Une brève histoire de l'isolation (1/10)
d'architectures
Le magazine de la création architecturale
Après la Biennale de 2014 de Rem Koolhaas – exclusivement centrée sur l’architecture et posant une double question sur les fondamentaux et sur les retombées du mouvement moderne – celle de 2016, dirigée par l’architecte chilien Alejandro Aravena, revient sur un thème plus généraliste et inclusif – « Nouvelles du front » –, réarticulant étroitement questions sociétales et aménagement du cadre bâti.
À Venise, cet été, Alejandro Aravena nous invite à venir prendre connaissance des « nouvelles du front », ce que le visiteur passionné d’architecture et d’urbanisme comprend spontanément comme la manifestation de manières de faire qui témoignent de l’époque et de ses différents fronts, pour nous engager à prendre nous-même position face à des démarches singulières, celles qui font front face à l’adversité. Après avoir visité la plupart des expositions réunies sous le pavillon de la Biennale 2016, on reviendra au moins avec une certitude : il n’y a pas de front commun. Ici, c’est à l’environnement que l’on fait face, là le recyclage, ici le patrimoine, l’inachèvement contraint ou les règlements d’urbanisme, ailleurs la crise financière, jusqu’à ce que tout contexte semble valoir comme front : j’y suis, donc je lutte…
Animée par des préoccupations proches de celles développées à l’actuelle Biennale d’architecture de Venise – on y retrouve les mêmes références –, l’exposition « constellation.s » imaginée par arc en rêve à Bordeaux nous invite à explorer « les nouvelles manières d’habiter le monde ». Cette ambition fait peut-être aujourd’hui consensus, mais il se produit ici un glissement décisif : l’architecture y est abordée comme une activité documentaire : le projet ne précéderait plus le réel, il viendrait en même temps. Une des nombreuses bonnes raisons de passer par Bordeaux cet été.
Portée par ses deux figures majeures que sont Siza et Souto de Moura, l’architecture portugaise recueille aujourd’hui l’adhésion quasi unanime de la scène architecturale internationale. Cette reconnaissance pourrait suffire à justifier cette exposition rétrospective produite par la Fondation Calouste Gulbenkian et qu’accueille jusqu’au 29 août la Cité de l’architecture, à Paris. Mais la force des « Universalistes » se cache dans le propos autour duquel elle est construite et qui dépasse son cadre géographique : à travers la posture singulière de ces architectes – leur lusitanité –, c’est l’essence même de la pratique architecturale qui est interrogée.