Poète, écrivaine et traductrice, Ryoko Sekiguchi vit à Paris depuis 1997. Elle a étudié l’histoire de l’art à la Sorbonne et enseigne à l’Inalco.
Ce texte est extrait de 4 degrés Celsius entre toi en moi, Pour une littérature climatique, sous la direction de Jean-Max Colard, Sana Frini, Philippe Rahm et Dominic Thomas, Points, mai 2025.
Au début, on n’y prêtait pas particulièrement attention. On remarquait qu’on avait laissé échapper quelque chose, mais c’était seulement la notion de saisons que l’on croyait avoir perdue. D’ailleurs, on aimait toujours dire « il n’y a plus de saison » au moindre changement climatique, changement qui aurait plutôt dû être considéré comme de simples variations d’une année à l’autre, plutôt que comme des dérèglements irréversibles et inquiétants. Il y avait une époque où l’on employait cette expression à tout-va, alors qu’il aurait fallu faire attention au pouvoir des mots ; les gens ne savaient pas qu’à chaque fois qu’ils énonçaient cette phrase, on la perdait peu à peu, mais réellement, la saison. (…)
Autrefois, on mesurait les changements climatiques au prisme d’éléments concrets, en rapport avec le calendrier : les vendanges qu’on devait avancer, les tomates qui mûrissaient plus tôt, les variations dans la période des semis, l’ouverture de la pêche qu’il fallait décaler, les fleurs de cerisier écloses dès le début du mois de mars…
Peu à peu, on a observé non seulement un décalage à l’arrivée et au départ des vivants, mais aussi les métamorphoses mêmes de leurs corps qui annonçaient des altérations irrévocables (…) (...)