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Une halle habitée à Rouen

[ Maître d’ouvrage : privé – Maître d’œuvre : arba- (Jean-Baptiste Barache et Sihem Lamine) – Matériaux : sous-sol, volume béton semi-enterré, revêtu d’un mur manteau en brique noire ; étages, charpente à quatre pans en lamellé-collé de sapin du nord ; murs d’ossature et planchers bois, menuiserie et vêture en mélèze ; couverture en ardoise – Isolation : laine de bois – Chauffage : poêle à bois – Label : BBC – Charpente : Duhamel – Menuiserie : Joly & Colas – Maçonnerie : TBR – BE thermique : Effilios – Surface : 392 m2 (dont 104 m2 destiné à l’habitation) – Coût : 360 000 euros TTC – Livraison : 2015 ]


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1 avril 2016
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Reprogrammation d’une machine à guérir : Reconversion du sanatorium Sabourin en école d’architecture à Clermont-Ferrand

Maîtrise d’ouvrage : ministère de la Culture et de la Communication

Maîtrise d’ouvrage déléguée : Oppic

BET structure : KHEPHREN Ingénierie

BET fluides : Espace Temps

Économiste : jean-Claude Drauart

Programme : salles d’enseignement, amphithéâtres, bibliothèque, ateliers et espaces étudiants

Calendrier : lauréat du concours, juillet 2008 ; études, octobre 2010-avril 2012 ; travaux, janvier 2013-août 2015

Surface : 11 500 m2 (neuf : 6 500 m2, réhabilitation : 4 800 m2)

Coût : 21,5 millions d’euros HT


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14 mars 2016
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La résurrection du musée Unterlinden à Colmar

Maître d’ouvrage : Ville de Colmar 

Maître d’œuvre : Herzoh & De Meuron : Jacques Herzog, Pierre de Meuron, Christine Binswanger (associées en charge), Christoph Röttinger(associé, directeur de projet), Christoph Leblond et Marco Zürn (manageurs du projet) - BET : ARTELIA (structure), Échologos (acoustique), C2BI (économie), PPEngineering, Prof. Jäger (BET façade), Arup (consultant lumière), NEW ID (signalétique), Cap Vert Ingénierie (consultant paysage)  

Surfaces : 14 385 m2 (totale), 7 700 m2 (construit)  

Coût : 47 millions d’euros TTC 

Calendrier : octobre 2012 à janvier 2016

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1 mars 2016
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Créer son propre ciel : National Gallery, Singapour

Maîtrise d’ouvrage : Ministry of Culture, Community and Youth (MCCY)

Maîtrise d’ouvrage déléguée : National Gallery Singapore

Maîtrise d’œuvre : studioMilou architecture/studioMilou Singapore architecte mandataire ; commanditaire équipe de maîtrise d’œuvre : Jean-François Milou (architecte concepteur du projet architectural et muséographique), Wenmin Ho (chef de projet)

Commanditaire maîtrise d’œuvre : CPG Consultants Pte Ltd, architecte d’opération et bureau TCE 

BET Structure : Batiserf Ingénierie (phases concours à design détaillé)

BET verrière : SECM (phase design préliminaire à design détaillé)

Éclairage : Lighting Planners Associates (S) Pte. Ltd.

Paysagiste : ICN Design International Pte. Ltd.

BET acoustique, audiovisuel et IT : Shen Milsom & Wilke (SM&W)

Programme : restructuration de l’ancien City Hall et de l’ancienne Supreme Court en un grand musée d’Art moderne, intégrant des espaces de loisirs et commerciaux ainsi qu’un parking souterrain

Surface existante : 38 000 m² – Surface finale : 64 000 m²

Coût : 530 millions de dollars de Singapour (environ 330 millions d’euros)

Calendrier : lancement concours, 22 février 2007 ; lauréat, 28 août 2007 ; signature du marché, mai 2008 ; livraison, premier semestre 2015 

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1 mars 2016
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Keramis, Centre de la céramique La Louvière - Coton, de Visscher, Lelion, Nottebaert, Vincentelli

Des 16 hectares hier occupés par la faïencerie Boch, il ne reste que deux halles jumelles abritant les trois derniers foursbouteilles de Belgique et un grand vide promis à urbanisation, centre commercial à la clé. Ces vestiges classés en 2003 témoignent des origines de La Louvière, cinquième ville de Wallonie née de cette implantation des frères Boch en rase campagne, à proximité du canal de Charleroi et au coeur d’un bassin houiller. Originaire de Lorraine et enracinée au Luxembourg, l’entreprise familiale Boch prend alors pied en Belgique – devenue indépendante en 1830 –, son premier marché, juste après avoir fusionné les manufactures sarroises de Mettlach et de Villeroy, orientées vers le marché rhénan. Opérationnelle en 1844, la manufacture de La Louvière est alors baptisée Keramis en hommage aux céramistes de la Grèce antique. Deux ans plus tard, sa production dépasse celle de Septfontaines, l’implantation historique de l’entreprise au Luxembourg. Au XXe siècle, les Trente Glorieuses marquent l’apogée du site avec 1300 ouvriers et une production de 9000 tonnes répartie à égalité entre la vaisselle et le sanitaire dans les années 1960. Puis la crise pétrolière de 1973 amorce son déclin. Boch La Louvière connaît une première liquidation judiciaire en 1985, laissant 800 employés sur le carreau. S’ensuit une existence chaotique jusqu’au dépôt de bilan en 2009, un soi-disant repreneur écoulant les stocks et procédant au dépeçage du site jusqu’en 2011. C’est « la dernière défaïence », triste fin mise en spectacle par un dernier carré d’employés… aujourd’hui reclassés au sein du Centre Keramis. 



LE CRU ET LE CUIT 

À la fois musée et centre de création, Keramis a pour ambition d’entretenir la flamme en dévoilant les collections constituées par les acteurs publics au cours de la lente agonie du site et en élevant son histoire au rang de tradition vivante à travers l’accueil de jeunes céramistes et d’activités artistiques connexes. Le thème du feu prométhéen est au centre de l’institution culturelle, à l’instar des trois vieux fours-bouteilles  alignés dans l’ancienne halle industrielle phagocytée par le nouveau bâtiment. Choisi en 2010 parmi cinq concurrents, le projet du collectif d’architectes Codelenovi enrubanne littéralement les halles jumelles pour trouver les salles d’exposition et les différents espaces fonctionnels requis par le programme. Volontaire est le contraste entre le nouvel ouvrage en béton gris et les vieilles halles en brique enveloppées sur trois côtés, établissant une dialectique dynamique des matériaux et des espaces entre le cru et le cuit, l’arrondi et l’anguleux, le lisse et le rugueux, le sombre et le lumineux… La forme déliée et comme moulée du bâtiment rapporté fait ouvertement allusion au travail de la céramique, la plasticité du béton renvoyant à celle de la terre avant cuisson. Et pour que l’analogie soit encore plus explicite, une intervention artistique se déploie sur le ruban des façades pour graver en surface sur 4000 m2 un effet de texture évoquant le décor d’une faïence rétro ou les craquelures d’un grès flammé. Mais c’est à l’intérieur que l’ouvrage séduit définitivement par ses espaces enroulés dans les circonvolutions d’une peau de béton satiné et de vitrages cintrés intégrant une partie des dispositifs scénographiques. L’autre partie, inhérente au mobilier, est à la hauteur de cette architecture d’une élégance et d’une matérialité contenues, le projet ayant été validé en tout point par les cinq architectes associés pour la circonstance. Placés au coeur du dispositif, les trois fours classés sont en situation de rayonnement symbolique sur le bâtiment recomposé, l’espace public attenant et la frange urbaine de la friche. Premier maillon d’une reconquête, le Centre Keramis rejoue l’histoire de la ville à 160 ans de distance. Le signe d’une renaissance.



MAÎTRE D’OUVRAGE : INSTITUT DU PATRIMOINE WALLON 

ASSISTANT À LA MAÎTRISE D’OUVRAGE : CELLULE ARCHITECTURE DE LA FÉDÉRATION WALLONIE-BRUXELLES 

MAÎTRE D’OEUVRE : CODELENOVI, ASSOCIATION MOMENTANÉE DES ARCHITECTES GAUTHIER COTON, MICHEL DE VISSCHER, XAVIER LELION, ANNE-SOPHIE NOTTEBAERT, ANTOINE VINCENTELLI 

BET : JZH & PARTNERS (STABILITÉ), SOPHIA GROUP BELGIUM (TECHNIQUES SPÉ- CIALES) 

INTERVENTION ARTISTIQUE : JEAN GLIBERT 

GRAPHISME : SALUTPUBLIC 

SHON : 3800 M2 

BUDGET TOTAL : 10 MILLIONS D’EUROS HT 

FINANCEMENTS : RÉGIONWALLONIE (60 %), FEDER (30 %), FÉDÉRATION WALLONIE-BRUXELLES (10 %), VILLE, MÉCÉNAT 

CALENDRIER : CONCOURS, 2009 ; OBTENTION DES PERMIS PATRIMOINE ET URBANISME, 2011 ; CHANTIER, SEPTEMBRE 2012-AVRIL 2015 ] 

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14 décembre 2015
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Reconversion de l’usine Interlac à Dison - Délivrer un paysage - Baumans - Deffet

En cette fin d’après-midi nonchalante de juillet, la terrasse de la brasserie L’Usine offre, après le coup de feu du déjeuner, un peu d’ombre à quelques vieilles dames qui sirotent leur thé rituel en bavardant face au paysage verdoyant du coteau, visible pardelà. Côté soleil, une poignée de salariés rigolards de Télévesdre, la télé locale, ou peut-être de Belgomédia, l’éditeur de l’hebdomadaire Télépro, sont descendus par l’escalier métallique et entament une pause cigarette-café. De là, ils surplombent le parking à moitié rempli, rythmé par les allers et venues des caddies. En bas, trois gamins dépenaillés tirent obstinément des goals entre l’Intermarché et la galerie commerciale, indifférents aux gestes patients d’un couple de retraités qui trie son linge devant le nouveau lavomatic extérieur, entre deux rangées de prunus. Une affiche défraîchie annonce le concert de rap qui, fin mai, a enflammé la salle de spectacle polyvalente Le Tremplin, dont on ne soupçonne pas l’existence, juste au-dessus du supermarché, derrière les bardages métalliques qui enveloppent en partie les façades de l’ancienne usine Interlac. La vie ordinaire a repris ses droits et irrigue à nouveau ce site de plus de 2 hectares en plein centre de la commune de Dison, tout en longueur, coincé entre les pentes abruptes et encore rurales de la vallée. L’intense activité industrielle de conditionnement laitier l’a longtemps saturé, puis brutalement déserté au tournant des années 2000. Depuis une quinzaine d’années, une nébuleuse improbable d’acteurs privés et publics l’a progressivement transformé au gré des circonstances et des opportunités, des projets entremêlés et des intérêts pas toujours convergents. Le voyageur qui emprunte aujourd’hui immanquablement la rue Albert-Ier, entre la sortie 3 de l’autoroute et la ville de Verviers, toute proche, peut longer ce bout de ville sans presque y prêter attention. Rien ne laisse deviner en effet son histoire longue et discontinue, faite de fausses pistes et de rebondissements, de bras de fer et de compromis, de catastrophes et de petits miracles ; cette histoire qui fait en définitive de cette reconversion postindustrielle apparemment banale, dans une Wallonie en crise, un cas d’exception, presqu’un modèle à suivre, par l’assemblage inédit d’activités marchandes et non marchandes, privées et publiques, tertiaires et récréatives qu’il a produit. 



DES BRÈCHES FÉCONDES 

Les architectes Bernard Deffet et Arlette Baumans, associés depuis 1999, sont les rares à avoir été impliqués de bout en bout dans ce processus. Ils ont travaillé tour à tour pour le sanguin promoteur flamand d’origine italienne qui acquit l’usine désaffectée pour une bouchée de pain en 2001 et qui décéda brutalement en décembre 2009, puis pour la commune socialiste de Dison qui, prise par les impératifs d’un cofinancement européen FEDER, racheta une partie, sur le tard, pour développer un programme à la fois culturel, médiatique et commercial, et enfin pour la société foncière qui a repris, en 2012, la galerie commerciale, déjà en activité mais pas complètement achevée. Leur projet – si on peut le nommer ainsi tant leur mission de maîtrise d’oeuvre fut souvent partielle, et tant chacune des étapes ne leur a jamais donné la garantie de la suivante – est riche d’enseignements plus généraux sur les moyens d’agir de l’architecte, qui est paradoxalement l’acteur à la fois le plus vulnérable face aux mécanismes contemporains de production de l’environnement bâti mais aussi le mieux placé pour avoir prise sur eux. L’histoire aurait pu tenir en une phrase : un promoteur de centres commerciaux achète une friche, la rase et y construit quatre hangars décorés et franchisés. Mais la réalité a déréglé ce scénario pourtant rebattu de l’urbanisme commercial, levier puissant de normalisation du paysage et d’ennui existentiel. D’abord, le coût de démolition d’une partie des structures, en béton armé, grève la rentabilité de l’opération. Ensuite, le rejet d’un premier permis d’urbanisme convainc le promoteur de faire appel à des architectes locaux. Installés alors en face de la Maison communale de Dison, Baumans & Deffet sont choisis. À la fois réaliste et ambitieux, leur projet, scellé par un plan communal d’aménagement dérogatoire (PCAD) validé en mars 2005, combine les contingences économiques tendues du promoteur et les exigences souvent oubliées de l’intérêt général. Tenant cette ligne de crête, ses grands principes ont survécu sur la longue durée aux avatars de l’opération : rassembler les enseignes commerciales en une seule aile longitudinale qui tient le fond d’un parking arboré et qui lie le centre-ville à l’ancienne usine ; conserver et viabiliser les vastes locaux de celle-ci pour les rendre disponibles à toute leur potentialité programmatique ; exploiter le caractère iconique de ces structures industrielles à l’échelle du grand paysage (notamment l’étonnant portique en béton qui portait jadis les citernes de lait) ; implanter des logements côté ville (qui restent encore à financer). Si ce projet est exemplaire, ce n’est pas tant par ses formes plastiques (une volumétrie relativement conventionnelle) ni par son esthétique (d’une grande neutralité). Mais c’est parce qu’il illustre un des champs de réflexion architecturale à la fois les plus puissants et les moins spectaculaires : la topologie, c’est-à-dire la science des relations spatiales, des rythmes et des enchaînements, des contiguïtés et des ruptures, de l’orientation et de l’ordre des choses, en deçà de toute mise en forme. C’est ainsi qu’avec très peu de moyens, Baumans & Deffet ont pu articuler finement les échelles (architecture/ville/géographie), penser l’aménagement de deux grands magasins au rez-de-chaussée d’un bâtiment encore en friche tout en anticipant une occupation hypothétique des étages, tisser ensemble des programmes indépendants (studios télé, bureaux, centre de conférences, salle de spectacle, hall d’expo, etc.), ouvrir des brèches fécondes entre forme et fonction. Au sein des logiques hétérogènes qui complexifient et fragilisent le champ du bâtir, l’architecte contemporain ne doit donc pas forcément faire moins d’architecture. Le cas d’Interlac démontre qu’il peut au contraire puiser dans les outils de sa discipline pour conjurer la condition d’incertitude et de pénurie de ressources dans laquelle nous sommes durablement plongés et pour interférer sur certaines fatalités du marché de la construction. 



MAÎTRE D’OUVRAGE : PHASE 1 : RÉGIE COMMUNALE AUTONOME DE DISON ; PHASE 2 ET 3 : IMMO DISON

MAÎTRE D’OEUVRE : ARLETTE BAUMANS & BERNARD DEFFET

PROGRAMME : PHASE 1 : RÉAFFECTATION D’UNE ANCIENNE LAITERIE INDUSTRIELLE EN COMMERCES (RDC), CENTRE CULTUREL, SALLE DE SPECTACLE, HALL D’EXPOSITION, BRASSERIE, STUDIOS DE TÉLÉVISION ET BUREAUX (ÉTAGES) ; PHASE 2 : GALERIE COMMERCIALE, PARKING ET ABORDS ; PHASE 3 : IMMEUBLE DE 25 LOGEMENTS (EN COURS) STABILITÉ ET TECHNIQUES SPÉCIALES : BEL

ACOUSTIQUE : ATS

SCÉNOGRAPHIE : L’ESCAUT

SURFACE : PHASE 1, 8345 M2 ; PHASE 2, 4250 M2 (GALERIE) ET 8000 M2 (PARKING ET ABORDS) – COÛT : PHASE 1, 10,6 MILLIONS D’EUROS ; PHASE 2, 1,5 MILLION D’EUROS (GALERIE) ET 1 MILLION D’EUROS (PARKING ET ABORDS)

LIVRAISON : PHASE 1, 2014 ; PHASE 2 : 2008

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14 décembre 2015
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Un pavillon de jardin à Renaix - Vers.A

Un pavillon de jardin ? Cette construction en bois ne devrait pas être considérée, comme le suggère son apparence, comme une petite annexe ou un refuge retiré au fond des bois. Sa surface au sol est même supérieure à celle de la villa. Celle-ci, certes modeste, date de 1938 et se dresse à ses côtés sur le terrain aménagé en parc ; elle a été construite à l’origine pour une danseuse célibataire. Afin d’appréhender la finalité réelle de cette nouvelle construction, il convient tout d’abord d’en découvrir la genèse. Le propriétaire avait imaginé de construire une seconde résidence qui offrirait un espace supplémentaire non seulement pour une partie de sa vaste collection d’art contemporain, mais aussi pour ses livres et catalogues d’art. Il était également essentiel pour lui d’avoir une cuisine superbement équipée, puisque son épouse est un cordon-bleu et que le pavillon servirait aussi pour divertir les invités. En outre, il devait lui permettre de se retirer du monde pour prendre du recul. Ces utilisations mixtes présentaient une certaine difficulté exigeant des idées architecturales et conceptuelles sortant des sentiers battus. Nous nous trouvons au bord d’une grande étendue de verdure avec un étang attenant qui s’étire devant la villa. Au ponant, le terrain s’arrête brusquement à côté du pavillon. D’ici, on peut emprunter des sentiers qui cheminent dans une hêtraie touffue avant de rejoindre une vallée profonde. À l’origine, cette topographie spécifique a exercé une influence déterminante sur la conception du pavillon. Trois étages avaient été proposés. Le premier, en partie enterré sous la surface, devait offrir une vue sur la vallée sombre. Une chambre à coucher était prévue dans la partie plus petite de l’édifice superposée sur le rez-de-chaussée. Cette première idée n’a pas été concrétisée pour des raisons concernant le droit relatif aux constructions sur ce terrain. Le pavillon n’a désormais qu’un seul niveau qui se démarque sur une dalle de plancher. Clairement orienté, il dispose d’un mur arrière en grande partie fermé vers le nord, où se trouve le chemin d’accès à la propriété et un côté sud doté d’ouvertures généreuses de la hauteur de la pièce. Un toit protège la terrasse avant. Deux ans ont été nécessaires pour coordonner les plans avec le constructeur-propriétaire. Pendant tout ce temps sans pression, peu de choses ont bougé… Cet immobilisme s’explique certainement par le fait que le propriétaire est passionné d’architecture et qu’il voulait un temps devenir architecte lui-même. Observateur averti et passionné du monde de la construction en Flandre et au-delà, il est au fait des dernières évolutions. Ce qui pose la question de savoir comment il est entré en contact avec la jeune équipe d’architectes bruxellois de Vers.A. À un jet de pierre de sa villa, il a découvert une maison qui, bien que de concep- tion classique avec son toit à pignons, présentait une série d’améliorations architecturales. Il s’est renseigné sur les architectes de Vers.A et il s’est avéré que l’un des deux partenaires, Kobe Van Praet, était un ancien employé de Robbrecht en Daem. Le propriétaire avait fait appel à ce bureau pour remodeler sa maison dans la ville voisine d’Audenarde sur une durée de huit ans afin d’accueillir sa collection d’art. En outre, quinze ans plus tôt, Robbrecht en Daem lui avait construit une petite cabane enchanteresse faite de simples blocs de bois dans la hêtraie. À cette époque, le propriétaire avait également fait la connaissance de Paul Robbrecht dans le monde de l’art. La boucle était bouclée. 



UNE VILLA D’HIVER 

Si le pavillon est également fait entièrement en bois, le parti pris est toutefois différent. Sa face extérieure est recouverte de pin traité à l’huile foncée. Les supports en bois mettent subtilement l’accent sur la structure de la façade, délimitant des mailles de 80 centimètres. L’isolation est parfaite. Selon toute vraisemblance, les occupants le préféreront à la villa pendant les froides journées d’hiver. La toiture en zinc fait discrètement saillie au-dessus de la façade en décrivant un petit rebord. Le bâtiment est accessible par une porte arrière et un petit hall d’entrée avec toilettes et douche, et par une seconde entrée à côté de la cuisine sur la face ouest. Pour entrer dans la maison surélevée, il convient de prendre appui sur de grands blocs de pierre grossièrement équarris dans une carrière des environs. L’idée architecturale et conceptuelle présidant aux différentes utilisations se manifeste à l’intérieur du bâtiment. Tous les murs et le plafond sont recouverts de panneaux multiplex clairs. Ce revêtement interne de la pièce doit être considéré comme un continuum et recèle une série de détails soigneusement élaborés qui permettent de procéder à des modifications de l’espace en toute flexibilité en fonction des exigences. La qualité de l’espace est donc sa faculté à jouer les conteneurs polyvalents. Par ailleurs, en plus de la cuisinière, diverses autres zones peuvent aussi être séparées avec des parois en accordéon. 



UN ART DE MYSTÈRE 

En quelques manipulations simples, il est possible de créer des parois unies qui confèrent à la pièce le caractère d’un espace d’exposition. Des supports pour photos ont même été prévus dans les quatre éléments muraux. Les rideaux et un store aux fenêtres sont dissimulés derrière le mur multiplex, comme un mur de projection. Même l’ouverture de la cheminée est entourée de panneaux. Le lambris se prolonge par un meuble bas avec une étagère et se termine en un coin salon. Sous l’étagère, dissimulant le radiateur, il est également ajouré de fentes ornementées qui laissent passer l’air chaud. Deux ouvertures rectangulaires sont ménagées dans le plafond légèrement incliné afin de laisser entrer à l’intérieur une lumière rendue cruciale par un environnement végétal extrêmement dense. Le pavillon puise sa force dans la grande uniformité et la polyvalence architecturales qu’il communique en mode ludique. Tout trouve une explication, pourtant l’intérieur recèle encore bien des surprises. Il arrive ainsi qu’on se demande si certains éléments en bois peuvent ou non être ouverts en appuyant et en tournant. L’espace intérieur et la façade avec la terrasse ajoutent encore leur part de mystère en raison de leur légère inclinaison. Cela permet de subdiviser l’espace en fonction des occasions et/ou des usages, afin de créer deux sections distinctes – un geste architectural simple, certes, mais ô combien décisif. Niché dans les Ardennes flamandes de Renaix, ce pavillon de jardin est habité d’un élan spirituel engendré par le concept d’espace, d’effet et d’utilité. Pour le propriétaire, les aspects déterminants aujourd’hui sont la nature, la richesse évocatrice de cet emplacement et sa perception émotionnelle conjuguée à son art. RÉALISATIONS 



MAÎTRE D’OUVRAGE : PRIVÉ

MAÎTRE D’OEUVRE : VERS.A

PROGRAMME : CONSTRUCTION D’UN PAVILLON POUR UN COLLECTIONNEUR D’ART

PAYSAGISTE : VERNEMMEN

ÉTUDE DE STABILITÉ : ENGITOP BVBA

SURFACE : 90 M2
LIVRAISON : MAI 2015

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Sebastian REDECKE logo
14 décembre 2015
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Les Critiques

Ensemble du site sportif La Fraineuse à Spa - Embrasser les contradictions - Baukunst

Les poumons vous brûlent… Les perles de sueur de votre front et de votre cou se vaporisent au contact de la fraîcheur de la forêt. Physiquement éprouvé par l’effort, vous vous tournez vers cette demeure grandiose et son double invisible pour connaître votre temps auprès du juge officiant dans son bureau cylindrique. C’est le projet de l’agence Baukunst de Bruxelles : un carré surbaissé, adossé à un plan incliné et relié par le sous-sol à un manoir rénové – en fait, un pastiche du XXe siècle du Petit Trianon d’Ange-Jacques Gabriel à Versailles. Énigmatique, ce duo abrite les infrastructures destinées à l’administration et aux visiteurs de la Fraineuse, un centre de sports d’élite niché au coeur de la forêt spadoise de la Fédération Wallonie-Bruxelles. L’architecte Adrien Verschuere et son équipe ont décroché ce projet à la suite d’un concours lancé en 2008 et, bien qu’ils aient d’autres réalisations à leur actif depuis lors, il s’agit en fait de leur premier véritable édifice. Baukunst a oeuvré sur tout le site : à la fois à l’aménagement paysager, au flux de circulation, aux démolitions et aux restaurations, et leur nouveau centre d’accueil, qui constitue le noyau central qui orchestre tous les éléments. Les allusions à Mies van der Rohe sont si explicites qu’il n’est même pas nécessaire de les souligner. C’est comme si les architectes avaient dérobé une partie du toit de la Neue Nationalgalerie et l’avaient transposée de Berlin à Spa. Cependant, s’il est vrai que ce centre s’inspire de Mies et de son espace universel, en lieu et place de volumes adaptables mécaniquement, il n’en reste pas moins que ses salles sont très spécifiques, créées à partir de murs en béton isolant spé- cialement conçu et coulé sur site, d’une épaisseur de 60 centimètres. Ce projet ne doit pas être considéré comme un autre exemple de cette démarche si souvent adoptée par les architectes occidentaux contemporains en présence d’un bâtiment plus ancien, à savoir la simple juxtaposition du résolument moderne à du résolument non-moderne, utilisant paresseusement le contraste architectural pour remplacer tout dialogue constructif. Ce projet nourrit des ambitions d’une tout autre dimension. 



JUMEAU 

Auparavant, cette maison était isolée dans une mer d’asphalte, parking oblige. Cette disposition conférait un air de grandeur faussement classique à la piste d’athlétisme qui lui fait face, mais ne brisait en rien son isolement. Le projet de Baukunst définit clairement un espace autour de cette demeure, avec un socle de gravier sur lequel repose le faux château. Le centre d’accueil voisin inverse cette tendance, le solide se muant en vide et inversement. Le nouveau toit surplombe un espace d’une grandeur similaire au socle de gravier alors qu’au centre de cet espace, au lieu de trouver un bâtiment qui se dresse fièrement, une ouverture plonge vers une cour en contrebas. Et la figure devient fond, un peu comme si les architectes avaient construit un jumeau du château en antimatière, dont la présence peut être ressentie par son absence. Tout design grandiose rend les décisions obscures évidentes. Sur plan, la stratégie de Baukunst est si limpide qu’elle en devient inévitable. Toutefois, elle est bien loin des intentions de base du client. Au lieu de répondre au cahier des charges qui mentionnait un ensemble de pavillons dispersés sur le site, Baukunst a présenté le schéma d’un bâtiment unique et multifonctionnel. C’était la bonne démarche, puisque, au fil du temps, un enchevêtrement de bâtiments indépendants avait pris racine sur le site du centre sportif, alors qu’aujourd’hui ce campus bat d’un seul coeur. Et en offrant de multiples espaces de circulation, les architectes apportent une couche subversive de porosité à ce projet. Le centre d’accueil ne possède d’ailleurs ni façade avant ni façade arrière – avec des ouvertures de chaque côté, c’est plus une voûte qu’un édifice, créant ainsi des connexions visuelles et mobiles. Les gens du cru aiment à flâner dans la forêt avoisinante. La direction du centre se sentait partagée sur la présence constante de visiteurs occasionnels et a rapidement suggéré que ce projet soit utilisé pour décourager les promeneurs éventuels d’entrer sur le terrain. Baukunst a exactement pris le contrepied de cette approche : une stratégie d’ouverture pour encourager les mouvements organiques sur l’ensemble du site. Cette réinterprétation des instructions de base est, en partie, typiquement belge. Les architectes sont encouragés à, voire censés, repenser les hypothèses qui sous-tendent le cahier des charges et proposer leurs propres solutions. Par rapport à la rigueur des cahiers des charges britanniques pour des logements, il est rafraîchissant de voir un jeune bureau réécrire les règles de cette façon afin d’oeuvrer dans une visée plus sociale. 



SCHIZOPHRÉNIE 

Pour Verschuere, cette politique avec un P minuscule est au coeur de la praxis de Baukunst. « Je ne crois pas en l’architecture pour le bien de l’architecture », insiste-til, rejetant les créateurs qui aspirent uniquement à produire des bâtiments « superficiels ». « L’architecture doit servir d’autres desseins. Notre travail consiste à tisser de nouvelles relations entre les personnes, les choses et la façon dont elles existent. » Tout ceci semble relever de la schizophrénie. Le centre d’accueil est extrêmement raffiné, élégamment proportionné et intelligemment détaillé (les architectes se sont passés des colonnes grâce à des subtilités du design), proposant un dialogue esthétique simultané avec les grands maîtres modernes et le Versailles du XVIIIe siècle. En revanche, cette structure rejette toute frivolité cosmétique en faveur d’un pur pragmatisme : une réaction logique dans ce cadre, qui altère un cahier des charges limité afin de fournir le squelette d’un programme plus soucieux du bien public. Verschuere embrasse les contradictions, il choisit résolument de prendre ses distances par rapport aux identités belges et architecturales traditionnelles. Bruxellois de naissance, il a pratiqué son art exclusivement à l’étranger avant de créer Baukunst. Il participe exclusivement à des concours belges, mais emploie uniquement un personnel non belge. Il enseigne dans une école d’architecture à Tournai, en Wallonie, en se détachant ainsi de la scène architecturale de la capitale. Ces séparations professionnelle et sociale lui permettent de ne pas se voir affubler d’une étiquette de Wallon ou de Flamand, mais lui confèrent aussi la saine naïveté de l’observateur extérieur. « Je suis comme un étranger dans mon propre pays. » Tant dans le sport que dans l’architecture, nous braquons souvent les projecteurs sur l’athlète star en oubliant toute l’équipe – entraîneurs, managers et physiothérapeutes – en coulisse. Fidèle à son approche subversive, Baukunst entend changer la donne. Ils espèrent que les publications consacrées au projet reprendront une liste de tous ceux qui l’ont influencé, des avocats aux hommes politiques en passant par les soustraitants. « Il suffit d’une personne pour détruire un projet, constate Verschuere. Nous devons respecter la contribution de chaque acteur. »  



MAÎTRE D’OUVRAGE : FÉDÉRATION WALLONIE-BRUXELLES

MAÎTRE D’OEUVRE : BAUKUNST

PROGRAMME : INFRASTRUCTURE POLYVALENTE (CLASSES, ADMINISTRATION, RÉFECTOIRE, VESTIAIRES…)

PAYSAGISTE : BUREAU BAS SMETS

ÉTUDES DE STABILITÉ : GREISCH

SURFACE : 1850 M2

COÛT : 3,8 MILLIONS D’EUROS

LIVRAISON : 2015

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Phineas HARPER logo
13 décembre 2015
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Sous le signe du Verseau - Mons Memorial Museum - Pierre Hebbelinck & Pierre de Wit

C’est cette ambiguïté – un édifice à la fois contenant et contenu – que les deux architectes de Liège ont su parfaitement exploiter en intégrant la halle à leur parcours muséal. Leur intervention étreint et traverse la construction existante de brique et de métal. Le public entre par la vaste façade vitrée de 1871 donnant sur le boulevard et pénètre dans l’ancien espace industriel désormais dominé par une banque d’accueil. Il traversera ensuite les salles obscures aménagées dans le nouveau bâtiment pour une plongée en apnée dans les deux derniers siècles d’histoire de la ville et le traumatisme des deux guerres mondiales. Des témoignages, des objets parfois insolites, des légendes – comme la très étonnante légende des anges de Mons qui seraient apparus aux soldats britanniques au début de la guerre de 14 – scandent ce parcours somnambulique à travers l’histoire réelle et fantasmée de la ville. Un parcours qui s’étend en rez-de-chaussée puis monte en amphithéâtre, revient en mezzanine, traverse en passerelle la grande halle et redescend sur terre de l’autre côté après une salle de projection qui fait office de sas de décompression. Le volume extérieur de l’aile nord, avec son oblique et son porteà- faux, retranscrit sans faux-semblants cette odyssée en trois dimensions dans la mémoire de la cité. 



GARGOUILLE 

En coeur d’îlot, les deux ailes parviennent à importer du contexte, de la continuité là où il n’y avait que du vide. Elles modifient le rapport entre l’architecture de brique et de métal de l’ancienne station de pompage et celle de béton et d’ardoise des locaux de la banque nationale qui se déploient au-delà d’un plan d’eau. Ces deux bâtiments, qui s’épiaient depuis des années – comme le parapluie et la machine à coudre des Chants de Maldoror –, semblent maintenant avoir quelque chose à partager. Une gargouille monumentale, seul effet sculptural de l’opération, attend de reverser l’eau pluviale recueillie par la toiture dans le bassin central. Une image forte qui exprime à la perfection cette architecture du retrait, toujours prête à donner plus qu’elle ne reçoit… 



MAÎTRE D’OUVRAGE : VILLE DE MONS

MAÎTRES D’OEUVRE : ATELIER D’ARCHITECTURE PIERRE HEBBELINCK ET PIERRE DE WIT

BE STABILITÉ : GREISCH

BE TECHNIQUES SPÉCIALES : PIERRE BERGER

SCÉNOGRAPHE ET SIGNALÉTIQUE :WINSTON SPRIET ETMARTIAL PREVERT

Multimédia : CHRISTIAN BARANI

HISTORIEN : JOSÉ GOTOVITCH

SHON : 2800 M2 –
COÛT : 8, 3 MILLIONS D’EUROS – LIVRAISON : 2014 

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11 décembre 2015
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Les ruines du savoir - Extension du Mundaneum, Mons - Coton, Lelion & Nottebaert Architectes

Ces fiches, et les collections de photographies qui se sont constituées autour, ont d’abord été hébergées en 1920 dans le palais du Cinquantenaire à Bruxelles. Le Corbusier lui-même s’est fortement intéressé à cette aventure et a proposé pour l’accueillir une véritable ville des savoirs, à proximité de Genève. L’ensemble était dominé par une spirale carrée annonçant le musée à croissance illimitée. Mais ce projet qui ne possédait pas encore la technologie adéquate pour le porter à terme a vite été dépassé par la masse exponentielle des publications du siècle dernier. Abandonnées dès 1934, ses archives ont ensuite été dispersées au hasard dans plusieurs sites différents, certaines perdues à jamais. Reconnu comme le précurseur des moteurs de recherche, le Mundaneum a ressurgi à Mons en 1998. Les ruines de ses collections ont été restaurées et sont, depuis cette date, présentées par roulement dans un ancien immeuble commercial Art déco, constitué de trois galeries superposées entourant un vide central. La scénographie de cet espace a été confiée au dessinateur Schuiten qui a su s’approprier cet univers à sa mesure. Il a recouvert uniformément les murs latéraux avec les meubles à tiroirs en bois contenant les fameuses fiches et a placé un immense globe terrestre sous la verrière, occultée par une fresque. 

LES DEUX SOLS 

Afin de mieux stocker les réserves non accessibles au public, recevoir dignement les chercheurs et accueillir les enfants des écoles, il a rapidement été décidé d’étendre les locaux du musée en transformant la cour et l’annexe desservis par une rue arrière en contrebas. La démarche des trois architectes – Coton, Lelion & Nottebaert – peut prioritairement être considérée comme un travail d’articulation des deux niveaux de sol : le sol de la rue avant et celui de la rue arrière. Ainsi le premier sol correspondant au rez-de-chaussée de la salle d’exposition se poursuit par un plateau en brique qui descend à gauche par une rampe vers la voie de service. Tandis que le second part de la voie de service et passe sous la masse de brique de l’annexe réhabilitée dont la base a été élégamment remplacée par une structure en béton brut. Il vient se glisser sous le sol de la cour pour composer une nappe servante qui rejoint le sous-sol du musée afin d’entreposer les kilomètres d’archives non accessibles au public. Cet implacable dispositif est complété par trois éléments qui accentuent sa lisibilité. : une cour anglaise qui laisse apparaître les fondements de l’annexe, un peu comme ces fouilles placées devant les bâtiments anciens ; l’intervention artistique de Richard Venlet qui a creusé un puits vitré permettant de voir de la cour l’importance des archives enfouies ; enfin, articulant le plateau en brique au bâti- ment principal, un édifice qui frappe par son étrange classicisme. Il accueille les salles d’activité des scolaires et se termine par un étonnant belvédère. Ces trois niveaux portés par des poteaux aléatoirement alignés ou en quinconce donnent une très pertinente expression contemporaine de la superposition des ordres. Plus qu’une cour, cet espace qui communique par une infinité de portes avec le rez de- chaussée de la grande salle d’exposition se donne comme un salon à ciel ouvert pour les vernissages et les réceptions. Il sait prendre de faux airs de place italienne, rêvée et réinterprétée, avec son puits central et ses palais, gothique et renaissance, qui se font face.  



MAÎTRISE D’OUVRAGE : FÉDÉRATION WALLONIE-BRUXELLES

MAÎTRISE D’OEUVRE : AM COTON, LELION, NOTTEBAERT

COORDINATION SÉCURITÉ SANTÉ : SIXCO

STRUCTURE ET PEB : BUREAU GREISCH

TECHNIQUES SPÉCIALES : BUREAU D’ÉTUDES GREISCH

ENTREPRENEURS : S.A. LIXON
SIGNALÉTIQUE : SALUTPUBLIC

INTÉGRATION D’OEUVRE D’ART : RICHARD VENLET

COÛT : 3,5 MILLIONS D’EUROS

CALENDRIER : ATTRIBUTION DÉCEMBRE 2011 ; LIVRAISON : JUILLET 2015 

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11 décembre 2015
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Les Critiques

Réouvrir l’espace aux possibles - Le réaménagement de la place communale de Molenbeek

Les édiles ont demandé aux architectes de les aider à reconquérir un espace commun bloqué qu’une partie de la population s’était indûment approprié. Ensemble, ils ont cherché à définir un espace partagé dans lequel trafic automobile, flux de vélos et de piétons, jeux d’enfants, rassemblements de badauds, rencontres amoureuses et errance baudelairienne auraient enfin droit de cité et pourraient coexister sans heurt. En amont du projet, des infrastructures disponibles ont été systématiquement recensées afin de pouvoir concentrer dans des lieux appropriés ces parasites rendant l’espace public impropre à tout autre usage. Ainsi des places de stationnement ont-elles été libérées dans des constructions existantes ou créées de toutes pièces dans de nouvelles structures. De même le périmètre de l’intervention a été étendu à toute la rue ou plutôt à la succession de placettes et d’espaces atypiques qui, parallèlement au canal, vient relier les grands axes commerçants et les connecter au métro. 



FINES SCARIFICATIONS 

L’ancienne place était très fortement hiérarchisée en trois types d’espaces monofonctionnels. D’abord, la voie carrossable bitumée et tatouée de bande blanche, clairement dessinée par les caniveaux et des bordures de pierre. Ensuite, les étroits trottoirs réservés aux piétons et souvent hérissés de potelets métalliques. Enfin, le centre pavé de briques – planté çà et là de quelques arbres anémiques – indûment occupé par les véhicules. Le projet de l’agence A practice – fondée en 2011 par Cécile Chanvillard et Vincent Piroux – se propose au contraire comme un espace unitaire. Dénivelés, bornes, revêtements hétérogènes ont été congédiés au profit d’un espace lisse au vallonnement à peine perceptible. Ainsi les fontaines jaillissent au ras du sol et les caniveaux s’apparentent à de fines scarifications à peine perceptibles. Et l’intervention artistique de Joëlle Tuerlinckx, intitulée Moment – Point zéro, a consisté à enterrer, après un véritable rituel de fondation, un monolithe de pierre bleue du Hainaut, comme pour donner une consistance, une profondeur à cette pellicule de pavés. Ce cylindre de plus de 12 tonnes est enfoui en un point de la place baptisé « centre de gravité » et affleure à peine à la surface des pavés. Les seuls éléments émergents sont des blocs de pierre qui semblent léviter à quelques centimètres du sol en rappelant les formes organiques de Hans Arp. Ils font office de bancs et sont judicieusement placés de manière à définir des micro-espaces qui se voudraient des « salons urbains ». Ils parviennent aussi à orienter et à ralentir les flux automobiles qui traversent cette zone, qui a eu l’intelligence de ne pas être piétonne pour permettre, comme dans les villes africaines – comme Lomé et ses voies défoncées à l’avant-garde de notre contemporanéité –, un mélange maximal d’activités différenciées. L’intelligence de l’équipe de A practice aura été d’offrir à la population cosmopolite de la commune un espace à sa mesure, un outil capable à très long terme de lutter contre le communautarisme et le sectarisme qui gangrènent cette commune. Une opération en tout point exemplaire que le lecteur pourra s’amuser à comparer à celle de TVK place de la République à Paris. 



MAÎTRES D’OUVRAGE : BELIRIS, COMMUNE DE MOLENBEEK-SAINT-JEAN
MAÎTRES D’OEUVRE : A PRACTICE ; PIERRE VANDERSTRAETEN, CONSULTANT EN MATIÈRE D’ESPACE PUBLIC ; ATELIER RUIMTELIJK ADVIES, INGÉNIERIE DE L’ESPACE PUBLIC ET GESTION DES COÛTS

SHON : 6000 M2 –
COÛT : 1,5 MILLION D’EUROS HTVA

LIVRAISON : DÉCEMBRE 2015

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11 décembre 2015
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Les Critiques

Architecture aux Quatre-Vents - Baukunst

L’architecte bruxellois Adrien Verschuere, formé à l’Institut Saint-Luc Tournai puis à l’EPFL (où il fut notamment l’élève de Elia Zenghelis), passé par l’agence Herzog & de Meuron avant de fonder Baukunst en 2008, est chargé du projet en 2009, suite à un concours sur invitation. Accessible depuis la rue des Quatre-Vents, ce jardin de poche a un tracé résiduel, résultat de l’addition de deux bouts de parcelles mitoyennes en quinconce, l’une sur rue, l’autre à l’arrière d’un immeuble de logements sociaux. Ce terrain irrégulier, Baukunst choisit de l’occuper avec une forme simple, stable et régulière : une grande dalle à caissons en béton de 18,5 mètres de côté, portée non pas aux angles mais au milieu de ses côtés par quatre hautes piles, et couvrant, entre les deux mitoyens, la majeure partie du fond du jardin. Lorsqu’on l’observe de plus près, cet objet architectural à l’apparence intransigeante et à l’esthétique miesienne se fait plus ambigu, recelant finesse d’écriture, empathie aux usages et intelligence urbaine. L’objet joue d’oppositions : entre la massivité brute de la dalle de béton et la finesse des piliers qui semblent moins la porter que la retenir ; entre la stabilité immobile de son plan carré et le mystère vertigineux de ses porte-à-faux. Son ordre systématique, son homogénéité structurelle, sa froideur mathématique (deux séries de 14 poutres découpant 169 caissons identiques) sont également contredits par trois percements aléatoires (d’un ou plusieurs caissons) qui ouvrent ici une lumière, laissent là s’épanouir trois arbres existants et qui inscrivent finalement, dans la forme architecturale, une autre histoire : la vie de ce jardin, dont Bjorn Gielen, de l’agence Landinzicht, associée à Baukunst, a conservé certains éléments structurants, quelques grands arbres et la belle allée pavée qui s’y insinue comme kiev.natashaescort.com un méandre. 



BALDAQUIN 

Cet « objet » architectural, très prégnant mais qui se définit avant tout par l’espace qu’il couvre, se laisse difficilement dénommer : ni un préau (même si l’école élémentaire voisine l’utilise à certaines heures), ni un portique (malgré ses quatre piles colossales), ni un pavillon (on ne peut pas en faire le tour), ni une halle (une dénomination bien trop générique). À une autre échelle, on parlerait peut-être d’un baldaquin, tant cette architecture définit avant tout un « ciel ». Flottant avec autorité au-dessus du jardin, et lui conférant son caractère public, la structure rend possible de multiples usages (jouer, se réunir pour débattre ou écouter un concert, s’abriter en attendant la sortie de l’école, etc.) sans jamais les prédéterminer. Enfin, ce ciel de béton n’est que le rouage architectural, le plus visible sans doute, de la réflexion urbaine et programmatique plus ample de Baukunst, qui procède d’une remise en question du cahier des charges du concours, inscrit dans le contrat de quartier « Écluse/Saint-Lazare » (2008-2012)1. Plutôt que de construire le « pavillon passif » demandé, pour abriter « l’antenne de quartier », l’architecte propose en effet de trouver ces locaux dans le réagencement de l’aile mitoyenne de l’école dont il ouvre le mur aveugle sur le jardin. En échange, la nouvelle halle, ainsi vidée de son contenu, devient potentiellement disponible à d’autres usages, y compris scolaires (un simple portail existant la sépare de la cour de récréation). Le travail de Baukunst démontre ainsi brillamment que l’engagement de l’architecte sur le terrain de la spatial agency (programmation, négociation, stratégie urbaine, etc.) est tout à fait compatible avec une réflexion pointue et autonome sur la forme architecturale, dans ses dimensions à la fois conceptuelle et constructive, abstraite et matérielle.



1. Les « contrats de quartiers » sont des cofinancements fédéraux, régionaux et communaux pour des projets de rénovation urbaine conjuguant habitat, espace public, environnement et action socioéconomique. Quatre-vingt contrats ont été mis en oeuvre dans la métropole bruxelloise depuis 1994 (cf. www.wijken.irisnet.be/fr/ contrats-de-quartiers-durables). 



MAÎTRE D’OUVRAGE : COMMUNE DE MOLENBEEK-SAINT-JEAN (BELGIQUE)
MAÎTRES D’OEUVRE : BAUKUNST (ARCHITECTURE), LANDINZICHT-BJORN GIELEN (PAYSAGE), UTIL (STRUCTURE)

ENTREPRISE : OPENAIR
PROGRAMME : HALLE ET JARDIN – SURFACES : 340 M2 (HALLE), 1250 M2 (JARDIN)

COÛT : ENVIRON 480 000 EUROS HT

LIVRAISON : 2014

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Pierre CHABARD logo
11 décembre 2015
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Les Critiques

Totem - Immeuble passif de cinq logements à Shaerbeek, Bruxelles - MSA et V+

IMMEUBLE


Maître d’ouvrage : Commune de Schaerbeek

Maîtrise d’ouvrage déléguée : Renovas

Maître d’oeuvre : MSA, avec Benoit Moritz, Jean-Marc Simon, Alain Simon

Bureau associé : V+

Ingénieur stabilité : Ney

Ingénieurs techniques spéciales : JZH

Surface SHON : 1000 m2

Coût : 1,2 million d’euros

Livraison : 2011-2015


-


BANC


Commanditaires : Commune de Schaerbeek

Maîtrise d’ouvrage déléguée : Renovas

Maître d’oeuvre : MSA

Bureau associé : Ney (ingénieur stabilité)

Coût : 45 000 euros

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11 décembre 2015

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