L’exposition « Laboratoires/Observatoires » du Centre Pompidou réunit dans un même espace les œuvres choisies des photographes Lynne Cohen (1944-2014) et Marina Gadonneix, née en 1977. Conçue par Florian Ebner et Matthias Pfaller, cette double exposition instaure un dialogue fertile entre deux œuvres et deux générations de photographes qui ont en commun la représentation exclusive d’espaces intérieurs inhabités, vus sous un angle documentaire troublant, qu’il s’agisse d’environnements domestiques, pédagogiques ou scientifiques. Lynne Cohen est une photographe canadienne, disparue en 2014, à l’âge de 70 ans (lire le n° 274 de d’a, septembre 2019). Elle se consacre d’abord à la sculpture et à la gravure, puis s’intéresse aux environnements et aux dispositifs domestiques, cherchant dans un premier temps à les « relocaliser », c’est-à-dire à les reproduire pour les exposer. Avec le photographe Walker Evans, elle découvre, en 1971, la chambre photographique grand format et son pouvoir de résoudre et de transcender par l’image les concepts de ready-made et d’installation. Elle commence alors à photographier des espaces domestiques ou commerciaux, qu’elle perçoit comme des sortes d’« installations trouvées » ; des lieux communs et ordinaires, d’une élégance un peu naïve, aussi drôles que sinistres : salons privés, halls d’hôtels, salles d’attente, clubs, bureaux, salles de banquet, showrooms, salles de classe, etc. Ces mises en scène anonymes, vides de présence humaine, contiennent des éléments de civilisation (objets, mobiliers, mannequins, décorations), dont l’artificialité est révélée et sublimée par la photographie. Le regard de Lynne Cohen est souvent ironique, mais jamais méprisant – elle semble plutôt intriguée et amusée par ces exercices de style souvent dérisoires, qui (...)$##$ rivalisent de vérité avec les installations artistiques. Dans les années 1980, son trava (...)
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