Depuis des années,
l’anthropologue Éric Chauvier, professeur à l’École d’architecture de
Versailles, arpente avec empathie ce qu’il est désormais convenu de nommer «
les territoires du périurbain ». Il réunit et « met en scène », selon ses
propres termes, les notes qu’il prend, en bon anthropologue, sur le terrain.
Cela donne de savoureux petits volumes (rarement plus d’une centaine de pages
de petit format) animés d’une conscience politique toujours en éveil mais
dénués de militantisme simplificateur. Fait rare dans l’univers académique dont
ils se détachent, ces volumes n’hésitent pas à se faire objets littéraires,
pour s’adresser aux non-spécialistes, aux personnes dont la vie est observée,
et pas seulement à ses pairs universitaires ou aux lecteurs de Télérama. Dans La Petite Ville, seul volume paru aux éditions Amsterdam, il
effectue un retour dans la commune où il est né : Saint-Yrieix-la-Perche (6 500
âmes, arrondissement de Limoges), dans le département de la Haute-Vienne, aux
confins de la Corrèze et de la Dordogne. Au trou du cul du monde, en somme. Le
bourg ne fait que perdre des habitants depuis la fin des Trente Glorieuses, au
rythme de la fermeture des entreprises locales et des commerces de proximité.
La décrépitude du centre-ville et des lotissements fait écho à la vie ratée de
l’ancienne vedette du lycée, Nathalie, qui nourrit jadis les premiers fantasmes
amoureux du narrateur. Nostalgie et autodérision, tendresse envers ceux qui
sont restés dans « la petite ville », pour le meilleur et surtout pour le pire.
D’après son éditeur habituel Allia, Chauvier « résiste au classement sous
toutes ses formes et va jusqu’à tirer de cette ligne de conduite une certaine
satisfaction ». Ce faisant, il a aussi gagné la nôtre.
La Petite Ville, Éric Chauvier, Éditions Amsterdam, 11,5 x 17,5
cm, 108 p., 10 euros.