Copyright : ©Tom Hegen

La péninsule d’Almeria, située au sud de l’Andalousie, est recouverte sur plus de 360 km2 d’une « mer de plastique » constituée de serres agricoles. Ce paysage spectaculaire représente la plus grande surface de culture sous bâches du monde et seule la photographie aérienne est à même d’en saisir l’ampleur. C’est de ce point de vue que le photographe Tom Hegen opère, en survolant la planète pour donner à voir les paysages transformés sinon épuisés par l’action de l’homme : une pratique de la photographie géographique, qui dénonce autant qu’elle sublime.

 

L’ingénieur agronome Bernard Roux1 raconte très précisément l’histoire assez fascinante de la « mer de plastique » d’Almeria : elle commence dans les années 1950 lorsque le régime de Franco décide de mettre en valeur ce territoire aride et inculte mais riche en nappes phréatiques. Environ 1 500 hectares sont alors irrigués et confiés à des paysans sans terre. Dans les années 1960, pour atténuer la salinité des nappes, les paysans se tournent vers des savoir-faire déjà éprouvés dans la région. Ils appliquent la technique de l’enarenado – du mot arena, le sable – qui consiste à intercaler une couche de fumier entre un sol pauvre et du sable rapporté. Ils améliorent encore le système à partir d’une autre technique locale ancestrale : la culture de la vigne en voûte. La vigne sert alors de châssis sur lesquels ils viennent placer des voiles de plastique, créant ainsi les premières serres de la région. Pendant une quinzaine d’années, la production reste locale. Aujourd’hui, la région d’Almeria est le plus gros centre européen de production intensive de légumes. Elle est pourtant très différente du schéma agraire européen. Bernard Roux la définit comme un paysage agraire de type « agro-ville », produit d’une séparation radicale entre les lieux d’habitation et les exploitations agricoles. Les agriculteurs sont des citadins. Mais la main-d’œuvre est composée d’immigrés qui vivent dans des conditions très difficiles à l’intérieur du périmètre des serres.

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La densité et la contiguïté des serres confèrent au paysage vu d’en haut cet aspect uniforme et monumental. Alors que les parcelles sont petites et ne couvrent que 2 à 5 hectares, elles se répandent sur tout le paysage en s’adaptant au relief, envahissant les plaines comme les flancs des montagnes. (...)

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