Alors que la rue de Popincourt est étrangement vide ce jeudi 1er mai, je m’engouffre dans l’entrée d’un garage du siècle dernier réhabilité en bureaux par les architectes de LAN. Je prends l’ascenseur jusqu’au quatrième et j’entre dans l’extension en bois aujourd’hui déserte qui s’étend sur deux niveaux pour accueillir les locaux de l’agence. Ce projet manifeste semble avoir été pensé dans les moindres détails pour définir une succession de lieux à fois très caractérisés et totalement indéfinis, permettant à chaque collaborateur de l’entreprise de travailler comme il l’entend…
Après une courte discussion avec Bianca – la jeune architecte milanaise qui s’occupe entre autres de la communication –, je reconnais à contre-jour la silhouette aristocratique d’Umberto Napolitano qui se découpe au centre du patio du cinquième étage. Il ne nous reste plus qu’à décider de l’emplacement le plus adéquat pour commencer notre entretien…
© Maxime Delvaux
D’a : Pourquoi avez-vous voulu être architecte ?
C’est un non-choix… J’ai toujours baigné dans un milieu artistique, mes parents m’ont ouvert sans restriction à toutes les disciplines. Mais le temps venu de choisir une orientation professionnelle, mon père, qui connaissait mon désir de m’inscrire aux Beaux-Arts, m’a plutôt conseillé de suivre des études d’architecture pour rester très proche de ce qui me passionnait tout en apprenant un métier.
Je suis ainsi rentré dans cette voie par défaut… et peut-être aussi par la mauvaise porte. À Naples, l’enseignement de la faculté d’architecture de l’université était basé sur les mathématiques, le dessin, l’histoire et la plupart des enseignants étaient postmodernes : j’avais l’impression d’entrevoir de très loin une discipline qui me paraissait inaccessible, en tout cas très éloignée de ce que l’on nous apprenait…
Heureusement, je me suis débrouillé pour partir en Erasmus dès la seconde année de licence. J’avais demandé Londres, Stockholm, mais comme je parlais couramment français je me suis retrouvé à La Villette à Paris et j’y suis resté…
D’a : Comment s’est passée votre première année en France ?
C’était en 1996 et j’ai découvert un milieu en pleine ébullition… C’était vraiment enthousiasmant ! Paris sortait des grands travaux, Jean Nouvel dominait encore la scène nationale, Koolhaas était en train de construire Euralille et les grands générateurs culturels conçus les années précédentes – Beaubourg, l’IMA, la Fondation Cartier… – fonctionnaient à plein régime en rendant tangible ce que pouvait être l’architecture contemporaine. (...)