n°323 - février/mars 2025

  • Quel avenir pour les concours d'architecture ? (5/6)

    Retenir des partenaires à la hâte pour cocher les cases d’un dossier de candidature s’avère rarement une bonne solution, car les équipes pluridisciplinaires exigées dans les appels d’offres s’apparentent souvent de fait à « des armées mexicaines ». S’irritant de l’indolence de certains bureaux d’études prétendument spécialisés en quête d’honoraires, un grand maître d’ouvrage passé par La Poste Immo les comparait à des « sangsues ». Et si les architectes que nous avons interrogés questionnent également la compétence des jurys, ils ont aussi quelques idées pour améliorer les choses.

  • Repenser la technique, historiciser la performance

    En nous invitant à prendre nos distances à l’égard de la recherche de la performance, le stimulant essai d’Olivier HamantAntidote au culte de la performance, entend se placer sous le signe d’une rupture assumée avec un monde technique et économique d’« avant ». Il entérine du même coup une opposition devenue courante entre un avant moderniste et industrialiste, synonyme d’extraction outrancière et de saccage des ressources naturelles, et un après devenu respectueux de ces mêmes ressources, un respect indispensable à la survie d’une espèce humaine qui creuse sa tombe en dévastant la planète.Notons d’emblée que la performance est inséparable de l’efficacité, dont elle constitue en quelque sorte la mesure. Efficacité et performance : en lisant Hamant, ces deux termes semblent condamnés par l’observation des systèmes vivants dont la résilience procède plutôt d’une inventivité brouillonne et de redondances a priori peu efficaces qui conduisent à ce que l’auteur qualifie de « robustesse ». Cette notion renvoie à la capacité non pas à s’adapter à une situation donnée, un terme qui revient selon lui à reconduire la recherche de la performance, mais à se montrer adaptable à un environnement que les turbulences provoquées par le changement climatique vont rendre de plus en plus instable, marqué par des événements difficiles à prévoir.

  • Une architecture d’intérêt général - Restaurant de l’école Jean-Rostand, Bourgoin-Jallieu (38) par designbuildLAB, ENSA Grenoble, LabEx AE&CC, accompagnés par onSITE architecture

    Si on ne connaissait pas la genèse de ce projet de restaurant scolaire, couronné du Prix d’architectures 10+1 2024, on pourrait croire à une chimère. Déchiffrer son architecture permet pourtant de découvrir l’écosystème riche d’acteurs et de ressources du nord de l’Isère.

  • « J’aime faire avant de penser », entretien avec Gilles Perraudin

    Au moment où le ministère de la Culture lui décerne le Grand Prix national d’architecture pour l’ensemble de sa production architecturale, Gilles Perraudin publie, aux éditions Caryatide, Les jours sont ronds, le récit personnel de sa vie d’architecte. Il y retrace avec sincérité sa trajectoire singulière, celle d’un constructeur inspiré mais lassé de la performance d’une modernité mortifère qu’il a pourtant initialement embrassée, pour ensuite se recentrer sur les lois de la matière en renouant ainsi avec l’intemporalité de la discipline. Ayant acquis une première reconnaissance pour son architecture, que l’on pouvait qualifier de high-tech, il s’est progressivement concentré sur des constructions à la simplicité de plus en plus archaïque, son « vernaculaire d’avant-garde », qui pourrait incarner d’une certaine façon l’idée de la robustesse en architecture. Nous nous sommes entretenus avec lui à la lumière de certains des matériaux qu’il a pu mettre en œuvre pour revisiter l’évolution de son parcours de bâtisseur.

  • « Le projet est ce à quoi on se prépare » Entretien avec Olivier Hamant

    Généreux biologiste, Olivier Hamant a lancé son eurêka de chercheur, la robustesse du vivant, comme un concept rempli de joie, à l’assaut de nos affres devant l’Anthropocène. Scientifique confirmé et militant convaincu, il défend, avec la pédagogie de l’aphorisme, un biomimétisme profond pour rediriger notre civilisation. S’inspirer des mécaniques contre-intuitives déployées par les êtres vivants pour perdurer malgré les fluctuations, voilà son credo. Dans cet entretien, il répond avec vivacité à nos interrogations d’architectes en dévoilant des ruses constructives et réparatrices pour nous encourager à éclairer la noirceur du monde qui s’annonce.