Copyright : ©Marie-Françoise PLISSART

Les édiles ont demandé aux architectes de les aider à reconquérir un espace commun bloqué qu’une partie de la population s’était indûment approprié. Ensemble, ils ont cherché à définir un espace partagé dans lequel trafic automobile, flux de vélos et de piétons, jeux d’enfants, rassemblements de badauds, rencontres amoureuses et errance baudelairienne auraient enfin droit de cité et pourraient coexister sans heurt. En amont du projet, des infrastructures disponibles ont été systématiquement recensées afin de pouvoir concentrer dans des lieux appropriés ces parasites rendant l’espace public impropre à tout autre usage. Ainsi des places de stationnement ont-elles été libérées dans des constructions existantes ou créées de toutes pièces dans de nouvelles structures. De même le périmètre de l’intervention a été étendu à toute la rue ou plutôt à la succession de placettes et d’espaces atypiques qui, parallèlement au canal, vient relier les grands axes commerçants et les connecter au métro. 



FINES SCARIFICATIONS 

L’ancienne place était très fortement hiérarchisée en trois types d’espaces monofonctionnels. D’abord, la voie carrossable bitumée et tatouée de bande blanche, clairement dessinée par les caniveaux et des bordures de pierre. Ensuite, les étroits trottoirs réservés aux piétons et souvent hérissés de potelets métalliques. Enfin, le centre pavé de briques – planté çà et là de quelques arbres anémiques – indûment occupé par les véhicules. Le projet de l’agence A practice – fondée en 2011 par Cécile Chanvillard et Vincent Piroux – se propose au contraire comme un espace unitaire. Dénivelés, bornes, revêtements hétérogènes ont été congédiés au profit d’un espace lisse au vallonnement à peine perceptible. Ainsi les fontaines jaillissent au ras du sol et les caniveaux s’apparentent à de fines scarifications à peine perceptibles. Et l’intervention artistique de Joëlle Tuerlinckx, intitulée Moment – Point zéro, a consisté à enterrer, après un véritable rituel de fondation, un monolithe de pierre bleue du Hainaut, comme pour donner une consistance, une profondeur à cette pellicule de pavés. Ce cylindre de plus de 12 tonnes est enfoui en un point de la place baptisé « centre de gravité » et affleure à peine à la surface des pavés. Les seuls éléments émergents sont des blocs de pierre qui semblent léviter à quelques centimètres du sol en rappelant les formes organiques de Hans Arp. Ils font office de bancs et sont judicieusement placés de manière à définir des micro-espaces qui se voudraient des « salons urbains ». Ils parviennent aussi à orienter et à ralentir les flux automobiles qui traversent cette zone, qui a eu l’intelligence de ne pas être piétonne pour permettre, comme dans les villes africaines – comme Lomé et ses voies défoncées à l’avant-garde de notre contemporanéité –, un mélange maximal d’activités différenciées. L’intelligence de l’équipe de A practice aura été d’offrir à la population cosmopolite de la commune un espace à sa mesure, un outil capable à très long terme de lutter contre le communautarisme et le sectarisme qui gangrènent cette commune. Une opération en tout point exemplaire que le lecteur pourra s’amuser à comparer à celle de TVK place de la République à Paris. 



MAÎTRES D’OUVRAGE : BELIRIS, COMMUNE DE MOLENBEEK-SAINT-JEAN
MAÎTRES D’OEUVRE : A PRACTICE ; PIERRE VANDERSTRAETEN, CONSULTANT EN MATIÈRE D’ESPACE PUBLIC ; ATELIER RUIMTELIJK ADVIES, INGÉNIERIE DE L’ESPACE PUBLIC ET GESTION DES COÛTS

SHON : 6000 M2 –
COÛT : 1,5 MILLION D’EUROS HTVA

LIVRAISON : DÉCEMBRE 2015

La place communale de Molenbeek avait la réputation d’être colonisée par des voitures arrogantes qui l’avaient soumise. Devant la mairie de la commune s’étendait ainsi une mer de véhicules qui n’acceptaient de libérer l’espace de leur étreinte qu’une fois par semaine, les jours de marché. Les architectes de A practice ont trouvé une solution.

ImageImageImageImage