Gabriel Kogan, architecte et critique, est titulaire d’une maîtrise en gestion de l’eau de l’UNESCO-IHE (Pays-Bas, 2013) et d’un doctorat en architecture de la FAU-USP (Brésil, 2025). Professeur à l’Escola da Cidade (Brésil) et critique invité au Politecnico di Milano (Italie), il a également été professeur invité au Tokyo Institute of Technology (Japon, 2021) et chercheur à l’université de Kyoto (Japon, 2022). Il dirige actuellement un bureau d’architecture indépendant basé à São Paulo.
Ciel rouge
Le 18 septembre 2020, au plus fort de la pandémie de covid-19 au Brésil, São Paulo s’est réveillée avec un ciel rouge sinistre. Depuis les fenêtres de leurs appartements, des habitants socialement isolés regardent dehors, cherchant la source de l’épaisse fumée qui recouvre la ville. Contrairement aux incendies de forêt qui allaient embraser Los Angeles en 2025, le phénomène de São Paulo n’avait pas de source d’incendie visible, du moins pas dans un rayon de 700 kilomètres. Plus tard dans la journée, les météorologues en ont révélé la cause : le Pantanal, un biome célèbre pour sa biodiversité inégalée, était en train de brûler. Des vents violents avaient transporté la fumée jusqu’à la plus grande ville du Brésil, peignant le ciel de teintes apocalyptiques. Mais l’histoire qui se cache derrière ce ciel rouge est encore plus alarmante.
Quatre mois plus tôt, les Brésiliens avaient été stupéfaits par la fuite d’une vidéo d’une réunion ministérielle du gouvernement d’extrême droite dirigée par le président de l’époque, Jair Bolsonaro. Dans cet enregistrement, Ricardo Salles, le ministre de l’Environnement, suggère que l’attention portée par les médias à la pandémie constitue un moment opportun pour « tout faire passer » (en portugais, passar a boiada, littéralement « faire passer le bétail »). Sa proposition était claire : assouplir les réglementations environnementales pour permettre l’expansion de l’agro-industrie dans des zones protégées comme l’Amazonie et le Pantanal. Les incendies de forêt intentionnels sont une tactique courante pour étendre les frontières de l’agriculture, en défrichant la végétation indigène pour les cultures et le bétail.
Le ciel rouge, auquel ont assisté des millions d’habitants de São Paulo incrédules et confinés chez eux, est devenu le symbole brutal de deux réalités interconnectées : la nature mondialisée des crises environnementales, souvent soulignée par les activistes, et l’alliance troublante entre les politiciens alignés sur l’agro-industrie et la destruction de l’environnement. (...)