Après avoir travaillé sur la préfiguration de la Cité de l’architecture et du patrimoine (CAPA) comme chef du pôle culture du Premier ministre, François de Mazières a présidé cet établissement de 2004 à 2012. Entre 2000 et 2002, il a aussi été directeur général de la Fondation du patrimoine. Il nourrit sa mission d’élu de ces expériences.
D’a : Votre parcours, avant votre élection à la mairie de Versailles, a-t-il infléchi votre manière de faire de la politique ou influencé le maire que vous êtes aujourd’hui ?
Mes engagements professionnels et personnels ont toujours été ceux d’un homme d’action, intéressé par la chose publique et notamment le domaine de la culture, plus que ceux d’un militant politique. J’ai d’ailleurs débuté mon parcours dans la préfectorale, puis j’ai passé presque dix ans au ministère des Finances, dont une partie en cabinet ministériel. Parallèlement, j’ai pu devenir maire adjoint chargé de la culture à Versailles et j’ai rapidement présidé la Fédération nationale des élus à la culture. Bref, j’ai réuni mes centres d’intérêt. J’ai dirigé la Fondation du patrimoine puis je suis devenu conseiller culture du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin pendant deux ans, pendant lesquels, avec Jean-Jacques Aillagon comme ministre, nous avons fait la loi mécénat et lancé une deuxième étape de la décentralisation culturelle.
En 2000, j’ai eu cette belle opportunité d’être chargé de la préfiguration, puis de la présidence de la Cité de l’architecture et du patrimoine (CAPA), à partir du projet d’origine établi par Jean-Louis Cohen. Ce ne fut pas simple de donner vie à ce grand projet, mais ce furent des années particulièrement riches. Mon expérience d’élu local a alors infléchi ma manière de piloter ce projet. Ce fut notamment le grand moment de la consultation du Grand Paris. À cette époque, j’ai été très frappé par le changement qui s’opérait dans la réflexion sur la Ville du fait de la crise environnementale. J’ai décidé alors d’accompagner ce mouvement avec des expositions comme « Habiter écologique » en 2009, dont le commissariat était assuré par Dominique Gauzin-Müller, ou « La ville fertile » en 2011, confiée à des paysagistes. Par ricochet, ceci a beaucoup influencé ma façon d’appréhender la gestion de la ville de Versailles, dont j’ai été élu maire en 2008. Quand je suis devenu député, en 2012, j’ai quitté avec beaucoup de regrets la CAPA, mais sans abandonner vraiment cette passion contractée pour l’architecture. J’ai ainsi été à l’initiative de ce qui est devenu le loto du patrimoine et j’ai beaucoup travaillé sur la loi LCAP de 2016. L’articulation entre l’architecture contemporaine et le patrimoine, enjeu majeur de la CAPA, a donc profondément marqué ma carrière professionnelle et d’élu.
D’a : Vous assurez pour la troisième fois le commissariat général de la Bap!, dont vous avez porté la création à Versailles avec la Région Île-de-France. Quelles sont les particularités de cette édition en matière d’architecture et de paysage ?
Chaque édition a ses spécificités, mais nous creusons un sillon. Après « L’homme, la nature et la ville », en 2019, puis « Terre et villes », en 2022, le thème choisi est « La ville vivante ». Versailles a en effet valeur de démonstrateur de ce changement de paradigme, consistant à penser la ville à l’aune des préoccupations environnementales. Il importe toutefois de réfléchir à la notion de ville « pas chiante », titre d’un ouvrage récent d’Ariella Masboungi et d’Antoine Petitjean, en alternative à la ville générique, car une approche purement axée sur la maîtrise des consommations d’énergie peut aboutir à ce travers.
Des lieux versaillais emblématiques accueillent les cinq expositions principales, complétées par plusieurs événements annexes. Le commissariat de « Tout garder / Tout changer. Réparer et prendre soin des villes » a été confié à Christine Leconte et Cécile Diguet. La présidence du Conseil national de l’Ordre des architectes par Christine a coïncidé avec le moment du basculement entre construire et réparer.
À l’École nationale d’architecture, Philippe Rahm et Sana Frini sont les commissaires de « 4° Celsius entre toi et moi ». Leur approche, très claire, du réchauffement climatique à travers des exemples de latitudes aux climats déjà plus chauds, associe de nombreuses écoles internationales et fait l’objet d’un ouvrage de référence (voir notre dossier dans p. 55 à 97, ndlr). (...)