n°327 - juillet/aout 2025

  • Arthur Crestani : toile de fond

    Alberto Moravia disait de l’Inde en 1961 que « c’est un pays qui contraint le voyageur à “prendre position”1 ». C’est précisément cet idéal que poursuit Arthur Crestani avec cette série réalisée en 2017, parallèlement à son mémoire de fin d’études à l’École Louis-Lumière, consacré à l’engagement photographique dans la représentation des villes indiennes depuis les années 1990. Fort de cet état de l’art photographique et familier de l’Inde depuis plusieurs années, Arthur Crestani n’est déjà plus un simple touriste lorsqu’il engage ce projet.

  • Biennale de Venise 2025 - La Mostraterre

    Spritz à la main, croisée au détour d’une ruelle vénitienne, Anna Heringer, architecte championne de la construction en pisé, me confie son émotion face à l’abondante représentation de la terre crue au gré de la présente Biennale. Comme s’il eût fallu 19 éditions pour que ce matériau gagnât le respect de cette institution. Manifestement : j’en avais moi aussi fait l’énumération, parmi les pavillons nationaux comme au sein de l’exposition centrale !

  • Biennale de Venise 2025 - Le burin et le plumeau

    Dans le brouhaha de la Corderie de l’Arsenal, ensiégés par le bruit d’installations vidéo voisines et par un cercle de voyeurs, deux artisans en gho1et baskets, arborant un badge du couple royal, sculptent deux poutres en bois tandis qu’un robot travaille sur l’une de deux autres. Une originalité, au sein de la Biennale, que de donner à voir le travail en œuvre.

  • Biennale de Venise 2025 - Nouvelles alliances

    Peu ou pas de maquettes, de perspectives, de photos ou de vidéos de projets iconiques dans « Intelligens, Natural. Artificial. Collective », l’édition 2025 de la Biennale internationale d’architecture de Venise, qui a ouvert ses portes en mai dernier… Mais beaucoup de concepts, de questionnements et de remises en cause pour repenser la discipline de A à Z afin de faire face au basculement climatique.

  • Canevas hors-site  : 69 logements sociaux, ZAC Port Chemin vert, à Aubervilliers

    À Aubervilliers, l’agence ITARlivre une opération de 69logements sociaux répartis dans deux bâtiments.Des prémurs préfabriqués en béton composent le système constructif retenu parl’architecteIngrid Taillandier, qui explore le hors-site depuis longtemps.

  • Compagnie architecture : L'écoute active

    Parmi les agences incarnant les « nouvelles pratiques » qui, depuis une décennie, transforment doucement mais sûrement le visage de la scène architecturale française, il y a Compagnie architecture, menée depuis 2018 par Chloé Bodart et Jules Eymard. Depuis Bordeaux, ils composent au fil de leurs réalisations un corpus à l’esthétique singulière, dont les contours relèvent d’une volonté de rendre lisibles leurs choix constructifs autant que d’une « écoute active » portée aux usagers et aux habitants.

  • Compagnie architecture : soumis à la question

    D’a : Votre premier souvenir d’architecture ?
    CB : Des bottes de paille délimitant les futurs bâtiments sur le chantier de l’école de cirque Annie Fratellini en troisième année d’école d’architecture.
    JE : Hong Kong à 7 ans.

    D’a : Que sont devenus vos rêves d’étudiant ?
    CB : Une expérimentation joyeuse nécessitant une agilité permanente.
    JE : De la théorie à l’Excel.

    D’a : À quoi sert l’architecture ?
    À faire société.

    D’a : Quelle est la qualité essentielle pour un architecte ?
    L’écoute.

    D’a : Quel est le pire défaut chez un architecte ?
    Le mépris.

    D’a : Quel est le vôtre ?
    L’impatience.

    D’a : Quel est le pire cauchemar pour un architecte ?
    Une mauvaise maîtrise d’ouvrage.

    D’a : Quelle est la commande à laquelle vous rêvez le plus ?
    Une commande où l’on est désirés.

    D’a : Quels architectes admirez-vous le plus ?
    Lina Bo Bardi.

    D’a : Quelle est l’œuvre construite que vous préférez ?
    CB : Toutes ces architectures vernaculaires aperçues lors de mes voyages.
    JE : Le Colisée carré de Rome.

    D’a : Citez un ou plusieurs architectes que vous trouvez surfaits.
    Il faut de tout pour faire un monde.

    D’a : Une œuvre artistique a-t-elle plus particulièrement influencé votre travail ?
    CB : Une rencontre imaginaire entre Sally Gabori, Bérengère Cournut, Sophie Calle et Marielle Macé…
    JE : Non.

    D’a : Quel est le dernier livre qui vous a marqué ?
    Petit-bleu et Petit-jaune, par Leo Lionni, fantastique (un classique de la littérature jeunesse, publié en 1970 à l’École des loisirs, ndlr).

    D’a : Qu’emmèneriez-vous sur une île déserte ?
    CB : Mon carnet à dessin.
    JE : Un bob et des raquettes de plage.

    D’a : Votre ville préférée ?
    CB : Un refuge de montagne dans les Pyrénées.
    JE : Bordeaux, évidemment.

    D’a : Le métier d’architecte est-il enviable en 2025 ?
    Bien sûr, avec force, courage et joie.

    D’a : Si vous n’étiez pas architecte, qu’auriez-vous aimé faire ?
    CB : Jardinière.
    JE : Menuisier.

    D’a : Que défendez-vous ?
    Le plaisir.

  • Construction hors-site : le retour en grâce ?

    Le hors-site – nouveau visage de la préfabrication, longtemps décriée – suscite un regain d’intérêt depuis quelques années. Une opportunité pour construire plus durablement à l’heure où la décarbonation du bâtiment est impérative, mais qui soulève toutefois un certain nombre de questions chez les architectes. 

  • Cultiver son jardin à Noto - Casa Bendico, Noto, Sicile

    À l’heure où les architectes s’engagent pour la zéro artificialisation des sols, peut-on encore décemment construire des maisons sur des terrains agricoles et concevoir des villas entièrement en béton alors que l’on cherche à privilégier les matériaux moins énergivores ? Ce sont les questions que j’ai d’emblée posées à Gaëtan Le Penhuel lorsqu’il m’a invité à visiter la casa Bendico qu’il venait de construire en Sicile pour son compagnon Gianluca. Avec sa piscine de rêve et son minimalisme chic, ce projet n’aurait-il pas mieux sa place dans AD que dans d’a ? Je cédais cependant bien volontiers à la curiosité de découvrir cette maison sur les collines du val di Noto, prétextant que le voyage me donnerait l’opportunité de réfléchir sur les contradictions des injonctions environnementales lorsqu’elles s’affranchissent de la spécificité de chaque situation.

  • Habiter en architecte - Maison à Djilor Djidiack, Sénégal

    S’il est une maison qui déjoue les clichés sur la « maison d’architecte », c’est bien celle que Gilles Perraudin à construire sur la rive nord du Siné-Saloum pour lui et sa femme Rama, née dans cette région du Fatik. Elle est en effet moins la somme de tous les savoir-faire techniques acquis tout au long d’une riche carrière que le reflet d’une attitude qui serait l’essence même du rôle de l’architecte : laisser chaque situation remettre en cause ses propres connaissances pour les confronter à chaque lieu, chaque époque et chaque manière d’habiter, quitte à assumer une certaine imperfection. En voyage au Sénégal en janvier dernier, je décidais de passer leur rendre visite.

  • Hors-site pour ne pas être hors-jeu

    Pourquoi un tel regain d’intérêt autour de la préfabrication (il faut désormais dire « hors-site ») alors que ce procédé constructif souffre encore d’une image traumatisante liée à la reconstruction et aux grands ensembles et que la pénurie annoncée de ressources nous enjoint de ne plus construire neuf ?

  • Korean Design

    Longtemps isolée sous la férule des dictatures militaires, la Corée du Sud s’émancipe progressivement sur le plan politique, économique et culturel vers la fin des années 1990. C’est à cette période qu’elle initie une véritable stratégie de soft power culturel, fondée sur la diffusion à l’international de sa culture populaire, connue sous le nom de hallyu – qu’on peut traduire par « vague coréenne ». Une vague qui touche également l’univers du design, comme en témoigne le dernier Salon Maison & Objet, avec l’exposition « Rising Talent Awards » mettant à l’honneur les jeunes designers sud-coréens. Riche d’un héritage artisanal millénaire, le design du pays du Matin calme fusionne les influences entre modernité occidentale et tradition asiatique. Les projets présentés ici – de Jongha Choi, Sisan Lee et Jeonghwa Seo – se distinguent par une épure formelle et une réinvention audacieuse des savoir-faire, brouillant les frontières entre art et design.

  • La stratégie du bernard-l'hermite - Transformation d'une grange, La Chapelle-sur-Dun, Seine-Maritime

    C’est lorsque toutes les qualités pour faire un bon projet sont réunies que la pression est la plus forte, tant le résultat est chargé d’exigences et d’expectatives. Née à Hanovre et diplômée de l’Université technique de Dresde et de l’École de Chaillot, Jennifer Didelon est architecte praticienne à Paris et enseignante à l’ENSA de Normandie. Valéry est professeur, lui aussi à l’ENSAN, mais surtout critique pour d’a depuis bientôt vingt ans et cofondateur de la revue Criticat (2008-2018). Autant dire qu’à l’heure où construire du neuf est devenu suspect, surtout s’il s’agit d’une maison individuelle, le couple était attendu au tournant.

  • n°327 - Hors-site : L' industrie au secours du climat ?

    Le hors-site – nouveau visage de la préfabrication, longtemps décriée – suscite un regain d’intérêt depuis quelques années. Une opportunité pour construire plus durablement à l’heure où la décarbonation du bâtiment est impérative, mais qui soulève toutefois un certain nombre de questions chez les architectes.

  • Préfabrication rédemptrice : 44 logements sociaux, Saint-Denis

    Dans un quartier de Saint-Denislongtempsmarqué par le fléau du logement indigne, DREAM livre une opération de 44logements, illustrantle renouveau dun site meurtri.Pour larchitecte, le hors-siteétait avant tout une manièredemaîtriser laqualité dexécution de lopération.

  • Rapprocher la culture architecturale de celle du design, entretien avec Stéphane Berthier

    Architecte, maître de conférences à l’ENSA de Versailles et auteur régulier de la revued’a, Stéphane Berthier vient de publier l’ouvrage collectifConstruire hors-site – Méthodes, outils, retours d’expériences1, qui dresse un panorama complet de la construction hors-site depuis ses origines jusqu’aux perspectives qu’elle ouvre. Ensemble, nous avons évoqué les réticences, les idées reçues et les mythes auxquels le hors-site est confronté.

  • Réinventer le bain : chaque goutte compte

    Face à une ressource de plus en plus menacée, la gestion de l’eau constitue l’un des objectifs mondiaux et européens du développement durable (ODD 6), à atteindre d’ici 2030. Cette préoccupation s’est confirmée lors du dernier salon ISH 2025 à Francfort, le plus grand évènement consacré au génie climatique et à la salle de bains, placé sous le thème « Solutions pour un avenir durable ». Pour les fabricants, l’enjeu est de développer des stratégies permettant d’accompagner les consommateurs vers des usages plus durables, sans compromis sur le confort.