Lares and Penates, on building a sense of security in architecture, Pologne
Y a-t-il réellement une différence entre des dispositifs techniques de protection basés sur des normes quantifiées et des objets de superstition censés écarter le mauvais sort ? Le très malin pavillon « Les lares et les pénates : construire un sentiment de sécurité en architecture » nous en fait douter.
C’est un peu le pavillon parfait. Il expose des artefacts – certains trouvés, d’autres créés pour l’occasion –, il les met en regard dans une disposition spatiale élégante et parlante, il dialogue avec l’espace et les objets du bâtiment existant, il se confronte à la théorie et l’anthropologie de l’architecture, il traite des thèmes fondamentaux de la peur, de la sécurité et de leur lien avec le sentiment d’habiter, il est culturellement spécifique mais aussi structuraliste, il renouvelle notre regard sur des objets tellement familiers qu’ils sont ignorés, il est sérieux, drôle, rigoureux et plein de fantaisie, il joue avec les codes, il est provocant.
Partant du mythe des origines de l’architecture comme protection des éléments et des phénomènes atmosphériques, l’installation actualise ce génie jusqu’aux perceptions actuelles de ce qui constitue un danger. D’un côté, il semblerait y avoir des dispositifs objectivement protecteurs. De l’autre, il y aurait une histoire des pratiques analogues à la croyance aux divinités gardiennes de la maison, les lares, dans la Rome antique.

Pour incarner les premiers, sont exposés par exemple des barreaux pour fenêtres contre les voleurs, la porte d’un bunker de la guerre froide et un triangle antiradiation. La caméra de surveillance de l’unique salle du pavillon devient un objet d’exposition dès lors que lui est apposé un cartel. Autour de la porte d’évacuation d’urgence, le petit bonhomme courant sur fond vert est auréolé de toute une collection de pancartes analogues venues de Pologne (la commission de sécurité a donc permis cette mise en abîme ?!). La malice des commissaires nous conduit même dans les coulisses techniques du pavillon : ils étiquettent et cadrent les fusibles (protection contre les courts-circuits), les serrures de porte, les extincteurs.
Se mêlent sans hiérarchie avec ces dispositifs techniques les objets d’une forme prémoderne et collective du savoir : une bougie placée sur le rebord d’une fenêtre ou un bouleau devant la maison protègent contre la foudre et le feu, des bâtons de fumigation d’herbes odorantes dissipent l’énergie négative, un bol de lait nourrit les esprits de la maison, des coquilles d’œufs disposées dans la terre assurent le succès aux prochains habitants, une baguette de sourcier indique l’endroit où construire. Objets, mais aussi éléments d’architecture : le seuil pour séparer le sûr du dangereux, l’alcôve pour héberger le saint protecteur.
L’inventaire en pop-up de formes de toits à travers le monde est un peu à la croisée des deux tendances : une pente protège de la chute de neige, mais son retroussement peut aussi chasser les sorcières.
Cet Atlas d’objets, mis en dessin dans un catalogue qui donne pour chacun leur contexte historique, interroge l’ontologie des objets. Les objets de sécurité issus de réglementations pourraient très bien, en tant que signes, opérer la même magie réaliste que les objets associés aux croyances superstitieuses sans fondements scientifiques – on les voit, on ne sait pas exactement quelle autorité les a imposés, ni s’ils fonctionnent véritablement, ni si on saurait s’en servir en cas de danger, mais on se sent rassurés de leur présence. On pourrait même dire que, contrairement aux rituels des croyances, ils incitent à la passivité. Notre sécurité est entre les mains d’agents anonymes, de réglementations distantes, sans ancrage dans des pratiques culturelles enracinées ou dans des rituels personnels. Le sentiment de sécurité activé par des petits gestes quotidiens est peut-être bien plus propice à l’apaisement nécessaire pour habiter avec confiance.
Sur le mur de l’exposition, une citation d’Alberti argumente avec précaution qu’on ne peut pas connaître la véritable efficacité de telles croyances, mais que ça ne peut pas faire de mal de les entendre. AW
© Luca Capuano
In-Between, Japon
Pour questionner les perspectives ouvertes par l’IA générative, les commissaires du pavillon japonais proposent une malicieuse réflexion à partir du concept japonais de ma (ou entre-deux) qui attribue le statut de sujet à la tension entre deux entités. (...)