ses laboratoires aujourd’hui disparus. Subsiste de nos jours un seul bâtiment de cet ensemble, dont le Nancéen réalisa la façade-rideau du hall et un magnifique escalier hélicoïdal sur trois niveaux qui témoigne encore de son inventivité constructive au bénéfice de l’économie de matière. Le site devint par la suite le siège français de l’entreprise Ford. En 1991, Dominique Perrault entama la rénovation et l’extension par le sous-sol de la maison d’origine pour la transformer en centre de conférences. Elle semble depuis flotter sur un disque de verre, comme un plan d’eau miroitant au ras du sol. Ce geste architectural est sans doute un peu daté, mais reste néanmoins puissant. Au fil du temps, quelques édifices comme un restaurant d’entreprise sont venus peu à peu miter le parc.
En 2016, le site devient l’iX Campus, complexe universitaire technologique public-privé censé promouvoir « les fertilisations croisées entre la recherche universitaire et les start-up innovantes ». C’est dans ce contexte que sont programmés plusieurs nouveaux édifices, pour des salles de cours, des laboratoires, des bureaux articulés autour du bâtiment de 1947 rénové, lui-même surélevé d’un étage de logements étudiants, en structure et façade bois, par les architectes de l’agence SAME. La pointe est de ce parc accueille quant à elle un gymnase et une école de design aux façades en pierre massive, eux aussi conçu par SAME. Les paysagistes associés à cette dernière opération de densification ont beau déclamer « l’éloge de la disparition », il reste qu’au fil du temps, sous la pression foncière, ce parc romantique du XIXe siècle s’est ainsi peu à peu transformé en un campus high-tech à l’américaine, dont les édifices discrets de plus en plus nombreux (40 000 m2) prennent place dans un environnement arboré, conformément à la tradition moderniste. Le « parc » se réduit alors à l’espacement entre les bâtiments. (...)

