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  • Promoteur-architecte, ou comment reprendre du pouvoir

    En 2017, l’agence Eliet&Lehmann créait E&L Promotion, une société de promotion immobilière indépendante de leur activité d’architecte. Maître d’ouvrage et maître d’œuvre ? Une position pas toujours acceptable dans le monde de l’architecture. S’ils n’ont jamais fait de publicité, les architectes justifient ce choix par le désir de s’inventer une commande sur mesure, qui ouvre le champ à une architecture sans doute un peu trop discrète au goût des maîtres d’ouvrage.
  • À Nantes, une fabrique de ville Trois opérations urbaines

    DÉSIRÉ COLOMBE
    L’opération conjugue un programme public – la création d’un pôle associatif en lieu et place de l’ancienne Bourse du travail et de l’Institut Livet qui lui était attenant, celle d’un centre de la petite enfance et d’un jardin – avec un programme privé de logements en accession. L’organisation antérieure des bâtiments autour de cours intérieures a été reconduite. La réhabilitation a permis de dégager quelques grands volumes abritant salle de danse ou de musique et, sous la rotonde d’angle, une salle de réunion. Un des enjeux de l’opération était la reconstruction des salons Mauduit, salle de fête inscrite dans la mémoire de plusieurs générations de Nantais. Son déplacement sous une des cours a libéré la place pour les bâtiments neufs. Ces derniers reprennent l’épaisseur de ceux abritant l’ancienne Bourse du travail. Inhabituelle, elle a conduit à proposer des logements traversants T3 prolongés par des loggias sur chacune de leurs faces. C’est que, situés comme ils sont au plus près du centre-ville, ils s’adressent davantage à une clientèle aisée et plutôt âgée, n’ayant plus besoin de très grandes surfaces. Pour éviter l’effet d’escalier provoqué par la forte déclivité du terrain, les bâtiments neufs sont découpés par des brèches : occasions de proposer de grandes terrasses profitant à quelques appartements d’exception.

    NANT’ÎLE
    Cette opération est composée d’un important programme de logements en accession – sociale pour une partie d’entre eux –, de surfaces commerciales et de bureaux banalisés. Située dans l’île de Nantes, elle est dans le prolongement des jardins des Fonderies – du nom de l’ancienne usine sur les vestiges de laquelle ils se trouvent. Elle s’organise autour d’une rue intérieure qui y mène depuis le boulevard traversant l’île sur lequel elle s’affiche. Cette rue est encadrée par le socle des surfaces commerciales, dont l’épaisseur est supérieure à celle des logements. Elle est scandée par des ruelles perpendiculaires, entre les avenues que longent les bâtiments : toutes prescriptions édictées par le règlement urbain de l’île.
    L’écriture des logements est très sculpturale : le béton couleur tuffeau – ce calcaire qui caractérise constructions et paysages de Loire –, se retourne dans les loggias qui profitent aux logements et les mettent à distance des façades. L’épaisseur donnée aux murs et aux planchers, la belle matière de ce béton soyeux très bien mis en œuvre par une entreprise locale (l’entreprise Legendre, pour la citer) donnent corps et sensualité à ces façades, presque abstraites.
    Par contraste, l’immeuble en tête du boulevard est pour sa part habillé de façades-rideaux en aluminium, qui lui donnent l’allure d’une petite tour. Très soigneusement dessiné et proportionné, il superpose une grande surface, les plateaux de bureaux et, aux deux derniers étages, des logements installés là pour profiter des vues exceptionnelles sur la ville et le fleuve. Ceux-ci sont en retrait des façades extérieures, ici aussi pour préserver leur intimité et éviter la trivialité d’un affichage domestique.

    REFLETS DE LOIRE
    Cette autre opération privée est composée de logements en accession sociale et d’une surface d’activité à rez-de-chaussée. Elle se trouve en périphérie du centre, face au pont Willy-Brandt et au stade Marcel-Saupin, au milieu de divers édifices de diverses époques et de diverses qualités.
    La composition vise à concilier les échelles discordantes de cet environnement quelque peu éclaté et chaotique tout en répondant aux divers points de vue par lesquels elle est abordée. Elle est si réussie qu’elle apparaît centrale, au foyer d’un ensemble hétéroclite qu’elle semble organiser. Habile retournement que poursuivent la géométrie, l’écriture et la plastique architecturales. Car l’architecture conjugue elle-même différentes échelles, et joue des épaisseurs, des percements, des loggias, ainsi que des surfaces murales et des effets graphiques de leurs revêtements.

  • Agencement tertiaire - Les habits neufs de l'efficacité au travail

    Avec la généralisation de l’open space et les incantations du flex office, les nouveaux aménagements de bureaux doivent être flexibles, modulaires, réversibles. Détachés des bâtiments qui les accueillent, ils s’adaptent au gré des saisons : mobilier nomade, séparatifs mobiles, revêtements de sols et plafonds techniques viennent désormais compenser les désagréments causés par la disparition progressive de la cloison en dur. Séquencer, isoler acoustiquement ou visuellement donne naissance à des équipements qui font la part belle aux matériaux naturels (« biophiliques » en novlangue marketing). En parallèle se multiplient les cabines acoustiques et des systèmes modulaires démontables qui définissent de nouvelles partitions. L’utilisation en abondance de feutre en PET recyclé ou de textiles techniques devient un prétexte pour user, voire saturer de couleurs : pour que chaque fonction soit clairement identifiée, l’on déploie nombre de stratégies et de postures « bien-être & santé », au risque parfois de générer des lieux surdéterminés, fractionnés à l’excès ou saturés de signaux.
  • Architectes-promoteurs, un mariage délicat

    La commande privée de logements aurait-elle généré un système corrosif dans lequel les architectes se retrouvent corsetés ? Nombreux le pensent et ne cachent pas leur inquiétude. D’autres prennent plus de précautions, voyant dans le monde de la promotion immobilière un milieu qui serait plus diversifié qu’on ne le croit. Dans tous les cas, certains promoteurs tiennent à développer leur image de marque et sont prêts à initier des opérations innovantes pour se distinguer. Un affichage qui cache la forêt d’une production nivelée par le bas… le patrimoine de demain.
  • Brice, le visionnaire

    Au détour d’une exposition, François Leclercq a retrouvé cette belle affiche qui ornait les murs de Paris dans les années 1970. Il nous l’a envoyée, accompagnée de ce commentaire.
  • Design circulaire

    DESIGN CIRCULAIRE

    En 2018, nous avons consommé 67 millions de tonnes de fibres textiles. 95 % de ces textiles pourraient être recyclés au lieu des 25 % aujourd’hui. Le fabricant de textile danois Kvadrat a lancé en 2017 la société de recyclage durable Really, qui recycle les déchets de laine et de coton issus de sa propre chaîne de production ainsi que du jean et du coton blanc provenant de blanchisseries industrielles. De ce recyclage est fabriqué le panneau Solid Textile Board ainsi qu’un feutre acoustique. Ici, il s’agit de rompre avec le modèle économique linéaire (extraire, fabriquer, consommer, jeter) pour un modèle circulaire qui optimise les ressources naturelles et qui limite les déchets générés en leur redonnant une nouvelle vie. Une solution qui permet de sortir de l’ère du jetable en offrant une valeur ajoutée aux matériaux usés.

    Solid Textile Board est un panneau composite haute densité fabriqué à partir de chutes de tissus en coton et laine, celles-ci étant réduites en poudre puis compressées (70 % de fibres textiles + 30 % liant bi-composant). Sa fabrication n’implique aucun colorant, pas d’eau ou de produits chimiques toxiques, et ne génère que des déchets recyclables. Le noyau du panneau est fabriqué à partir de coton blanc, et les couches extérieures existent en quatre couleurs : blanc coton, bleu coton, ardoise de laine et laine naturelle. Afin de démontrer les potentialités de ce nouveau matériau, Really a donné carte blanche à plusieurs designers.

     

    Épaisseur : 7,6 mm

    Dimensions : 3 000 x 1 000 mm

    Densité : 1 200 kg/m3

     

    Une version Acoustic Textile Felt est disponible.

    Épaisseur : 10 mm

    Dimensions : 3 050 x 1 180 mm

    Densité : 100 kg/m3

     

    <http://reallycph.dk>

    <https://kvadrat.dk>

  • Entretien avec Henry Ciriani : « J’ai toujours eu de La chance »

    J’ai rendez-vous dans un café de la rue Pascal avec Henri Ciriani, qui m’attend patiemment. Toujours affable, il ignore mon essoufflement et m’invite à m’asseoir comme si de rien n’était et comme si je le connaissais depuis toujours. Il semble avoir réussi à refuser de vieillir et à conserver intacts son enthousiasme, sa force de conviction et son indignation. Il me parlera de son parcours, de ses rencontres mais aussi de son amour du dessin, de la lumière, de l’espace et du projet moderne de mieux loger les gens, de l’importance d’avoir un maître et bien sûr de Le Corbusier… Des mots lointains qui résonnent déjà étrangement aujourd’hui, où l’idéologie est taboue, où personne ne se reconnaît d’antécédent et où la ville ne se fait plus avec des représentants du peuple mais avec des Nexity, des Compagnie de Phalsbourg, des Bouygues et des Vinci…
  • La fabrique du bonheur

    La fabrique du bonheur, Virginie Picon-Lefebvre, Parenthèses, 24 x 17 cm, 256 p., 26 euros.


    À lire dans le d’a n° 274, la rubrique Livres : Le regard touristique et le monde comme image, par Federico Ferrari.
  • La filière bois invente la cloison 100 % en kit

    Flexibilité, modularité, réversibilité : ces trois vocables qui rythment la construction contemporaine s’inscrivent dans une éthique constructive soucieuse de la pérennité du bâti, articulant structure primaire stable et aménagements intérieurs variables dans le temps. Autour de cette stratégie – déjà largement étudiée – se pose une question : comment penser l’articulation de cloisonnements standard avec une structure primaire sujette aux irrégularités ? Lors de l’exposition « Vivre Bois », organisée par ADIVbois et le Puca en mai dernier1, l’une des équipes d’architectes, de designers et d’aménageurs offrait une réponse pertinente en proposant une série de connecteurs standardisés et faciles à mettre en œuvre qui pourrait intéresser la maîtrise d’ouvrage.
  • La Méca, Bordeaux Tout est dit

    Maîtrise d’ouvrage :Région Nouvelle-Aquitaine
    Maîtrise d’œuvre :Bjarke Ingels Group (mandataire) associé à Freaks freearchitects et Lafourcade & Rouquette (chantier)
    BET :structure, Khephren ; façades, Lüchinger+Meyer ; scénographie, dUCKS ; lumière, Ph.A & A.
    Surface :18 000 m2
    Coût :42 millions d’euros
    Calendrier :concours : 2012, livraison : 2019

  • La tour est-elle soluble dans le sol ? Concours pour les îlots Féval et Blériot, EuroRennes

    Un concours de tour de logements dans une métropole française dynamique mettant en compétition des équipes identifiées pour présenter une certaine relève ? Nous n’avons pas pu résister à l’envie de plonger dans ces projets. Une odyssée dont on revient cependant avec une certaine amertume…
  • Le regard touristique et le monde comme image

    La « condition touristique » est emblématique de notre époque, et ses « lieux » constituent des échantillons où se condensent des dynamiques spatiales et sociétales généralisables. Les aborder sans idées préconçues nous met face à des contradictions constitutives de notre condition actuelle et questionne notre manière de voyager et d’appréhender le monde. C’est la seule manière possible de remettre en cause les notions d’identité et d’authenticité, aujourd’hui trop souvent surexploitées.
  • Le volume capable, un habitat personnalisable

    Parmi les évolutions typologiques, le volume capable en constitue l’une des plus remarquables : offrir le luxe d’une belle surface à prix abordable, que l’acquéreur pourra ensuite aménager selon ses besoins moyennant quelques règles à respecter. Initiée par la métropole dans le quartier Brazza à Bordeaux, cette nouvelle manière de réfléchir à la question du logement associe architectes et promoteurs.
  • Les altanas de la tour Panache

    Dans la tour livrée en 2018 à Grenoble pour Altarea Cogedim, l’architecte Édouard François met à distance les appartements de leurs prolongements extérieurs, déportés et rassemblés dans les étages supérieurs. Retour sur cette expérimentation qui a rencontré un grand succès auprès des acquéreurs.
  • Logement : les méthodes de la promotion privée menacent-elles l’architecture ?

    La question de la commande privée dans le logement est devenue un sujet d’inquiétude qui occupe les conversations entre architectes. Le ton y est morose et nostalgique. Ils ont aimé travailler pour la maîtrise d’ouvrage publique, apprécié la transparence de ses règles, et doivent désormais composer avec des promoteurs qui les brident dans leur métier et paupérisent leurs agences. Le champ de la conception tend à s’étriquer et l’exigence architecturale à s’amoindrir ; le chantier leur est confisqué, sans parler des honoraires qui ne sont pas à la mesure de la matière grise que requiert ce programme considéré comme l’un des plus complexes.
    Les promoteurs formeraient-ils un bloc monolithique à vouer aux gémonies ? La réalité est heureusement plus nuancée. Les échanges menés au cours de cette enquête montrent que tout serait une question de personnes, d’affinités et de bons mariages entre acteurs mais aussi de contexte et de volonté politique. Car les territoires ne font pas jeu égal, et la loi du marché donne aux villes attractives un réel atout : celui d’encadrer la commande privée en posant des conditions et en stimulant les innovations typologiques.
  • Lynne Cohen, Formes d’incongruités

    Séduisantes et inquiétantes, cliniques et critiques : les images de Lynne Cohen (1944-2014) troublent. Elles exposent des intérieurs vides de personnes, sinon d’objets, de lieux tantôt de travail, tantôt publics, plus rarement domestiques. Le Pavillon populaire de Montpellier consacre à l’artiste canadienne une exposition rétrospective et déploie une œuvre très constante, de 1970 à 2012, des petits tirages noir et blanc des premières années aux grands formats couleur des dernières.
  • Maison pour tous, Four, Isère

    Maître d’œuvre : master AE&CC de l’ENSAG, accompagné par OnSite architecture
    BET : Be Vessière, TEB (fluides), TAKT Paysage, Gwenola Hage, Alpes Contrôles
    Programme : maison associative
    Surface : 145 m2
    Coûts : construction, 575 060 euros TTC ; aménagements extérieurs et paysagers, 73 650 euros TTC
    Calendrier : études, 6 mois ; chantier, 7 mois ; livraison : novembre 2018 

  • Marina Baie des Anges

    Marina Baie des Anges, Michel MAROT & al., Patrimoine, 10 x 15 cm, 128 p., 12 euros.


    À lire dans le d’a n° 274, la rubrique Livres : Le regard touristique et le monde comme image, par Federico Ferrari.
  • Notre-Dame de Paris De quelques évidences

    L’heure atroce
    Lundi 15 avril 2019. Lendemain des Rameaux. L’après-midi se termine, morose comme tous les lundis. À Notre-Dame, c’est l’office de fin de journée. Soudain, une alarme à 18 h 18. Comme prévu, la cathédrale est évacuée ; une seconde alarme, à 18 h 45, confirme la première : il y a le feu dans la toiture !
    Six cents pompiers sont sur place à 19 h… et la lutte commence. Embrasement au pied de la flèche à 19 h 11 ; à 19 h 37, la charpente du chœur s’effondre ; à 20 h, la flèche, à son tour, se brise en deux et disparaît ; la toiture de la nef suivra. 21 h, la fumée sort par les abat-sons de la tour nord : le beffroi et ses huit cloches sont atteints, mais rapidement sauvés. L’incendie est circonscrit, maîtrisé, quelques heures après. Au petit matin, les lances sont encore à l’œuvre sur le bas-côté sud.
  • Privilégier la réalité construite

    À 42 ans, Samuel Delmas mise sur l’importance d’un engagement opiniâtre de l’architecte face à ce qu’il nomme « l’insistance du réel ». Une attitude qui l’incite à anticiper le vieillissement des matières. Quand d’autres renoncent au chantier, lui s’y attelle avec la conviction que la mission de maîtrise d’œuvre complète donne sa noblesse au métier