Eugène- Emmanuel Viollet-le-Duc, Histoire d’un dessinateur (1879), parallèle entre articulation du squelette et articulation mécanique. Le biomimétisme est depuis longtemps à l’œuvre dans l’architecture.

En nous invitant à prendre nos distances à l’égard de la recherche de la performance, le stimulant essai d’Olivier HamantAntidote au culte de la performance, entend se placer sous le signe d’une rupture assumée avec un monde technique et économique d’« avant ». Il entérine du même coup une opposition devenue courante entre un avant moderniste et industrialiste, synonyme d’extraction outrancière et de saccage des ressources naturelles, et un après devenu respectueux de ces mêmes ressources, un respect indispensable à la survie d’une espèce humaine qui creuse sa tombe en dévastant la planète.Notons d’emblée que la performance est inséparable de l’efficacité, dont elle constitue en quelque sorte la mesure. Efficacité et performance : en lisant Hamant, ces deux termes semblent condamnés par l’observation des systèmes vivants dont la résilience procède plutôt d’une inventivité brouillonne et de redondances a priori peu efficaces qui conduisent à ce que l’auteur qualifie de « robustesse ». Cette notion renvoie à la capacité non pas à s’adapter à une situation donnée, un terme qui revient selon lui à reconduire la recherche de la performance, mais à se montrer adaptable à un environnement que les turbulences provoquées par le changement climatique vont rendre de plus en plus instable, marqué par des événements difficiles à prévoir.

Un paradoxe se loge toutefois au cœur de cet ensemble séduisant de propositions. Car ce n’est pas la première fois que la référence à la nature se trouve mobilisée afin de servir de guide aux organisations humaines et aux objectifs qu’elles s’assignent. Dans le champ de l’architecture et de l’ingénierie occidentales, une histoire des conceptions successives de l’efficacité, que nous avons tenté d’esquisser dans différentes publications, révèle en particulier l’importance cruciale de cette référence1.

Cette histoire conduit à identifier par exemple un âge de l’efficacité et de la performance qui court approximativement de la Renaissance au milieu du XVIIIe siècle et qui voit architectes et ingénieurs se référer à l’ordre et à la proportion comme dimensions privilégiées de la nature, dont l’imitation est seule en mesure de conférer aux œuvres de l’homme stabilité et beauté, deux qualités synonymes de performance aux yeux de leurs concepteurs. Ce contexte rend plus compréhensible le prestige dont jouit la théorie des ordres d’architecture héritée de Vitruve, ainsi que l’application de règles de proportions pour le dimensionnement d’ouvrages techniques comme les ponts ou les écluses. La parenté que conservent longtemps les professions d’architecte et d’ingénieur participe de ce même contexte qu’un ensemble d’évolutions annonciateur de la première révolution industrielle vient ébranler progressivement au Siècle des lumières2.

Les notions d’efficacité et de performance commencent à se redéployer (...)

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