d'architectures
Le magazine de la création architecturale
À Nantes, l'hétérogénéité architecturale élabore un récit paysager qui renvoie à l'histoire chaotique du site. Qu'importe si les architectes ne manquent pas d'y reproduire, avec plus ou moins de talent ou de fantaisie, les poncifs stylistiques puisés dans les revues d'architecture. Au milieu de cet amusant catalogue, deux édifices semblent refuser de se prêter au jeu du défilé des collections printemps/été : le parc de stationnement dessiné par Barto & Barto et, jouxtant ce grand squelette métallique, le Pôle des arts, première réalisation de l'architecte Marceau Lépinay. Ce vaste quadrilatère, qui emprunte les teintes sablonneuses des limons de la Loire, abrite en réalité deux écoles, la section Arts graphiques du lycée de la Joliverie et l'École des métiers de l'imprimerie. L'une relève de l'enseignement professionnel, l'autre de la formation professionnelle. Appartenant donc à des cultures différentes, chacune souhaitait conserver son indépendance avec des entrées et des périodes d'ouverture propres. Seuls l'auditorium, la bibliothèque et la
restauration sont partagés. Le rapport entre la surface du terrain et le programme imposait une contrainte de densité extrêmement forte. L'ensemble se présente comme une seule entité : un socle d'où émergent, comme depuis la coque d'un navire marchand, les châteaux de superstructure. En réalité, une équerre (le lycée) et une tour (l'EMI). À l'extérieur, l'unité se constitue depuis les quatre rues périphériques qui délimitent une enceinte enveloppant l'îlot. À l'intérieur, elle se construit autour du vide des deux cours : un premier patio au rez-de-chaussée met en relation les deux halls d'entrée. Deux niveaux plus haut, une vaste cour de récréation se laisse deviner ; on y accède par un grand escalier qui se déplie depuis le sol pavé de la première. À la massivité du bâtiment, le vide de la cour haute offre un heureux contrepoint. Elle cadre de larges vues sur le paysage de l'île, notamment vers Rezé et l'unité d'habitation de Le Corbusier. Côté ouest, la façade est dédoublée dans les trois derniers niveaux. Un système de portiques, comme un grand claustra de béton, protège les salles de cours du soleil.
Le biais des éléments porteurs verticaux est recouvert de peinture or. Le soleil du Sud s'y réfléchit en autant d'éclats tranchant sur le gris mat du bâtiment.
La compacité du programme et la minéralité monochrome des façades peuvent conférer à cet îlot une certaine sévérité, mais la virtuosité de l'architecte dans l'art de composer les volumes l'affranchit de cette austérité. Elle le porte vers un expressionnisme sculptural qui renvoie subtilement à l'histoire industrielle et maritime du lieu. Ce sens de la composition est servi par une maîtrise des articulations tectoniques d'autant
plus remarquable que l'architecte a dû entièrement redessiner ses assemblages, jointures et affleurements, lorsqu'il a fallu abandonner la conception de béton coulé en place pour celle de prémurs.
Le bâtiment devait être en effet en béton brut coulé en place, mais l'entreprise a suggéré pour l'enveloppe extérieure un système de prémurs préfabriqués et isolants, un procédé qui présente l'avantage de réduire la durée du chantier. Habituellement plus onéreuse, cette solution a cependant été proposée sans surcoût : en
période de récession de la commande, l'usine étrennait sa chaîne de fabrication toute neuve et ne pouvait se permettre de la laisser inactive. Contrepartie : l'opération a essuyé les plâtres (enfin, ici plutôt le ciment !) de la mise au point. Des traces de carbonatation sont en effet immédiatement apparues sur la surface des prémurs et il a fallu peindre la plupart des éléments. La logique de plaques de cette technique, d'une grande efficacité dans les surfaces, est très contraignante pour tous les angles et les noues. C'est seulement lors de la conception des détails, en anticipant comme ici sur la place donnée aux relevés d'étanchéité, acrotères ou limons d'escalier, que les difficultés d'assemblage peuvent être évitées. Et c'est avec cette rigueur que les rencontres entre plans verticaux et horizontaux ou matériaux dissemblables peuvent devenir les sèmes déterminants de la cohérence rhétorique de l'ensemble.
Maîtres d'ouvrages :
Ogec
La Joliverie, Afiig
Maîtres d'oeuvres :
Lépinay
Chabenès & Scott architectes associés. Bureau d'architecture Marceau
Lépinay
Entreprises :
Isateg ;
économiste, ECB
Surface SHON :
11 014
m2
Cout :
11,9
millions d'euros HT
Date de livraison : études,
septembre 2007-novembre 2008 ; travaux, février 2009-août 2010
Maîtres d'ouvrages : Château Cheval Blanc
Maîtres d'oeuvres : atelier Christian de Portzamparc (Christian de Portzamparc, Étienne Pierres, Daniel Romeo), architecte. Meristeme/Régis Guignard, paysagiste. Captain Spot/Jean-Bernard Favero-Longo, Aartill, éclairagistes. Point d'Orgue, acousticien. Olivier Chadebost, architecte maître d'œuvre d'exécution
Entreprises : gros œuvre, Spie Batignolles Sud-Ouest ; aménagements paysagers, Brettes Paysages ; façades et verrières, Coveris ; plomberie, désenfumage, Géniclime ; process, Air Froid ; menuiseries bois, bardage bois, Gasteuil ; cuverie, Dv Tex – Surface : 5 250 m2
Surface SHON : 5 250 m2
Cout : 13 millions d'euros (cuves comprises)
Date de livraison :Maîtres d'ouvrages : SNC Biarritz Océan
Maîtres d'oeuvres : Steven Holl (architecte mandataire), avec Solange Fabiao, Xavier Leibar et Jean-Marie Seigneurin (architectes associés)
Entreprises : Betec et Vinci Construction, Avel Acoustique, Elithis
Surface SHON : 4 500 m²
Cout : 24,76 millions d'euros HT
Date de livraison : 2011
On l'a déjà évoqué dans ces colonnes (cf. da n° 199 d'avril 2011), la
première phase du projet de la Confluence à Lyon propose en guise
d'urbanité une accumulation d'architectures parfois massives et toujours
spectaculaires. Sur la table rase de la presqu'île, on trouve ainsi,
face à face, un grand ensemble imaginé par MVRDV, un immense centre
commercial conçu par Jean-Paul Viguier et le nouvel hôtel de Région
dessiné par Christian de Portzamparc. Ce dernier ne pouvait guère
s'appuyer sur l'espace public environnant : une esplanade en devenir,
une avenue plutôt rébarbative, une seconde ZAC hypothétique au sud-est.
Il a logiquement proposé un édifice très introverti. Sur le papier comme
dans la réalité, celui-ci se substitue aujourd'hui, à
travers sa « grosseur » comme dit Rem Koolhaas, à une ville générique
que seuls hantent quelques chalands et employés de bureau pressés. C'est
à l'intérieur que les maîtres d'oeuvre et d'ouvrage veulent au plus
vite nous entraîner, dans une gigantesque caverne où la vie publique
semble s'être réfugiée. Cet espace est difficile à décrire parce que
complexe, insaisissable dans sa totalité et ambigu par les registres
architecturaux qu'il convoque. En pénétrant dans le bâtiment par son
angle nord, on se retrouve au sommet d'une Grande Allée qui descend en
douceur entre deux imposantes ailes de bureaux. Ce vaste atrium, à
travers lequel s'élancent plusieurs passerelles, n'est pas celui d'un
quelconque siège social d'entreprise : il s'ouvre sur les côtés et vers
le haut afin d'offrir de multiples perspectives. Il est majestueux sans
être monumental, composé mais subtilement déséquilibré. En descendant
progressivement sous le niveau de la rue, on devine, en balcon sur la
gauche, un Plateau d'exposition et sur la droite, une autre terrasse
accueillant plusieurs édicules colorés. Parvenu au bas de la pente, on
découvre l'hémicycle régional. Depuis leurs bancs, les conseillers,
lorsqu'ils se retournent, perçoivent toute la séquence, l'allée où se
presse le public qui monte vers l'entrée et, au-delà, les immeubles de
la Confluence. De la cité à sa représentation et inversement,
l'architecture établit ici un lien simple et fort. Le microcosme imaginé
par Portzamparc
réserve encore des surprises. De l'autre côté
du Plateau d'exposition, on trouve un second atrium de taille plus
modeste autour duquel s'organisent les différents services de
l'administration régionale. Espaces publics et collectifs s'enchaînent
ainsi, au-dessus de l'hémicycle par un jardin suspendu
et plus loin dans le bâtiment, jusqu'à une terrasse haut perchée. Le
principe de composition de l'édifice, tel que l'architecte le décrit,
apparaît de manière assez limpide : c'est un bloc creux, taillé à la
serpe, sorte de ruche alvéolaire dans laquelle s'agitent 1 400 agents,
plusieurs centaines d'élus et de nombreux visiteurs. La matérialité de
ce labyrinthe d'espaces publics se décline en panneaux de chêne pour les
façades intérieures, en béton apparent pour les structures porteuses et
en verre et acier pour les verrières. L'écriture architecturale est à
la fois sculpturale et technique, virtuose et généreuse. Ce chantier de
40 000 mètres carrés a été mené tambour battant, en moins de trois ans.
Il a mêlé certaines problématiques d'ouvrages d'art – la réalisation de
trois bâtiments-ponts a nécessité la création d'une structure de grande
portée – à des exigences fortes en matière de détails. Les espaces de
bureaux sont ainsi soignés, variés dans leur configuration ; ils
échappent à la répétitive qui caractérise habituellement les immeubles
tertiaires. Les prestations de second œuvre sont de qualité, mais
visiblement bridées par un budget qui ne voulait pas s'embarrasser
d'apparat ostentatoire, l'exécutif régional semblant à l'évidence
soucieux d'affecter une certaine retenue. L'hémicycle a été adapté à la réforme territoriale en cours, qui accroît le nombre d'élus.
La
visite terminée, on peut cependant s'interroger sur la manière dont se
tient cet imposant édifice public dans la ville. Les croquis de
l'architecte, les images de synthèse qui circulent encore aujourd'hui et
les photographies de nuit du bâtiment, tout concourt à le présenter
comme un bloc fracturé et perméable à son environnement au nord et à
l'ouest. La réalité est malheureusement différente. Les immenses
découpes dans la masse sont évidemment obturées par des murs-rideaux de
verre et d'acier, très peu transparents pour des raisons techniques.
L'immeuble apparaît ainsi la plupart du temps comme parfaitement clos,
épousant de manière étanche les limites de sa parcelle, ne livrant rien
des activités qui l'habitent derrière son enveloppe de terre cuite
beige. Il contribue à l'âpreté d'un quartier où, on l'a vu, les objets
célibataires
se toisent par-delà des espaces publics sans grand
intérêt. Portzamparc n'a donc pas vraiment réussi à matérialiser à Lyon
ce qu'il avait déjà imaginé il y a quelques années avec son projet de
grande bibliothèque
pour Québec, et qu'il mène à bien aujourd'hui à
Rio de Janeiro, où le climat l'a dispensé d'installer des façades
vitrées autour d'un amoncellement fantastique de volumes architecturés.
Maîtres d'ouvrages : Conseil de la Région
Rhône-Alpes
Maîtres d'oeuvres : Atelier Christian de Portzamparc
Entreprises : Structure, Structures Île-de-France (SIDF) ; fluids, Setec Bâtiment ; Voix, Données, Images, IT Cal ; acoustique, Avel Acoustique ; scénographie, Ducks Scéno ; économiste et HQE®, Betrec Ig. ; paysagiste, Meristeme
Surface SHON :
45 650 m2
Cout :
Date de livraison : concours, 2006 ; livraison, printemps 2011
Maîtres d'ouvrages : Pas-de-Calais Habitat
Maîtres d'oeuvres : Frédéric Borel, assisté de Kenta Yokoo, chef de Projet, et Frédéric Bataillard
Entreprises : Norpac (MM. Gradel, Ollivier, Gorisse)
Surface SHON : 3 700 m2 Shab ; 5 800 m2 ShobMaîtres d'oeuvres : Takeshi Yagamata Architects
Entreprises : LOW FAT Structure
Surface SHON : 381,03 m2
Maîtres d'ouvrages :
Maîtres d'oeuvres : StudioGreenBlue-Mitsuharu Kojima, Wataru Kobayashi
Entreprises :
Surface SHON : 104,87 m2
Cout :
Date de livraison :2010
Maîtres d'oeuvres : Jun Igarashi Architects
Entreprises : Daisuke Hasegawa et Igararashi-Gumi
Surface SHON : 202,29 m2
Date de livraison : novembre 2008
Maîtres d'ouvrages :
Maîtres d'oeuvres : Level Architects
Entreprises :
Surface SHON : 163,69 m2
Cout :
Date de livraison :
Maîtres d'ouvrages : Masayoshi & Yoko Matumoto
Maîtres d'oeuvres : Takeshi Osaka
Entreprises : Hirofumi Ohno
Surface SHON : 91,15 m2
Date de livraison :Septembre 2010
[ MAÎTRES D'OEUVRE : NOA – SURFACES : PARCELLE, 86 M2 ; BÂTIMENT, 36 M2 – STRUCTURE : BÉTON ]
Maîtres d'ouvrages : Privé
Maîtres d'oeuvres : Christian Pottgiesser, Architecturespossibles; avec Pascale Thomas-Pottgiesser
Programme : Extension et restructuration d'une maison, 5 chambres, 5 salles de bain, espace séjour
Surface SHON : 870 m2, jardin et terrasses : 4 850 m2