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Maîtres d'ouvrages :  Privé
Maîtres d'oeuvres :  Christian Pottgiesser, Architecturespossibles; avec Pascale Thomas-Pottgiesser
Programme :  Extension et restructuration d'une maison, 5 chambres, 5 salles de bain, espace séjour
Surface SHON :  870 m2, jardin et terrasses : 4 850 m2

La relation statique entre habitat et typologie est mise à mal par Christian Pottgiesser. À Louveciennes, la Maison L plonge au plus profond des archétypes de l'habiter : la grotte, la tour, la salle commune. Et dans une singulière stratégie du doute, l'architecte en fait jaillir quelque chose, quelque lieu, pour lesquels le terme usuel de «maison» paraît trop étroit. Christian Pottgiesser, pour chaque projet, découvre avec une savante naïveté les attentes des habitants, les fondamentaux du site et surtout, ajoutons-le, ceux de sa propre démarche théorique et constructive : « Je revendique une incompétence! À chaque fois, j'ignore le monde dans lequel je dois intervenir, il me faut inventer la façon dont je vais le découvrir et intervenir. Aucune connaissance a priori, je me laisse surprendre par ce que je rencontre, par les désirs et les compétences de ceux qui vont construire et habiter, par ce qu'ils se cachent eux-mêmes parfois. »

Projeter est avant tout « un système dynamique loin de l'équilibre ». Une pensée de l'incertitude qui s'opposerait aux certitudes de la pensée fonctionnaliste, corsetée dans des statuts. Christian Pottgiesser, avec sa structure Architecturespossibles, aime à travailler avec des partenaires possédant un autre regard : ingénieur, designer, rugbyman, plasticien, botaniste. Depuis quelques années, en compagnie de la photographe Pascale Thomas et de l'artiste Pierre Leguillon, il a par exemple créé « la Promesse de l'écran ». Ce lieu/œuvre nomade où l'on questionne le statut de l'art est un bar clandestin qui s'installe aussi bien dans un hôpital psychiatrique à Lausanne qu'à Beaubourg, au CAPC ou dans la maison construite par Koolhaas à Bordeaux. Une manière de créer « une fonction incertaine », une mise en question permanente, base commune de projets « suffisamment impossibles » : l'extension transparente et troglodyte d'une maison rue Galvani à Paris, un espace de bureaux conçu comme un meuble-territoire paysagé place de Stalingrad (voir le dossier Aménagement de bureaux, d'a-guide n° 200).

Des fonctions incertaines

Comment partager avec les futurs habitants le positionnement théorique fort de cette notion d'« incertitude », de « déséquilibre dynamique » ? Sur un beau terrain à Louveciennes, en banlieue chic de l'Ouest parisien, il s'agissait d'agrandir une maison aménagée dans une orangerie du XVIIIe siècle en y ajoutant quelques chambres. Premier contact en 2004, après la découverte de l'architecte dans une publication, puis deux ans d'approche. « L'image de référence était pour ce couple une orangerie du XXIe siècle. Nous avons clairement dit que nous allions faire leur maison avec les moyens de notre architecture. Que ça serait long, complexe, que des contradictions allaient apparaître, des non-dits s'exprimer. Plus qu'un projet, c'est un scénario que nous proposons. Y retrouveraient-ils ce qu'ils attendaient ? Au début, je ne crois pas, reconnaît Pottgiesser. Ce que nous proposions dépassait ou passait à côté des possibilités d'appropriation, ou bien au contraire, le désir d'appropriation soulevait des contradictions matérielles en termes de surface, d'orientation, de contraintes, de réalisme constructif. »

Les possibilités d'extension, malgré presque 5 000 mètres carrés de terrain, étaient somme toute limitées. Contraintes de hauteur à 8 mètres en raison du classement en périmètre de monument historique, pas-sage d'un conduit d'évacuation et d'un point de relèvement des eaux. À cela s'ajoutait le désir des clients de construire en partie nord, afin de tourner le dos à la parcelle mitoyenne et de jouir d'une vaste terrasse tranquille et ensoleillée près de l'orangerie ancienne, où se trouve la cuisine, pôle de convivialité. À ce jour, la partie ancienne est également en cours de restructuration. « La notion de programme n'a pas lieu ici, plutôt un processus itératif où le désir joue un rôle. » Le projet a connu des attentes, des inquiétudes, des conflits. Mais les accords profonds sur les fondamentaux et la démarche ont nourri le scénario d'architecture à travers ses différentes expressions. D'abord, un plan compact autour d'un jardin décaissé, puis une ligne rigide de cinq volumes posés sur une nappe d'espaces de séjour. Pour finalement faire émerger la forme actuelle : cinq petites tours de béton, les univers privés verticaux (salle de bains et chambre) qui dominent un jardin-terrasse méditerranéen. Dessous, se développe un espace commun souple, accidenté, troglodyte et lumineux. Ce toit est la condition fondatrice du projet. Le déséquilibre des désirs y trouve enfin sa statique.

Construire

« Du point de vue structurel [l'ingénieur est Joël Betito], ce toit est une dalle de quelque 50 mètres de long qui tient plus du génie civil que de l'architecture domestique. » Les parties pleines des façades en périphérie portent et contreventent la dalle structurelle ferraillée. Celle-ci trouve des points d'appui là où elle ne paraît que frôler les tours. L'acrotère qui cerne le jardin-terrasse est de fait une poutre porteuse.

Les détails de construction accentuent l'apparent détachement des éléments. La dalle est séparée des tours par une fine verrière, un dispositif qui exprime leur élan depuis l'ancrage au sol. La lumière frise les veines ligneuses du béton décoffré. Les points de contact structurels sont traités avec des engravures. Pour les huisseries de métal et les verrières du niveau bas, pour les baies à châssis bois des chambres et salles de bains, la liaison avec la maçonnerie est discrète, absente ; les feuillures en creux dans le béton brut sont dessinées et exécutées avec précision. La teinte vibrante du béton est obtenue par un dosage précis de ciment et de sables clairs. Le dialogue avec une entreprise artisanale motivée, le geste, le dessin à main levée et le tracé in situ ont été les garants de l'idée.

Parcourir

La maison L évoque les premières réalisations d'Àlvaro Siza où sur le chantier, il avait calé la ligne d'horizon dans l'horizontale d'une fenêtre. Un village italien avec ses tours qui rivalisent en harmonie. Du Moyen-Orient, on retrouve la vie en terrasses, entre vigie et secret. Parcourir une topographie dessinée par des murets de pierre de Cadaquès, passer du sol naturel au jardin de toiture, lever les yeux vers les tours où le calepinage du béton raconte les savoir-faire du dessin et du chantier. Faire une halte entre les époques sur la dalle sombre de la terrasse où s'articule l'extension. Hésiter, traverser la façade de verre et d'acier de l'assise, retrouver la lumière là où on attendait l'obscurité. Découvrir autrement les tours, leurs façades devenues ici texture intérieure précieuse. Sommes-nous dans une rue ou dans une pièce commune ? Chaque tour est un microcosme vertical dans lequel l'escalier traverse la salle de bains avant d'émerger, plein ciel, dans la petite chambre à l'immense baie. Dormir, regarder, monter encore et surplomber le jardin-terrasse aux parfums bleus, comprendre enfin le plan pourtant si simple.
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