d'architectures
Le magazine de la création architecturale
Face à la
catastrophe climatique dont l’opinion publique a largement pris la mesure avec
la terrible année 2022, faite de canicules durant l’été et de pénurie d’énergie
durant l’hiver, et qui bouleverse la nature chimique, physique et biologique de
la zone critique terrestre dans laquelle nous habitons (de la lithosphère à l’atmosphère),
il est important aujourd’hui de comprendre comment se transforment (et vont se
transformer) en conséquence les valeurs morales, juridiques ou esthétiques et
plus généralement comment le réchauffement climatique révolutionne le politique
et la culture. La thèse que nous soutenons ici sera celle d’un retour en
architecture de la notion de « commodité », une catégorie esthétique
disqualifiée par l’usage des énergies fossiles au XXe siècle,
oubliée durant la postmodernité, mais qui constituait autrefois avec la
solidité et la beauté (ou la distinction) la triade originale permettant de
définir une œuvre d’art.
Il était temps qu’une exposition rende hommage à Paulo
Mendes da Rocha (1928-2021), l’un des grands architectes de la modernité dont
la reconnaissance fut tardive. Celle qui a ouvert ce printemps à la Casa da
Arquitectura de Matosinhos n’a pas la taille de celle de Norman Foster au Centre
Pompidou mais elle en vaut largement plus le déplacement. Conçue par Jean-Louis
Cohen et Vanessa Grossman, mise en scène par Eduardo Souto de Moura, elle nous
invite à découvrir une œuvre d’une grande cohérence, marquée par l’humanisme
optimiste de son temps mais intemporelle par sa foi en la puissance symbolique
de l’architecture comme instrument politique au service de tous.