Directrice de recherche au CNRS, Marielle Macé enseigne la littérature à l’EHESS et a été pensionnaire à l’Académie de France à Rome (Villa Médicis, 2021-2022). Elle est membre du comité de rédaction de Critique. Parmi ses publications : Le Temps de l’essai (Belin, 2006), Styles. Critique de nos formes de vie (Gallimard, 2016), Sidérer, considérer (Verdier, 2017).
Ce texte est extrait de 4 degrés Celsius entre toi en moi, Pour une littérature climatique, sous la direction de Jean-Max Colard, Sana Frini, Philippe Rahm et Dominic Thomas, Points, mai 2025.
Il m’aura fallu lire, et traduire, une étonnante étude de La Divine Comédie (guidée par la langue anglaise, nourrie d’art contemporain, orientée vers les questions climatiques les plus actuelles) pour prendre conscience qu’au Paradis de Dante aussi régnait la canicule1.
On s’attendrait à ce que l’environnement paradisiaque (comme celui du jardin d’Éden, le paradis terrestre) soit tout en suavités, en douceurs thermiques, en verts tendres, boutons de fleurs, venticello, printemps éternel et délicatesses climatiques… Mais non ; ce n’est partout qu’ardeur, feux et combustions. Les bienheureux sont « infiammati » (Paradis III, 52), « ard(ono) » (XXXI, 100), la chaleur est extrême, la lumière absolue. Ce Paradis est un milieu quasi radioactif, tout en irradiations et en flambées d’intensité ; et « loin d’être simplement immergés dans la brûlure paradisiaque, les bienheureux en sont aussi la source » : les âmes au Paradis sont devenues de véritables incendies de lumière (« lucenti incendi », XIX, 100).
Cela fait du poème de Dante une sorte de récit d’anticipation. – L’anticipation de ce qui pour nous est pourtant déjà là, même sous nos climats dits tempérés et qui ne le sont plus.
Mais au Paradis dantesque, les bienheureux ne souffrent pas du tout des vagues de chaleur, aucun n’est accablé, perturbé, altéré par l’intensité des canicules. C’est que les âmes des bienheureux sont dépourvues de corps. Le poème souligne que « la lumière et la chaleur des cieux sont suffisamment intenses pour détruire n’importe quel corps vivant qui s’y trouverait exposé. Elles sont par exemple si violentes qu’elles doivent, si l’on peut dire, être « temporairement tempérées » afin que Dante puisse continuer sa traversée – lui qui voyage dans l’Au-delà avec son corps terrestre, et qui, sinon, serait brûlé vif2. »
Même la brillance extrême de la beauté de Béatrice (presque une irradiation elle aussi) doit être momentanément atténuée, afin que Dante (le personnage) puisse la supporter :
(…) « Si je riais »,
dit-elle, « tu deviendrais pareil
à Sémélé réduite en cendres : (...)