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  • Hôtel Métropole – Depuis 1818

    Enfin un livre qui se penche sur les hôtels parisiens, catalogue de la très réussie exposition du Pavillon de l’Arsenal, même si l’on regrette qu’elle n’ait pas été autorisée à se demander pourquoi les hôtels en France sont souvent parmi les plus médiocres architectures.

     

    Hôtel Métropole – Depuis 1818, Catherine Sabbah et Olivier Namias, Pavillon de l’Arsenal, 19 x 30 cm, 352 p., 39 euros.

  • Kitsune

    Si la fiction nous offre parfois des figures d’architectes, elles relèvent souvent d’un folklore déconnecté de la réalité. Kitsune ne prétend pas au réalisme, mais il nous plonge dans la figure d’un strachitecte qui, invité à présenter son projet pour un concours majeur au Japon, est plongé dans le doute et la culpabilité. Sujet non d’une remise en question de l’architecture elle-même, mais du rôle et de la responsabilité en tant qu’architecte. Le fringuant quinqua barbu, Frank (sic) Olmet, pète les plombs et refuse le scénario pipé d’un concours aux enjeux qui n’ont plus rien d’architecturaux. On est loin de Largo Winch et de ses clichés ; le dessin épuré de Thibault Chimier, dont c’est la première BD (il est auteur de dessins animés), par ses aplats de couleurs et son refus du trait, donne une importance égale aux personnages et à l’espace où ils se meuvent, le décor devient ainsi le paysage mental du héros et c’est peut-être davantage en cela que l’architecture est le sujet de l’ouvrage.

     

    Kitsune, Stéphane Presle et Thibault Chimier, Boîte à Bulles, 21 x 30 cm, 128 p., 22 euros.

  • La caméra thermique selon ses propres termes

    L’appareil mesure, parmi mille utilisations, les performances énergétiques des bâtiments. Il se branche désormais aux smartphones. Il produit l’une des images iconiques du réchauffement climatique. Mais d’où vient-il ? Comment fonctionne-t-il ? Présentation d’un outil d’époque.
  • La comédie des Halles – Intrigue et mise en scène

    Nulle autre que Françoise Fromonot n’a le talent ou l’inconscience de s’acharner à publier, à plus de dix ans d’intervalle, un brûlot aussi impitoyable sur une même opération architecturale et urbaine ; pas n’importe laquelle, il est vrai. La transformation du site des Halles en plein cœur de Paris est depuis maintenant cinquante ans le projet le plus polémique de la ville. Ce livre fait en effet suite à La campagne de Halles (2005) qui dénonçait selon l’auteure la manière délétère dont avait été organisée la compétition pour la rénovation du forum, de la gare et des jardins. Le réquisitoire est toujours d’autant plus cruel qu’il est d’une clarté méthodique, s’appuyant sur un fastidieux travail d’enquête. Sous la rhétorique implacable de Françoise Fromonot, la mairie de Paris, les architectes, les associations, Unibail, tous les protagonistes de l’opération n’échappent pas au ridicule. La limite de l’exercice, qui lui donne aussi sa puissance narrative, est qu’il ne laisse place ni à la nuance, ni à la défense. Mais ce livre, qui se lit d’une traite, ne serait qu’un pamphlet s’il ne dénonçait pas, au-delà de l’affaire de la Canopée, un système qui, tout en livrant des espaces publics majeurs au secteur privé, transforme le centre de Paris en un « Golden Mile » : Samaritaine (LVMH), Bourse de Commerce (Pinault), Louvre des Antiquaires (Cartier), en attendant qu’Unibail transforme l’île de la Citée en grand mall commercial. On espère maintenant que l’auteur s’attaque à l’opération de la transformation de la gare du Nord, mais sans attendre dix ans !

     

    La comédie des Halles – Intrigue et mise en scène, Françoise Fromonot, Éditions La Fabrique, 13 x 20 cm, 250 p., 18 euros.

  • La Petite Ville

    Depuis des années, l’anthropologue Éric Chauvier, professeur à l’École d’architecture de Versailles, arpente avec empathie ce qu’il est désormais convenu de nommer « les territoires du périurbain ». Il réunit et « met en scène », selon ses propres termes, les notes qu’il prend, en bon anthropologue, sur le terrain. Cela donne de savoureux petits volumes (rarement plus d’une centaine de pages de petit format) animés d’une conscience politique toujours en éveil mais dénués de militantisme simplificateur. Fait rare dans l’univers académique dont ils se détachent, ces volumes n’hésitent pas à se faire objets littéraires, pour s’adresser aux non-spécialistes, aux personnes dont la vie est observée, et pas seulement à ses pairs universitaires ou aux lecteurs de Télérama. Dans La Petite Ville, seul volume paru aux éditions Amsterdam, il effectue un retour dans la commune où il est né : Saint-Yrieix-la-Perche (6 500 âmes, arrondissement de Limoges), dans le département de la Haute-Vienne, aux confins de la Corrèze et de la Dordogne. Au trou du cul du monde, en somme. Le bourg ne fait que perdre des habitants depuis la fin des Trente Glorieuses, au rythme de la fermeture des entreprises locales et des commerces de proximité. La décrépitude du centre-ville et des lotissements fait écho à la vie ratée de l’ancienne vedette du lycée, Nathalie, qui nourrit jadis les premiers fantasmes amoureux du narrateur. Nostalgie et autodérision, tendresse envers ceux qui sont restés dans « la petite ville », pour le meilleur et surtout pour le pire. D’après son éditeur habituel Allia, Chauvier « résiste au classement sous toutes ses formes et va jusqu’à tirer de cette ligne de conduite une certaine satisfaction ». Ce faisant, il a aussi gagné la nôtre.


    La Petite Ville, Éric Chauvier, Éditions Amsterdam, 11,5 x 17,5 cm, 108 p., 10 euros.

  • La Recherche architecturale. Repères, outils, analyses

    Architecte praticien, docteur en architecture, enseignant à l’École d’architecture de Nancy, le jeune auteur a déjà publié ou co-dirigé une dizaine d’ouvrages ! Ce volume de vulgarisation intelligente à l’usage des étudiants paraît dans la maison d’édition attachée à l’École d’architecture de Montpellier, ce qui explique un prix de vente très accessible. Il y avait déjà donné, en 2017, une sorte de manuel pour le projet (rien que ça) : La conception architecturale. Méthode, réflexions, techniques.

    La Recherche architecturale. Repères, outils, analyses, Mathias Rollot, Éditions de l’Espérou, 12 x 19 cm, 328 p., 10 euros.

  • Le ballet du Bauhaus

    Quelle bonne idée d’avoir imaginé transcrire en livre pop-up le ballet triadique d’Oskar Schlemmer. Une belle manière d’initier les enfants au Bauhaus.


    Le ballet du Bauhaus, Lesley Barnes, Éditions Quatre Fleuves, 24 x 28 cm, 14 p., 21,90 euros.

  • Le Charpentier et l’Architecte

    S’il fallait choisir un livre pour mieux comprendre l’architecture japonaise, Le Charpentier et l’Architecte est le guide idéal. De l’architecture en bois traditionnelle, avec ses systèmes d’assemblage et de structure, à sa confrontation avec tous les modernismes apparus depuis l’ère du Meiji, les auteurs parviennent à convaincre de la pertinence contemporaine de ces principes structuraux et spatiaux.

     

    Le Charpentier et l’Architecte, Benoît Jacquet, Teruaki Matsuzaki et Manuel Tardits, Presses Polytechniques Romandes – PPUR, 24 x 17 cm, 331 p., 42 euros.

  • Le Corbusier penseur du musée

    Comment montrer au public des œuvres, de quelque nature qu’elles soient ? Toute sa vie, Le Corbusier s’est posé cette question, et y a apporté des réponses diverses dans plusieurs expositions ou projets muséographiques. Voulant dépasser l’opposition entre pédagogie et contemplation esthétique qui est au cœur de ce programme, il a cherché à réunir, dès les années 1930, dans un principe de non-monument « à croissance illimitée », musée de la connaissance et musée d’arts visuels. Une précieuse anthologie de textes de l’architecte témoigne de la permanence de cette quête.

     

    Le Corbusier penseur du musée, Catherine de Smet, Flammarion, 17 x 23 cm, 232 p., 29,90 euros.

  • Le mobilier d’architectes 1960-2020

    Présentée à la Cité de l’architecture et du patrimoine du 29 mai au 30 septembre 2019, l’exposition Le mobilier d’architectes 1960-2020 était accompagnée d’un catalogue coédité par d’a. C’est le premier ouvrage consacré exclusivement aux objets de design dessinés par des architectes. Il dresse l’inventaire des raisons qui poussent l’architecte à endosser la casquette de designer, soutenant l’idée que le mobilier n’est autre qu’une échelle supplémentaire de la conception architecturale. Richement illustré de pièces très connues ou que l’on découvre avec surprise, l’ouvrage permet d’appréhender la pensée des architectes sous un nouvel angle.

     

    Le mobilier d’architectes 1960-2020, Lionel Blaisse et Claire Fayolle, coédition Cité de l’architecture & du patrimoine / d’a, 17 x 24 cm, 216 p., 29 euros.

  • Lo–TEK. Design by Radical Indigenism

    Un magnifique tour du monde des techniques de constructions indigènes traditionnelles, dont l’art millénaire pourrait bien nous donner des idées pour repenser nos techniques constructives selon des valeurs environnementales plus soutenables.

     

    Lo–TEK. Design by Radical Indigenism, Julia Watson, Taschen, 17 x 24 cm, 420 p., 40 euros.

  • L’architecture comme métabolisme de la planète

    Dans son livre paru en 2016 La Vie des plantes, le philosophe italien Emanuele Coccia développe une métaphysique du mélange que l’on pourrait résumer en disant que finalement rien dans notre monde n’est autonome, que nous ne sommes plus en face des choses et des objets, hors d’eux, séparés les uns des autres, mais que nous échangeons constamment notre matière avec eux, dans un mélange continuel de nos corporalités, comme s’il n’existait en réalité aucune frontière entre nous et ce qui nous entoure. Car c’est ce que l’on constate au microscope : une porosité continuelle entre les molécules de notre corps, celles de l’air et celles des choses.
  • L’art de bâtir en terre crue : traditions, modernité et avenir

    Habiter la terre. L’art de bâtir en terre crue : traditions, modernité et avenir, Jean Dethier, Éditions Flammarion, novembre 2019, 512 pages et 800 illustrations, 95 euros. Ouvrage édité aussi en anglais, américain, allemand et espagnol.


    Entretien avec Jean Dethier, auteur de Habiter la terre.

  • L’art du chantier – Construire et démolir du XVIe au XXIe siècle

    C’est « par le processus du chantier [que] chaque édifice cesse d’être un objet et revient une œuvre ». C’est ainsi que Marie-Christine Labourdette, présidente de la Cité de l’architecture et du patrimoine, témoigne de l’importance de l’acte d’édifier dans la préface de l’épais catalogue L’art du chantier – Construire et démolir du XVIe au XXIe siècle. Un ouvrage où textes, documents et œuvres visuelles, qui avaient été présentés lors de l’exposition qui eut lieu du 9 novembre 2018 au 11 mars 2019 à la Cité, viennent redonner ses lettres de noblesse à l’art d’édifier. Un voyage dans l’histoire de la construction pour en saisir toute l’importance dans l’acte architectural.

     

    L’art du chantier – Construire et démolir du XVIe au XXIe siècle, Valérie Nègre, Coédition Snoeck/Cité de l’architecture & du patrimoine, 22 x 28 cm, 285 p., 42 euros.

  • L’origine gazeuse de l’architecture

    Comme les physiciens hésitent entre le modèle corpusculaire et le modèle ondulatoire pour décrire certains phénomènes (la lumière, l’émissivité des corps noirs), les architectes situent leur objet dans un entre-deux de plus en plus ambigu : structure, forme solide d’un côté, espace, lumière, ambiance de l’autre. Dans un va-et-vient incessant entre le formel et l’informel, l’enveloppe et le confort, le construit et l’habité, l’objet architecture semble ballotté dans cette double nature, constitutive, essentielle. Nommons ce rapport pour simplifier : tectonique versus thermodynamique.
  • Marc Held – Skopelos

    Voilà, un livre aussi inattendu que réjouissant pour ceux qui pensent qu’il peut encore y avoir des œuvres qui s’accomplissent sereinement en dehors du brouhaha de la scène architecturale internationale. Marc Held a pourtant appartenu jusqu’aux années 1980 aux quelques designers adoubés par les médias. Auteur du célèbre fauteuil Culbutos en 1967, en 1983 il réaménage les salons de l’Élysée et construit pour IBM à Montpellier. À 57 ans en 1989, il quitte Paris pour s’installer sur une petite île montagneuse de la mer Égée, Skopelos, où il commence une autre carrière. Il y construit, d’abord pour lui-même, puis pour d’autres, huit maisons. Rompant avec le modernisme débridé dont témoigne sa villa en acier Corten de Gif-sur-Yvette, il conçoit ses maisons avec les artisans locaux sans chercher autre chose que la justesse des implantations, la mise en œuvre rigoureuse des techniques et des matériaux de l’île mais dans un néovernaculaire dénué de nostalgie. Michèle Champenois, accompagnée de la photographe Deidi von Schaewen, s’est laissée envoûter par la beauté de ces architectures et parvient à nous entraîner dans ce voyage égéen. Marc Held a ensuite pris la plume pour raconter très simplement comment chacune de ces maisons est née du sol, de l’horizon, des vents, du soleil et du désir d’habiter une architecture qui en magnifie l’harmonie.

     

    Marc Held – Skopelos, Michèle Champenois, photographies de Deidi von Schaewen, Éditions Norma, 32 x 24 cm, 352 p., 45 euros.

  • Marie-Luce Nadal, graines d’atmosphères

    Cette artiste travaille sur une ligne de crête entre deux versants, l’un scientifique, l’autre poétique. Qu’elle provoque la pluie ou qu’elle fabrique des nuages, elle approche le vaporeux, le flux, le dynamique. Toutes réalités pourtant bien présentes, et peut-être plus importantes que les choses matérielles sur lesquelles nous nous fixons et nous arrêtons : nous vivons dans de telles humeurs impalpables qui nous imprègnent, nous impriment tant nous en dépendons.
  • Morandi à Gênes Autopsie d’un pont

    Historien, spécialiste entre autres du béton, Cyrille Simonnet livre un récit passionnant sur la construction de ce pont, qui s’est tragiquement effondré l’année dernière. La force du livre est de soumettre les indispensables explications techniques à la dimension humaine de l’aventure politique et territoriale, dont ce pont fut l’une des plus belles réussites.

     

    Morandi à Gênes Autopsie d’un pont, Cyrille Simonnet, Éditions Parenthèses, 17 x 24 cm, 128 p., 19 euros

  • Muralnomad. Le Paradoxe de l’image murale en Europe (1927-1957)

    Cette somme de l’historienne de l’art américaine retrace trente années de relations d’amour/rejet entre le mur et la peinture, entre les architectes, les artistes visuels et les décorateurs. Centrée sur les scènes française et italienne, elle fait la part belle aux multiples réflexions et œuvres collaboratives qui ont vu le jour lors de l’Exposition universelle de Paris 1937 et offre un regard érudit sur une question qui n’aura cessé d’intéresser architectes et plasticiens : la synthèse des arts.  

     

    Muralnomad. Le Paradoxe de l’image murale en Europe (1927-1957), Romy Golan, Macula, 2018, 28 x 19 cm, 396 p., 44 euros.