L’utopie urbaine, trace matérielle ou mirage de lanterne magique ? Réponse avec Jean-Paul Jungmann et Francis Ford Coppola, édificateurs de cités fantasmées, à travers deux véhicules de la contestation des années 1970 : la bande dessinée et le Nouvel Hollywood.

« L’histoire d’un architecte qui tente de créer une utopie à New York. » Tel est le synopsis de Megalopolis, film-monde que Francis Ford Coppola prépare depuis quarante ans et dont il a publié la toute première image début février sur son compte Instagram. Sous une lumière crépusculaire, une statue en bronze d’inspiration antique s’appuie, comme ivre, sur la façade néoclassique d’un immeuble en ruine.

 

Nouvel Hollywood

La bande dessinée underground de la fin des années 1960, comme les Freak Brothers de Gilbert Shelton, Pravda la Survireuse de Guy Peellaert ou les pages de Gébé dans Hara-Kiri, a été profondément influencée par le travail de l’Alsacien Jean-Paul Jungmann, architecte-dessinateur virtuose, théoricien de l’image et de l’ombre. La guerre du Vietnam, matrice de la contre-culture américaine, apparaît dans son travail en 1975 sous la forme d’un projet de poster, « L’Art tue », caricature grinçante qui évoque les dessins antimilitaristes d’un autre Strasbourgeois, Tomi Ungerer. Des dards menaçants pointent vers le ciel, côtoyant le coq de Brancusi. Surgi du premier plan, un soldat américain drapé de munitions semble sorti d’Apocalypse Now, chef-d’œuvre à venir de Francis Ford Coppola, son cadet de quatre ans. L’image de  (...)

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