C’est
cette ambiguïté – un édifice à la fois contenant et contenu – que les deux
architectes de Liège ont su parfaitement exploiter en intégrant la
halle à leur parcours muséal. Leur intervention étreint et traverse la
construction existante de brique et de métal. Le public entre par la vaste
façade vitrée de 1871 donnant sur le boulevard et pénètre dans
l’ancien espace industriel désormais dominé par une banque d’accueil. Il
traversera ensuite les salles obscures aménagées dans le nouveau bâtiment pour
une plongée en apnée dans les deux derniers siècles d’histoire de la ville
et le traumatisme des deux guerres mondiales. Des témoignages, des
objets parfois insolites, des légendes – comme la très étonnante légende
des anges de Mons qui seraient apparus aux soldats britanniques au
début de la guerre de 14 – scandent ce parcours somnambulique à travers
l’histoire réelle et fantasmée de la ville. Un parcours qui s’étend
en rez-de-chaussée puis monte en amphithéâtre, revient en mezzanine, traverse
en passerelle la grande halle et redescend sur terre de l’autre côté après une
salle de projection qui fait office de sas de décompression. Le volume
extérieur de l’aile nord, avec son oblique et son porteà- faux,
retranscrit sans faux-semblants cette odyssée en trois dimensions dans la mémoire
de la cité.
GARGOUILLE
En
coeur d’îlot, les deux ailes parviennent à importer du contexte, de la
continuité là où il n’y avait que du vide. Elles modifient le rapport
entre l’architecture de brique et de métal de l’ancienne station de
pompage et celle de béton et d’ardoise des locaux de la banque nationale
qui se déploient au-delà d’un plan d’eau. Ces deux bâtiments, qui s’épiaient
depuis des années – comme le parapluie et la machine à coudre des Chants
de Maldoror –, semblent maintenant avoir quelque chose à partager. Une
gargouille monumentale, seul effet sculptural de l’opération, attend de
reverser l’eau pluviale recueillie par la toiture dans le bassin
central. Une image forte qui exprime à la perfection cette architecture du
retrait, toujours prête à donner plus qu’elle ne reçoit…
MAÎTRE D’OUVRAGE : VILLE DE MONS
MAÎTRES D’OEUVRE : ATELIER D’ARCHITECTURE PIERRE HEBBELINCK ET PIERRE DE WIT
BE STABILITÉ : GREISCH
BE TECHNIQUES SPÉCIALES : PIERRE BERGER
SCÉNOGRAPHE ET SIGNALÉTIQUE :WINSTON SPRIET ETMARTIAL PREVERT
Multimédia : CHRISTIAN BARANI
HISTORIEN : JOSÉ GOTOVITCH
SHON : 2800 M2 –
COÛT : 8, 3 MILLIONS D’EUROS – LIVRAISON : 2014
Le Mons Memorial Museum vient occuper la halle en brique de l’ancienne Machine à eau, la station de pompage qui alimentait la ville en eau potable jusqu’aux années 1960. Un bâtiment construit comme les autres grands équipements à la fin du XIXe siècle sur l’emplacement de l’ancienne enceinte hollandaise, qui procède ainsi lui-même de cette histoire mémorielle de Mons que le musée cherche à célébrer.













