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Amélie Fontaine vit et travaille dans sa terre natale, l’Avesnois, qui est devenu en 1992 l’un des 56 parcs naturels régionaux que compte actuellement l’Hexagone. Elle est donc une architecte résolument ancrée dans une région, les Hauts-de-France, et dans un département, le Nord. Mais cette inscription locale, cet enracinement dans le paysage de l’intimité fut l’objet d’un retour délibéré bien que choisi sur « un coup de tête. Car s’installer ici n’était pas du tout une évidence », confie-t-elle. C’est plutôt le résultat d’un itinéraire professionnel mouvementé bien qu’auréolé de succès. L’engagement total d’une militante opiniâtre pour réenchanter sa ruralité bien-aimée.

 

Amélie Fontaine naît donc dans le village de Maroilles, de parents médecins. Son grand-père était instituteur suivant la méthode Freinet. La mémoire de ce progressisme qui marqua des générations l’inscrit dans une filiation dont le nom, ici, est reconnu et bien accueilli. Fidèle à cette ascendance qui défendait santé et pédagogie, elle a réussi à faire siennes ces deux vertus pour définir aujourd’hui son credo d’architecte : construire des espaces sains avec ceux qui les habiteront. Des facilités en mathématiques l’auraient pourtant naturellement orientée vers la médecine via les écoles préparatoires, mais son amour du dessin lui fera choisir la voie du milieu.

En apnée

En 2002, à 17 ans, elle file à Lille apprendre l’architecture et découvrir la grande ville. Un peu déstabilisée, sentant même parfois un décalage culturel, elle s’accroche. Travailleuse acharnée, plutôt douée, elle sortira comme une fleur major de sa promotion. Elle suit alors l’enseignement d’Éric Babin puis, l’année suivante, de Jean-François Renaud. Adoubée par les deux associés, elle rejoint leur agence parisienne (Babin-Renaud) pour faire des concours, non sans appréhension pour la condition citadine : « Je me mettais en apnée quand on me disait : À Paris. »

Pour effectuer son année d’Erasmus, elle prend la direction des Pays-Bas, sur les traces d’un de ses aïeuls qui y avait cultivé des oignons. Arrivée dans la prestigieuse école TU à Delft, souffrant pour se faire comprendre en anglais, elle fit du dessin son langage et se forma au logement avec cette culture du projet pétri de concepts et nourri à la mousse bleue. De cet apprentissage à rude école, exigeant mais bienveillant, elle reviendra plus sûre d’elle, moins docile, libérée de son image de bonne élève, avec un compagnon indien qu’elle marie à la mairie de Maroilles. Elle bataille face aux complexités administratives pour lui obtenir ses papiers autant que pour imposer en vain son sujet de PFE, nouvelle mouture remplaçant l’ancien DPLG, dont elle essuiera les plâtres. Bien loin de son envie d’un projet de renouvellement urbain à Roubaix, elle conçoit un projet de 300 logements qu’elle tartinera sans conviction dans une ZAC parisienne – ce qui la dégoûtera de l’architecture.

Amélie Fontaine se tourne alors vers l’urbanisme et entame un DSA à Belleville sur les métropoles d’Asie-Pacifique. Ce grand écart l’emmènera à Shanghai, puis à Bombay où elle déconcertera sa belle-famille : « Ce qui me passionnait, c’était le sujet de la densification urbaine par l’intermédiaire des bidonvilles. Mes beaux-parents indiens m’ont regardée en disant que j’étais folle. » Victime d’un étrange virus qui lui perce le tympan, elle se fait rapatrier, comme si son exigence et sa soif d’expérience et d’apprentissage tous azimuts se heurtaient à ses propres limites et à sa capacité d’endurance. En parallèle, elle continue en reine des concours chez Babin-Renaud, poursuivant sa formation à leurs côtés en puisant dans leur science du projet pour en gagner un sur deux, jusqu’à la charrette de trop où elle se cassera la clavicule. La goutte d’eau qui la convaincra en 2011 de quitter Paris pour suivre son équilibre plutôt que ce rythme victorieux mais risqué : « En fait, j’avais un problème respiratoire, lié à mon hyper sensibilité à la qualité de l’air. J’étais malade tous les mois, à tel point que les médecins m’ont conseillé de déménager pour m’éviter de gros soucis de santé. »

FONTAINE Amélie Pépinière pédagogique alternative 2 Copie

Réenracinement

Commence alors un processus de réenracinement. Elle retape d’abord elle-même la maison de ses grands-parents pour y habiter et installer son agence. Elle vit de peu avec son maigre salaire de vacataire à l’École d’architecture de Lille mais cultive son potager et, en apprentie artisane, expérimente la vannerie et la poterie. Deux voyages initiatiques, en Finlande et au Vorarlberg, la conforteront dans son choix d’œuvrer pour son territoire. Avec gourmandise, elle absorbera toutes les formations écologiques possibles, du bois au passif, de la qualité de l’air au bioclimatisme, de la paille au chanvre en passant par la terre crue et coulée. Pour la conception paysagère des projets, elle associera même sa maman, médecin devenue jardinière. Heureusement, une pluie de distinctions vint bientôt récompenser cette persévérance : triple lauréate d’Europan, Album des jeunes architectes, prix régional et national de la Construction bois… Autant de lauriers qui reconnaissent l’intransigeance de ses réalisations et attisent son désir de toujours faire mieux et d’accroître cette fonction régénératrice qu’elle cherche à incarner comme architecte en milieu rural.

Au-delà de la réussite de ses constructions passives, elle s’interroge : dans le mouvement de la Frugalité heureuse et créative dans laquelle elle est engagée, la partie créative reste justement à inventer. Quelles formes cette nouvelle manière d’envisager l’architecture est-elle susceptible de produire ? Mais d’ici là, les prochains combats de cette infatigable sont déjà en train de germer : sauver une briqueterie locale et développer sa pépinière alternative.

PROJETS

Ferme caprine pédagogique, Rieulay (19), 2015

En 2011, à seulement 25 ans, Amélie Fontaine reçoit sa première commande d’un ingénieur environnemental en reconversion qui souhaitait bâtir une ferme pédagogique. Il avait troqué les traditionnelles vaches de la région pour un élevage de chèvres en agriculture biologique afin de démarrer une production de fromages. Autre bizarrerie, l’aspect lunaire du lieu d’implantation, au pied d’un terril, devenu un site d’exploitation du schiste pour les aménagements routiers. Accompagnant les convictions écologiques du maître d’ouvrage, Amélie Fontaine met en pratique ses connaissances de la construction bois, un peu sans filet, car elle avait fait l’économie d’un BET structure. Heureusement, une très bonne entreprise facilita sa première réalisation, qui sera finalement, à sa grande surprise, couronnée du prix national de la Construction bois. La forme est simple avec un bâtiment compact coiffé d’un double shed profitant des apports solaires au sud. La halle d’élevage est ventilée naturellement par un fin réglage de l’espacement des lames du bardage. De nombreux allers-retours avec la Chambre d’agriculture pour obtenir l’agrément d’exploitation permettent ensuite d’optimiser le programme et de trouver le juste agencement des fonctions agricoles (aire paillée de l’étable, quai de traite, aire de déroulage pour le foin) et pédagogiques. Une salle polyvalente complète l’ensemble avec une cuisine, qui pourrait ainsi devenir un logement. La mixité des usages, qui est une évidence dans les opérations d’aménagement urbain, trouve ici en milieu rural une résonance tout aussi indispensable pour accompagner la transition du monde agricole.

©Pauline Vachon

[ Maître d’ouvrage : Les chevrettes de terril – Maîtres d’œuvre : Atelier Amélie Fontaine, Géonomia (thermique environnement), Ghesquière Dierickx (économie), Atelier Reeb (gestion des eaux) – Surface : 800 m2 – Coût : 465 000 euros HT – Calendrier : 2013-2015 – Certifications : CERQUAL, HQE, option Très Haute Performance Énergétique ]

Crèche de territoire, Villereau-Herbignies (59), 2019

Coïncidence ou signe d’un territoire qui se réinvente, ce projet de crèche nouvelle génération naît aussi d’un projet de reconversion professionnelle. Répondant aux besoins élargis de garde d’enfants pour des parents qui embauchent tôt parce qu’ils travaillent dur ou loin, cet établissement de 24 places venait combler un manque. « Au départ, il n’y avait ni terrain ni programme », confie Amélie, qui fut associée en amont à la maîtrise d’ouvrage pour défendre et convaincre des mairies d’accueillir cette idée et ce nouveau modèle. Une fois le terrain trouvé dans la commune de Villereau-Herbignies, pourra s’y développer leur ambition d’une très faible consommation énergétique (20 kW/m2/an), d’une très bonne qualité de l’air (matériaux sains) et d’une grande flexibilité spatiale (structure adaptable). Dessinant le projet idéal poussant tous les curseurs de qualité environnementale, c’est en allant elle-même à la pêche aux subventions auprès de la région qu’elle le rendit possible. (...)

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