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Lionel Orsi vient de succéder à Aline Hannouz à la présidence du corps des architectes-conseils de l’État1 (ACE). Alors que les ACE ne sont plus consultés pour les permis de construire, nous leur avons demandé comment ils envisagent leur rôle au sein des nouveaux enjeux territoriaux et vers quelles évolutions ils souhaitent renforcer leur action.

 

D’a : Le corps des architectes-conseils de l’État (ACE) est né en 1950 sous l’égide de ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU). Comment vous situez-vous aujourd’hui au sein de l’État ?

Aline Hannouz et Lionel Orsi : Le corps a été créé dans le cadre du plan national de la reconstruction d’après-guerre. Eugène Claudius-Petit, ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme, a alors sollicité des architectes praticiens pour guider et accompagner les services de l’État. Il a choisi des architectes qui n’étaient pas fonctionnaires, mais des praticiens conscients de l’intérêt général de l’architecture.

La décentralisation a marqué une bascule et l’Europe a favorisé l’importance des régions. L’État cherche donc à se départir d’un rôle vertical à la faveur d’une articulation des politiques publiques dont le cadre initial dépasse le périmètre national, afin de coordonner et de fédérer les territoires.

L’évolution de nos missions est à l’aune des mutations sociétales. Un socle de valeurs nous caractérise et c’est sur cela que nous sommes consultés. Nous avons aujourd’hui plusieurs ministères de tutelle, la Culture, le ministère de la Transition écologique et celui de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation. Nous sommes 140 en poste, déployés dans les départements (DDTM) et les régions auprès des affaires culturelles et des DREAL, ainsi qu’en administrations centrales (DGALN et DGPA) ou auprès du Conservatoire du littoral. En 2010, la réorganisation de services déconcentrés de l’État a réorienté les missions des architectes-conseils, désormais très peu consultés sur les permis de construire et le pilotage opérationnel des projets transférés aux collectivités territoriales.

D’a : En quoi le fait que les ACE soient tous praticiens fait-il la force du corps ?

A.H. : Depuis l’origine, la dimension citoyenne des ACE dans l’exercice professionnel de leurs agences a une valeur très forte car la pratique du terrain les incite à un pragmatisme très apprécié dans les missions de conseil par les élus ou les porteurs de projets et les acteurs locaux, que nous conseillons par l’intermédiaire des services de l’État.

En lisière de la huerta, la friche du chai Vinival, Luis Gay et Juan Antonio Hoyos architectes (1975) © Christine Desmoulins

D’a : Quelle est la cohérence de votre démarche ?

A.H. : Elle doit se faire à toutes les échelles. Notre métier d’architecte consiste à situer et à mettre en forme des attentes formulées dans un contexte économique et culturel précis. C’est donc cette capacité à traduire des intentions relevant, par exemple, de la sobriété foncière ou d’autres objectifs qui est recherchée. Pour conduire à cette cohérence spatiale, nous sommes à l’écoute des attentes et participons à des échanges pluridisciplinaires en faisant bénéficier les services de l’État de notre expertise. Nos conseils portent sur des méthodes ou des processus, proposant notamment de fédérer certains acteurs locaux et, grâce à des visites de sites et à la lecture des documents graphiques, nous aidons à identifier d’éventuelles distorsions entre les intentions et la formalisation proposée d’un projet.

L.O. : Tout projet relevant d’une intention positive, nous devons nous abstenir de juger, mais c’est à nous de reformuler les intentions afin de définir avec les commanditaires la réponse pertinente pour les habitants d’un lieu.

D’a : Quels sont les thèmes récurrents sur lesquels on vous consulte ?

A.H. et L.O. : Nous sommes sollicités sur les politiques publiques d’aménagement du territoire. Dans ce domaine où les terminologies évoluent au rythme des prises de conscience, les sujets perdurent. La « sobriété foncière et l’objectif ZAN » se sont ainsi substitués à « la limitation de l’étalement urbain » et ce thème relatif à la planification urbaine relève de nos missions aux échelles régionales ou locales, (SRADDET, Scot, PLUI, OAP). (...)

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