Entretien avec Philippe Prost, le 29 octobre 2024
Fin de matinée, j’ai rendez-vous avec Philippe Prost dans son agence rue d’Uzès. Une voie homogène bordée d’immeubles industriels aux façades en pierre, tous construits en très peu de temps à la fin du XIXe siècle sur l’emplacement de l’hôtel d’Uzès de Claude-Nicolas Ledoux, détruit en 1870. Aucune circulation. Il règne ici la même ambiance qu’avant le départ des éditions du Moniteur, en 2015 qui en faisait un lieu incontournable des professionnels du bâtiment : de jeunes employées de bureau en pause, parfois assises sur les pas des portes discutent et rient en fumant ou en buvant du café dans des gobelets en carton, comme dans un grand salon à ciel ouvert… Je traverse le hall du 11 et je monte au troisième étage où m’attend le Grand Prix national de l’architecture 2022, encore tout excité par l’ouverture récente de la grande exposition monographique qui lui est consacrée et qui vient en partie occuper la Galerie des moulages de la Cité de l’architecture et du patrimoine. D’a : Pourquoi avez-vous voulu être architecte ? Je ne me suis jamais posé cette question. J’étais surtout attiré par la musique et je jouais de l’orgue. Un instrument à la fois puissant – tout vibre à la première note – et très complexe, qui demande énormément d’entraînement pour être maîtrisé. Je passais mes journées à interpréter des chorals de Bach, de Brahms, et des compositions plus modernes comme des pièces de Jehan Alain ou d’Olivier Messiaen, tout en participant avec des copains de lycée à un groupe de rock progressif très inspiré par Van der Graaf Generator et le Mahavishnu Orchestra. Mais mes parents, qui n’étaient pas musiciens, ne pensaient pas que cette passion puisse me mener à quelque chose. À l’approche du bac, voyant que je m’inquiétais pour mon avenir, un de mes profs du conservatoire m’a conseillé de me renseigner sur les écoles d’architecture, en m’expliquant qu’elles laissaient beaucoup de temps libre à leurs étudiants et qu’en suivant ce cursus je pourrais sans problème continuer à jouer et à progresser. Je me suis donc inscrit à Versailles sans aucune intention de devenir architecte, mais en pensant que $##$ ce serait une bonne couverture vis-à-vis de ma famille pour poursuivre (...)
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