Généreux biologiste, Olivier Hamant a lancé son eurêka de chercheur, la robustesse du vivant, comme un concept rempli de joie, à l’assaut de nos affres devant l’Anthropocène. Scientifique confirmé et militant convaincu, il défend, avec la pédagogie de l’aphorisme, un biomimétisme profond pour rediriger notre civilisation. S’inspirer des mécaniques contre-intuitives déployées par les êtres vivants pour perdurer malgré les fluctuations, voilà son credo. Dans cet entretien, il répond avec vivacité à nos interrogations d’architectes en dévoilant des ruses constructives et réparatrices pour nous encourager à éclairer la noirceur du monde qui s’annonce.
D’a : Comment l’idée de robustesse est-elle apparue dans votre parcours de biologiste?
La robustesse a été un grand déclic de recherche avec mon équipe. Quand j’étudiais des plantes en voulant comprendre pourquoi leurs fleurs avaient toutes la même forme, j’imaginais que c’était à cause d’un programme génétique, car j’étais complètement endoctriné par l’idée de la performance appliquée au monde du vivant. Mais quand on regarde au microscope, c’est plutôt erratique. L’hétérogénéité locale produit finalement des formes homogènes. Ce n’est pas du tout comme le système IKEA, avec une notice à suivre qui fait que les armoires se ressemblent toutes. Au contraire, les hétérogénéités de croissance notamment permettent aux cellules de connaître l’état de leurs voisines, et c’est cette richesse en information qui fait des formes reproductibles. Et continuant à travailler à l’échelle de la biologie cellulaire, grâce à mes collègues physiciens et modélisateurs, j’ai été exposé à cette approche systémique où apparaît cette notion de robustesse.
D’a : Dans votre livreLa Troisième Voie du vivant, vous proposez cette idée de robustesse comme une alternative. Mais quelles seraient les deux autres voies?
Il y a trois manières différentes de répondre à la crise écologique. La première voie est le développement durable, qui poursuit le mythe de la croissance. Ce bel oxymore signifiant que l’on change tout pour ne rien changer. Lorsque la notion s’est répandue dans les années 1990, le développement durable interrogeait l’impact de nos activités sur l’environnement, alors qu’aujourd’hui il faut surtout se poser la question inverse, celle de l’impact de l’environnement sur nos activités. Les fluctuations à venir nous dépassent. Le développement durable est donc maintenant caduc, mais soyons tolérants, c’était un chemin pour commencer.
La deuxième voie est la résilience, mais elle est aussi critiquable. Quittant le monde de la continuité pour rentrer dans le monde des ruptures et des fluctuations, elle met fin au mythe du développement durable. Mais elle peut aussi nourrir une injonction à tomber et seuls ceux qui se relèveront pourront dessiner l’avenir. C’est de la sélection darwinienne très mal comprise ! C’est (...)