d'a 295

  • Profession architecte : quelle place pour les femmes ?

    Pour ce dernier numéro de l’année, nous avons souhaité à nouveau interroger la place des femmes au sein de la profession d’architecte. Le palmarès des Ajap 2020, quasi exclusivement masculin (2 femmes sur 27, soit 7,4 %) atteste que les choses n’avancent guère, même auprès des plus jeunes générations. Aller au-delà du sempiternel constat, tâcher d’esquisser des éléments de réponses à cette problématique complexe et multifactorielle nous semble néanmoins important pour alimenter ce débat et ouvrir la discussion. Majoritaires dans les ENSA, les femmes disparaissent quelques années plus tard des Ajap mais aussi de la tête des agences. Il suffit d’observer le classement que nous publions dans les pages suivantes pour constater l’évidence : elles sont tout simplement sous-représentées, tout comme elles le sont dans les prix, les jurys et l’enseignement. Dominé par les hommes, le système s’autoalimente et semble malheureusement avoir encore de longues années devant lui. La prise de conscience est le préalable de ce changement de paradigme qui s’opère sous l’impulsion de celles et ceux qui souhaitent en finir avec ces inégalités. N’est-il pas désespérant de voir que la cause avance si lentement, le palmarès des Ajap n’étant qu’un exemple parmi d’autres ?

  • (1/6) Une brève histoire de l’enseignement de l’architecture en France

    Depuis 1968, en France, l’enseignement de l’architecture a vécu plus d’une dizaine de réformes et de multiples restructurations (décrets de 1968, 1969, 1971, 1972, 1973, 1974, 1978, 1984, 1997, 2005, 2018). Cette histoire est celle d’une tension entre deux modèles pédagogiques, l’École des beaux-arts et l’Université, à la recherche d’un modèle français pensé en résonance de plus en plus étroite avec le système européen.

  • (2/6) La réforme de 2018, quoi de neuf ?

    La réforme de 2018 tient en cinq décrets en Conseil d’État, parus le 15 février 2018. Elle avait pour objectif d’« inscrire pleinement les écoles nationales supérieures d’architecture (ENSA) dans l’espace national, européen et international de l’enseignement supérieur et de la recherche. » Ce qu’il faut entendre par là, c’est un rapprochement avec les universités (c’est l’espace « national » de « l’enseignement supérieur et de la recherche ») et une confortation de l’inscription dans le processus de Bologne (l’espace « européen », avec le système LMD). Si elle ne revient pas sur les programmes pédagogiques, elle modifie notablement l’organisation des écoles et le statut des enseignants.
  • (3/6) Grandeur et misère de l’enseignement de l’architecture, entre savoir-faire et savoirs

    D’architectures s’est déjà livré à l’exercice du dossier sur l’enseignement au moins cinq fois en vingt ans : en 1993, 1995, 2000, 2004 et 2007 ! Depuis ces quatorze ans (la formation des architectes aurait-elle cessé d’être un sujet ?), la situation a-t-elle réellement évolué ? En termes idéologiques et d’orientations pédagogiques, ce n’est pas certain. En termes statutaires, oui.

  • (4/6) Une réforme aujourd’hui inapplicable ? Entretien avec Richard Klein

    Professeur d’histoire à l’ENSAP de Lille, spécialiste de l’architecture moderne, président de l’association Docomomo France1 et président élu du CNECEA, Richard Klein revient ici sur les travaux de cette instance d’évaluation par les pairs créée par la réforme. Après trois ans de mise en œuvre des procédures de qualification – compliquées du fait qu’il y avait beaucoup d’impétrants et peu de moyens et d’experts –, il constate que le fonctionnement du CNECEA est entravé par l’insuffisance des ressources dégagées par le ministère.

  • (5/6) Après la réforme. Entretien avec Simon Teyssou, directeur de l’ENSA de Clermont-Ferrand

    Simon Teyssou est architecte et exerce en Auvergne au sein de l’Atelier du Rouget, lauréat du prix d’architectures 2020 pour la station de pleine nature de Mandailles-Saint-Julien. Il enseigne le projet à l’ENSA de Clermont-Ferrand depuis 2004, école dont il a pris la direction en 2018 – il fait donc partie des rares architectes praticiens et enseignants à occuper cette fonction. C’est à ces titres que nous avons souhaité connaître son point de vue sur la réforme des écoles et des missions des enseignants.

  • (6/6) Vous reprendrez bien un peu de femmes ?

    On le sait, les étudiants des écoles d’architecture sont majoritairement des étudiantes – des femmes, donc. La faute au type de sélection en première année qui retient en majorité les bons élèves – qui, on le sait aussi, sont principalement de bonnes élèves. Il se dit même que certaines écoles pratiquent une discrimination pour ainsi dire « négative » afin de corriger les résultats bruts des examens d’entrée, sans quoi elles atteindraient des proportions allant jusqu’à 75 % de filles.
  • Antti Lovag, la maison Bernard, une aventure architecturale

    Si la Maison Bernard construite par Antti Lovag entre 1971 et 1984 à Théoule-sur-mer est un ovni, c’est moins par sa forme que par l’aventure que fut sa construction, la personnalité de son auteur et la place qu’elle occupe dans l’histoire architecturale. L’historien Dominique Amouroux montre que les tentatives pour rattacher ce projet aux divers courants – les constructions en voile béton, l’abandon des contraintes des matériaux traditionnels, l’architecture sculpture – restent vaines. Par son iconographie et la justesse de ces analyses, ce beau livre édité par le Fonds de dotation Maison Bernard comblera la gourmandise qu’il y a à se promener dans cette topographie ludique en belvédère sur la mer. Une nouvelle campagne photographique réalisée après la récente rénovation complète parfaitement les images prises lors du chantier et dans les années 1970, notamment par Véra Cardot et Pierre Joly. En construisant le récit de ce projet autour de la rencontre entre Antti Lovag et Pierre Bernard, les auteurs rendent sensible la singularité de l’expérience de ce dialogue entre un concessionnaire automobile et un architecte entrepreneur dont la biographie est digne d’un roman d’aventures. EC


    Antti Lovag, la maison Bernard, une aventure architecturale, Dominique Amouroux et Paul-Hervé Parsy, Éditions Loco, Fonds de dotation maison Bernard, 28 x 31 cm, 196 p., 40 euros.

  • Architecture du canton de Vaud, 1975-2000

    Il ne s’agit pas là d’un guide mais d’un inventaire des plus complets, recensant l’ensemble de la production architecturale et urbaine du dernier quart du XXe siècle dans le canton de Vaud. L’ouvrage, tardivement publié, fait suite à un premier catalogue qui recensait la production des années 1920 à 1975. Au total, 350 références, réparties sur 3 212 km2 – résumées en une image et un dessin – font l’objet d’une description mais aussi d’une lecture par les auteurs. On y découvre des « incontournables », des ensembles bâtis et des aménagements d’espaces publics. En qualité d’historiens, les auteurs n’opèrent pas de hiérarchie qualitative entre les projets mais exhument des archives – pour notre plaisir – des objets singuliers voire oubliés, avec une exhaustivité proche de la taxonomie. Refusant de les présenter par ordre chronologique, ils proposent de les répartir en quatre chapitres : « bâtir, agrandir », « restaurer, sauvegarder », « aménager », « planifier ». Un projet éditorial utile, mémoriel, qui aide à comprendre, matérialiser et traverser les différents courants architecturaux de la fin du siècle dernier.

    Architecture du canton de Vaud, 1975-2000, Bruno Marchand, Pauline Schroeter, Éditions EPFL Press, 17 x 24 cm, 464 p., 57 euros.

  • Architecture et volupté thermique

    Simple et concis, un peu comme une nouvelle, cet ouvrage témoigne de notre rapport sensible et culturel aux environnements thermiques. À travers époques et lieux, l’autrice aborde le sujet trop souvent marginalisé du confort, pourtant essentiel. D’autres ouvrages récents ont évoqué la question de manière différente et appellent au même changement de paradigme : l’atmosphère doit être la première condition de toute conception. Parmi eux, Conditions d’air, Politique des architectures par l’ambiance d’Emmanuel Doutriaux (MétisPresses, 2020), ou Les Délices du feu de l’historien Olivier Jandot (Champ Vallon, 2017). Lisa Heschong dresse ici un inventaire de ces lieux où nous expérimentons davantage notre rapport aux sensations thermiques : la cheminée, le sauna, la loggia, les jardins islamiques ou encore les bains japonais. Elle souligne combien nous avons perdu en sensibilité et en résistance physique dans nos intérieurs régulés par des technologies énergivores. L’autrice appelle à travailler davantage en collaboration avec la nature pour tendre au plaisir de la « volupté thermique ».

     

    Architecture et volupté thermique, Lisa Heschong, Éditions Parenthèses, Collection Eupalinos, 15 x 23 cm, 96 p., 12 euros.

  • Blobs. Rêves et Cauchemars de l’architecture contemporaine

    Attention, ce livre et son auteur sont des ovnis ! D’abord à cause de l’objet du premier, les blobs – en architecture comme dans les films d’horreur des années 1950 et suivantes – mais aussi à cause de la personnalité du second – maître de conférences en littérature à l’université Paris-Nanterre, devenu accro à l’architecture. Sujet oblige, il s’agit d’un petit monstre éditorial : un volume maniable et compact over-illustré d’images dégoulinantes de couleurs crues mêlant affiches de films et captures d’écran, espaces intérieurs invaginés et édifices turgescents, espaces urbains chinois improbables et mobilier aux formes molles. Le tout inondé d’un texte aussi érudit que passionnant (même pour des personnes pas passionnées par la sous-culture américaine ou l’architecture paramétrique), rédigé dans un style aussi relevé que primesautier. On sent que l’auteur (qui anime un blog « contre-utopique » sur le site de Mediapart) est animé de la passion de l’autodidacte – même s’il n’en est pas à son coup d’essai en matière d’architecture, notamment avec le stimulantVers une architecture cathartique (1945-2001), publié en 2011, et la résidence critique qu’il a occupée en 2016-2017 à la Cité de l’architecture. On sent aussi qu’il s’amuse. Ce faisant, il nous amuse aussi.

    Blobs. Rêves et Cauchemars de l’architecture contemporaine,Emmanuel Rubio, Éditions Sens & Tonka, 15 x 20 cm, 400 p., nombreuses illustrations, 32,50 euros.

  • C’est toi l’architecte

    À l’occasion de la livraison de la Bourse de Commerce, l’éditeur hélium a demandé à Gaia Stella, autrice milanaise de livres pour enfants, d’écrire et de dessiner ce manuel d’architecture à l’usage des 3-6 ans. À partir de cinq bâtiments de Tadao Ando, elle explique très simplement certains principes de conception et propose de les reconstituer en utilisant des stickers.

     

    C’est toi l’architecte, Tadao Ando,Gaia Stella, Éditions helium, Bourse de commerce Pinault Collection ; 21 x 29 cm, 48 p., 18,90 euros.

  • De la barre à l’îlot. Logements sociaux et locaux d’activité, Paris 13e.

    Maîtres d'ouvrages : Élogie-Siemp
    Maîtres d'oeuvres : FBAA, François Brugel Architectes Associés (François Brugel, Victor De Almeida, Antoine Eschlimann, Camille Quilichini)
    Entreprises :Cadence, BET structure et économie ; Avenir Investir, BET thermique

    Surface SHON : 11 005 m2
    Cout : 16,8 millions d’euros HT
    Date de livraison : août 2021

  • De la sérendipité. École normale supérieure, Saclay

    Maîtres d'ouvrages :  École normale supérieure de Cachan
    Maîtres d'oeuvres : Renzo Piano Building Workshop Architects (mandataire) ; Paul Vincent, Bernard Plattner, Anne-Hélène Téménides, Jean-Bernard Mothes (partenaires et associés en charge du projet) ;Groupe-6 (architectes associés)
    Entreprises : BET : AIA ingénierie (structure et fluides), RFR (façades),Franck Boutté Consultants (environnement)

    Paysagiste : Pascal Cribier & Après la pluie

    Acousticien : Peutz et Associés

    Éclairagiste : CDLP

    Scénographe : Labeyrie & Associés

    Graphiste : L’autobus impérial

    Surface SHON : 64 000 m2
    Cout : 267 millions d’euros HT
    Date de livraison : septembre 2020

  • Durer. Éléments pour la transformation du système productif

    Pourquoi parler d’un livre de philosophie dans une revue d’architecture ? Pourquoi dire que la lecture du livre en question devrait être obligatoire pour tous les architectes, étudiants en architecture et acteurs du monde de la construction d’aujourd’hui ? Parce que Durer, Éléments pour la transformation du système productif, comme son titre ne l’indique pas, parle de l’aménagement, ou plutôt du « ménagement » de nos espaces et territoires, comme le dit joliment l’auteur Pierre Caye. Parce que, en moins de 400 pages magistralement menées, le livre met à plat, comme par inadvertance, avec une lucidité digne d’un Candide pas si innocent que cela, bien des a priori et des certitudes trop vite actées sur ce qu’est, ou devrait être, le « développement durable ». Cette inadvertance est au demeurant feinte, tant le propos de l’auteur fonctionne comme une machine à penser implacable pour tester, mettre en perspective, retourner, déplier, démystifier cet oukase de notre XXIe siècle qu’est le développement durable. L’expression est en elle-même déjà paradoxale, puisque le « développement » suggère un mouvement, tandis que « durable » désigne au contraire une immobilité (…).


    Lire la suite de l’article et l’entretien avec l’auteur dans le n° 288 de d’a, avril 2021.


    Durer. Éléments pour la transformation du système productif, Pierre Caye, Les Belles Lettres, 14 x 21 cm, 374 p., 23,50 euros.


  • ÉCOLES D'ARCHITECTURE : UN MODÈLE EN CRISE ?

    Pourquoi faire un point maintenant sur l’enseignement de l’architecture ? Parce que, tout juste deux ans après la mise en œuvre, en 2018, d’une importante réforme des statuts des 20 écoles nationales supérieures d’architecture (ENSA) françaises et de leurs enseignants, un mécontentement croissant a vu le jour au début de l’hiver 2020. Non que cette réforme, qui était appelée de ses vœux par l’ensemble de la communauté des écoles, soit intrinsèquement mauvaise. En revanche, c’est son application qui pose problème. Au risque de paraître corporatiste, d’a s’intéresse à la situation de ceux qui, au quotidien, s’emploient à former les architectes de demain que sont leurs étudiants : les enseignants.

  • Entre les arbres. Médiathèque, Porto-Vecchio

    Maîtres d'ouvrages : Ville de Porto-Vecchio
    Maîtres d'oeuvres :  Dominique Coulon & associés, mandataire ; Amelia Tavella Architecte associé suivi de chantier ; Dominique Coulon, Ali Ozku, conception ; Ali Ozku, Hannes Libis, Hugo Maurice, études
    Entreprises :  Perez
    Surface SHON :  1 200 m2
    Coût :  4,5 millions d’euros HT
    Date de livraison : 2021

  • Entretien avec Manuel Aires Mateus : Tu travailleras beaucoup

    Lausanne, Plateforme 10 : le nouveau pôle muséal sétend sur lemplacement danciens entrepôts ferroviaires et se connecte directement à la grande gare monumentale et son TGV pour mieux rayonner hors de la ville et au-delà des frontières. Je viens de visiter avec Manuel Aires Mateus le bâtiment qui en ferme la perspective. Un cube blanc, coupé horizontalement par la grande faille de laccueil, qui rassemblera en sous-sol les collections photographiques du musée de lÉlysée et en toiture celles du mudac, dédiées au design. Nous longeons le musée des Beaux-Arts, érigé en bordure des voies par Barozzi et Veiga, et nous entrons dans son café très animé pour nous asseoir devant le dernier coin de table disponible. La salle est très bruyante et notre position, assez inconfortable. Mais, dès que la conversation senclenche, nous basculons dans un monde de projets qui sinterpellent les uns les autres, rappelant lenchâssement des contes des mille et une nuits

  • Eric Tabuchi et Nelly Monnier / Atlas des régions naturelles, Vol. 1

    Une exposition au Centre dart GwinZegal de Guingamp, dans le Trégor, rend compte de fragments de l’entreprise abyssale dans laquelle sest lancé ce couple de plasticiens : inventorier par la photographie les choses construites, sans discrimination aucune mais toujours représentatives des régions quils explorent une à une. Le premier volume dun atlas –sur une trentaine prévue – est publié à loccasion. Il en ressort un drôle de portrait de notre pays daujourdhui.

  • Faire école. Groupe scolaire Antoine-de-Ruffi, 22 classes et locaux communs, Euroméditerranée, Marseille

    Maîtres d'ouvrages : Euroméditerranée, propriétaire : Ville de Marseille
    Maîtres d'oeuvres : TAUTEM Architecture architecte mandataire, BMC2 architecte associé
    Entreprises : gros œuvre, Travaux du Midi ; étanchéité, SMED ; menuiseries extérieures, serrurerie, SMAB ; murs ossature bois, SCOP Triangle ; menuiserie intérieure, Menuiserie du Pharo ; cloisons, doublage, plafonds, Massibat

    Surface SHON : 4 150 m2
    Cout : 10,5 millions d’euros HT
    Date de livraison : janvier 2021