Les altanas de la tour Panache
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Édouard François, dont on connaît les audaces, a choisi de les regrouper et de les percher aux derniers étages de la tour livrée pour Altarea Cogedim dans la ZAC Cambridge. L’idée de les désolidariser de l’habitat n’est pas nouvelle : il l’avait proposé vingt ans auparavant à Montpellier avec « l’immeuble qui pousse », un habitat collectif ramifié d’excroissances en forme de cabanes. L’exploration prend cette fois-ci la forme d’un empilement d’altanas en couronnement de la tour, d’où l’on embrasse la vue sur la chaîne des Alpes et où l’on vient chercher l’ensoleillement ou le frais l’été.
Conçues en double hauteur (2,5 et 5 mètres), ces terrasses panoramiques sont équipées d’une kitchenette et de commodités sanitaires dans un local fermé mais non isolé. Ainsi mises à distance de l’appartement (mais équipées d’un interphone), elles invitent à autant d’usages que d’habitants. C’est la chambre de bonne de l’immeuble haussmannien ou le pavillon d’été d’une habitation bourgeoise, remis au goût du jour pour devenir la chambre de l’adolescent bougon ou de la belle-mère, donner des réceptions ou improviser un barbecue, et que l’on pourra toujours mettre en location sur Airbnb. La charge de la dalle peut même accepter le jacuzzi !
Bref, un territoire des possibles quand le logement en dessous s’organise de manière efficace et compacte. Dans ce green cloud, ainsi baptisé, l’architecte reprend à son compte l’Évangile de Saint-Matthieu pour poser une règle : « Le logement le plus bas aura sa terrasse la plus haute, le logement le plus haut aura sa terrasse la plus basse. » L’idée de ce croisement étant d’offrir une qualité d’habitat qui soit la même pour tous. Or dans une tour, c’est la hauteur qui est convoitée, celle que l’on paie cher, et qui organise la répartition des habitants selon leurs moyens. Dans ce principe d’équité, une exception quand même. Les T2 ont été exclus du dispositif pour contourner le classement IGH. Cependant, ils bénéficient comme tous les autres de baies coulissantes en angle, sans point d’appui, qui maximise l’ouverture de la pièce à vivre.
Bien que désolidarisées, ces terrasses ont été commercialisées avec les appartements, dont le prix de vente était plafonné à 3 600 euros le mètre carré. Avec celles-ci, il a grimpé à 4 000-4 100 euros, chiffre qui n’a pas dissuadé les potentiels acquéreurs. Six mois avant la livraison, tous les lots étaient partis. Un franc succès qui confirme pour la maîtrise d’ouvrage que la clientèle est là, après être passée par une période de doutes. Convaincu en effet par cette innovation typologique lors du concours, où il s’agit de se distinguer avec le projet le plus beau et le plus inventif, le directeur de la Cogedim Grenoble, Olivier Samuel, avoue avoir eu quelques hésitations à la suite. Cette typologie saurait-elle attirer une population plus habituellement séduite par des prolongements extérieurs dans la continuité du logement ? Le système des baies coulissantes en angle, mis au point dans les étages inférieurs pour compenser leur absence, a résolu la question.
Mais il constate aussi que c’est un produit clivant. Trois appartements ont été revendus quelques mois après avec, au passage, une belle plus-value. L’idée première d’Édouard François d’offrir la liberté à l’acquéreur de se séparer de sa terrasse en cas d’endettement trop lourd (ou d’erreur) n’est pas effective aujourd’hui, terrasses et appartements ayant été équipés d’un seul compteur pour adosser la vente de ces perchoirs de luxe à l’habitat.
Le promoteur souhaite reconduire l’expérience qui a mobilisé beaucoup d’énergie et obligé à monter en compétences au sein des équipes. Elle a aussi un prix : même si ces terrasses habitées n’ont pas compté dans la charge foncière, il évalue le surcoût de la construction entre 20 et 30 % par rapport à une opération classique.
Quant à l’architecte, il développe une nouvelle version de concept à Asnières avec BPD Marignan, dans une opération de 275 logements. Il va même plus loin, en proposant des travaux modificatifs acquéreurs pour ces futures terrasses afin de les rendre potentiellement constructibles et de les adapter aux souhaits des propriétaires. Édouard François revendique concevoir une architecture iconique dont les habitants sont fiers. Dans le green cloud, les terrasses façonnent l’identité de l’édifice et, ce faisant, une communauté. À Asnières, il propose de pousser le curseur plus loin pour que celles-ci deviennent l’expression des individualités, jusqu’au choix des garde-corps. Une souplesse avec laquelle le promoteur doit composer.
[ Maîtrise d’ouvrage : Altarea Cogedim
Maîtrise d’œuvre : Maison Édouard François, architecte de conception ; Aktis, architecte local d’opération ; Nicolas ingénieries, fluide et environnement ; CTG, structure ; Verdier, structure terrasses ; Editec, économie ; Socotec, bureau de contrôle, SPS ; Kaema, géotechnique ; Sintegra, VRD
Programme : 42 logements, 32 terrasses déportées, commerces en RDC
Surfaces : 4 731 m2 SHIN ; 2 730 m2 SHAB
Terrasses : 1 073 m2
Coût : 1 940 euros HT/m2 SHAB ]