Au moment où le ministère de la Culture lui décerne le Grand Prix national d’architecture pour l’ensemble de sa production architecturale, Gilles Perraudin publie, aux éditions Caryatide, Les jours sont ronds, le récit personnel de sa vie d’architecte. Il y retrace avec sincérité sa trajectoire singulière, celle d’un constructeur inspiré mais lassé de la performance d’une modernité mortifère qu’il a pourtant initialement embrassée, pour ensuite se recentrer sur les lois de la matière en renouant ainsi avec l’intemporalité de la discipline. Ayant acquis une première reconnaissance pour son architecture, que l’on pouvait qualifier de high-tech, il s’est progressivement concentré sur des constructions à la simplicité de plus en plus archaïque, son « vernaculaire d’avant-garde », qui pourrait incarner d’une certaine façon l’idée de la robustesse en architecture. Nous nous sommes entretenus avec lui à la lumière de certains des matériaux qu’il a pu mettre en œuvre pour revisiter l’évolution de son parcours de bâtisseur.
D’a : À vos débuts, vous sembliez convaincu par la performance exceptionnelle de certains produits de construction, comme la mousse polyuréthane, par exemple. Comment avez-vous donc pu utiliser les propriétés de ce matériau de synthèse pour promouvoir une architecture participative et autoconstruite ?
Il faut replacer cela dans son contexte. C’était un projet d’étudiant. Ne trouvant pas mon compte dans l’enseignement totalement déstructuré d’après 1968, j’avais rejoint une coopérative ouvrière de conception et de construction de maisons en bois qui intégrait les futurs habitants au processus. Ce fut pour moi une école extraordinaire. Ils avaient développé un outil de production très complet puisqu’on faisait tout, de la charpente jusqu’aux panneaux de façade qui étaient, à cette époque, composés avec de la mousse polyuréthane. J’avais donc eu l’occasion de toucher ce matériau, assez fascinant si on le considère sur le plan strictement technique, car devenant léger par expansion suite au mélange de deux composants et facile à travailler.
En parallèle, j’avais répondu à un concours organisé en 1975 pour le congrès de l’Union internationale des architectes autour d’un prototype d’habitat d’urgence en contexte de catastrophe. J’avais proposé un principe où les habitants pourraient construire par eux-mêmes en creusant dans la masse de la mousse. Ce matériau – dont je me suis ensuite détourné – n’était qu’une opportunité, permettant une réflexion sur le processus d’invention des formes, avec les habitants, autour d’une sorte d’architecture zéro, comme ces habitats vernaculaires troglodytes qui sont magnifiques.
D’a : Pour l’École d’architecture de Lyon, conçue avec Françoise-Hélène Jourda, vous avez été encensé par Norman Foster, figure du high-tech, notamment sur la qualité de vos bétons. Comment abordiez-vous ce matériau à l’époque ?
Il y a toujours énormément de chemins qui se croisent entre l’idée d’un matériau et les principes d’organisation spatiale. À Lyon, l’école fut conçue en deux strates, avec un soubassement en béton et un étage plus léger en structure bois, (...)