Copyright : ©Marie SOMMER

Marie Sommer s’attache à des lieux chargés de mémoire. Hier, Teufelsberg, cette colline artificielle de Berlin édifiée après guerre avec les ruines de la ville détruite pour ensevelir un bâtiment indestructible d’Albert Speer, et coiffée par une station d’écoute américaine abandonnée. Ou Stases, vidéo parcourant les locaux et les archives désertés mais préservés de la Stasi à Berlin-Est. Ici, une île, symbole de la nature romantique, jadis forgé par la peinture, toujours haut lieu de villégiature balnéaire, mais rongée par ses vestiges comme par l’érosion.

L’île de Rügen, dans la mer Baltique, se situe au large de l’actuel Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale, face à la Suède, entre Pologne et Danemark. Le peintre Caspar David Friedrich y séjourna à plusieurs reprises et y peignit quelques-unes de ses toiles les plus notables. L’une d’elles s’intitule Falaises de craie à Rügen. Elle date de 1818 et représente le peintre, son épouse et un de ses frères, tous de dos, tournés vers la mer qui remplit l’horizon encadré par les arbres du premier plan et la découpe des falaises immaculées qu’ils regardent, et nous avec eux. « Cet homme a découvert la tragédie du paysage », écrivit David d’Angers, le sculpteur, après lui avoir rendu visite à Dresde en 1834. Tragédie, parce que la nature, sublime, se passe de l’homme. Et que celui-ci, quand il la contemple, est confronté à l’angoisse et à la mort. (...)

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