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Saint-Malo n’est plus la ville des joyeux corsaires, des négriers sans scrupule, des comtes romantiques, des découvreurs de nouveaux mondes et des prolétaires de la mer. La citadelle, anéantie en 1945 par les bombardements alliés et totalement reconstruite, n’abrite plus que des crêperies et des boutiques de souvenirs… Ses édiles, soucieux de remédier à cet état de fait, lui ont promis un musée dans l’ancienne école de la marine marchande désaffectée, un édifice exemplaire construit par Louis Arretche dans les années 1950 sur les ruines d’un ancien monastère transformé à la Révolution en caserne et en prison.

 

Nous avions rendu compte dans le da n° 265 de septembre 2018 du premier concours organisé par l’ancienne municipalité de Saint-Malo avec le même programme muséal, mais sur un autre site : au fond du bassin Duguay-Trouin. Il s’agissait à cette époque de rassembler les éléments épars de cette ville en éclats en unifiant la citadelle et ses îlots fortifiés, le port et les nouveaux quartiers, autour d’un édifice monumental reflété par un vaste plan d’eau… En lice, des objets iconiques, parfois intrigants et vénéneux, notamment signés par les Aires Mateus ou Barozzi Veiga, des spécialistes du genre… Kengo Kuma, le lauréat, qui proposait une accumulation assez habile de containers sur ce quai scandé de hangars, a d’abord été confronté à plusieurs appels d’offres infructueux avant que l’opération ne soit abandonnée, le préfet ayant signalé que le site retenu présentait un risque de submersion marine.

Signe des temps ? Les enjeux du concours d’aujourd’hui sont totalement différents, il ne s’agit plus de rejouer l’épopée du Guggenheim de Bilbao en élevant un édifice messianique rassemblant les forces antagoniques de l’agglomération pour la faire basculer dans la contemporanéité, mais de mettre en valeur l’existant et d’inséminer des activités culturelles dans le tissu dense d’une vielle ville exclusivement consacrée à l’accueil des touristes venus se baigner sur les nombreuses plages ou se promener sur les remparts et les rochers…

 

SMO PLAN CONTEXTE 500 Vue aérienne de la proposition de Philippe Prost

 

PALIMPSESTE

Le terrain choisi est très pertinent : il s’agit d’un ancien monastère des bénédictines converti en caserne et en prison après la Révolution. Détruit pendant la guerre par les bombardements alliés, il avait été transformé en école de la marine marchande, un lieu de formation des mécaniciens comme des capitaines de bateau. Cette opération délicate a été confiée à Louis Arretche (1905-1991), l’architecte en chef de la reconstruction « à l’identique » de la ville. Ce dernier a su pour cet édifice public, comme pour le casino édifié plus à l’ouest en bordure des plages, allier subtilement modernité et pittoresque. Son école associe une écriture sobre et neutre avec une vraie connaissance des matériaux et de leur mise en œuvre, hybridant sans complexe béton, granit – parfois de récupération –, ardoise, bois, verre…

Le plan de l’existant a été simplifié et clarifié autour de deux vides : la cour du cloître et l’esplanade ouverte sur la mer. Les volumes détruits les plus marquants ont été reconstruits sur leurs anciennes emprises ou déplacés : la galerie du cloître déposée a été ainsi remontée dans l’angle nord-est de la parcelle. Le grand bâtiment qui s’élevait au-dessus des remparts a été agrandi et a retrouvé des murs de granit et un toit d’ardoise, tandis que le corps principal de l’ancienne prison a été reculé afin de libérer la vaste esplanade ouverte sur la mer. Ses arcades miraculeusement rescapées de l’enfer d’acier et de feu, qui donnaient à l’origine au sud sur une cour protégée, se sont retrouvées comme par magie « retournées » : leur face interne exposée au nord et aux embruns de l’océan. Au centre de la composition, une petite tour carrée vigoureusement tramée a été élevée pour dominer l’ensemble, alors qu’à l’est la chapelle et son clocher ont retrouvé leur forme originelle, cachant une construction plus moderne arborant un toit-terrasse.

Cette composition fragmentée a permis aussi de répondre facilement à ce programme complexe qui n’a cessé d’évoluer pendant les études. Tous les bâtiments ont ainsi été posés sur un socle servant qui s’étend derrière le mur d’enceinte entre la rue de la Victoire et les fortifications en contrebas. C’est dans ce soubassement conçu comme la cale d’un grand navire qu’a été installé le simulateur, la pièce maîtresse de l’établissement comprenant une salle des machines et une salle de commandement hyperréalistes pour permettre aux étudiants mécaniciens et pilotes d’apprendre à faire fonctionner un navire avant d’aller sillonner les océans…

Désormais installée dans un campus des métiers de la mer, à l’est de l’agglomération, l’école a libéré ce site exceptionnel. Après une étude de faisabilité, le concours a rapidement été lancé en vue de l’ouverture en 2028 du nouveau musée. Le choix des participants à cette seconde consultation s’est naturellement orienté vers des architectes ayant une certaine expérience de la valorisation des édifices patrimoniaux. Chacune de ces équipes a ainsi proposé une relecture différente du travail de Louis Arretche. Philippe Prost, le lauréat, parvient à renforcer subtilement l’unité de l’ensemble en introduisant une longue passerelle transversale réconciliant les constructions célibataires émergeant du socle… Kees Kaan surélève d’un belvédère la tour carrée qu’il aurait pu dessiner lui-même pour renforcer son rôle fédérateur sur le reste de la composition. Jean-Michel Wilmotte porte une attention particulière à l’esplanade ouverte sur la mer, qu’il valorise en y intégrant une construction emblématique. Quant à l’agence Construire, elle souligne au contraire la possibilité d’échanges et de rencontres que porte en lui ce morceau de ville et s’attache à les développer.

 

 

1.

 Kees Kaan

2.

 Wilmotte

3.

 Construire

4.

 

  1. Atelier d'Architecture Philippe Prost
  2. KAAN Architecten et Arnaud Paquin
  3. Wilmotte & Associés et Hame
  4. Construire et Jennifer Didelon (...)
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