Auteur
l’année dernière d’un Ville nouvelle remarquable, l’architecte polonais
Lukasz Wojciechowski récidive avec cette fiction historique sous forme de bande
dessinée toujours réalisée sur Autocad. L’action se déroule en Tchécoslovaquie
à partir de 1937, de la montée du nazisme jusqu’à l’après-guerre. Bohumil
Balda, jeune et brillant architecte du mouvement moderne, s’érige d’abord
contre les idées réactionnaires et bientôt totalitaires qui rongent son
entourage mais se laisse progressivement séduire par des commandes
prestigieuses que lui offre le nouveau régime depuis que son pays est envahi
par les nazis. Il en vient à concevoir des scénographies dantesques à la Ledoux
pour célébrer les grands rassemblements du NSDAP. Satire grinçante et cruelle
des compromissions que tout architecte doit affronter, l’ouvrage résonne d’une
opportune lucidité avec les relents délétères qui animent aujourd’hui l’Europe
centrale. Le récit est magnifié par le dessin de Wojciechowski, une réussite
d’autant plus étonnante qu’il est, comme son premier livre, entièrement réalisé
sur Autocad avec un seul type de trait fin et quelques pochages de points
rouges. De cette contrainte, l’auteur tire une force poétique et onirique d’une
puissante originalité.
Soleil
mécanique, Lukasz Wojciechowski, Éditions Çà et Là, traduit du
polonais par Gabriel Colsim, 22 x 16 cm, 144 p., 16 euros.