Copyright : ©Anne Morgenstern

Cette jeune agence installée en Suisse a présenté ses travaux à la Galerie d’Architecture à Paris en début d’année. L’espace était scandé par d’imposantes maquettes blanches et abstraites, mettant en évidence les choix structurels de leurs projets, accompagnés par quelques images grand format, des photos ou des simulations hyperréalistes montrant ces squelettes recouverts par leurs enveloppes.
Après une excursion en Suisse romande pour visiter leurs bâtiments réalisés à proximité de Lausanne et de Fribourg, je retrouve Cristina Gonzalo Nogués, la porte-parole de l’équipe, dans les locaux de leur agence à Zurich. Il s’agit d’un vaste plateau dont on remarque surtout le sol en résine polie, sur lequel sont posés de nombreux pots de plantes tropicales. Nous nous installons dans une salle vide dont les fenêtres s’ouvrent sur un quartier industriel en mutation. Enserré par les voies ferrées et le fleuve, un paysage d’infrastructures s’étire entre la masse monumentale d’une laiterie des années 1930 – réhabilitée en école d’art par EM2N – et la verticale élancée d’un silo à grain de 118 mètres de haut, véritable gratte-ciel céréalier.

 

D’a : Vous venez tous les trois de pays européens différents – l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne –, pourtant votre architecture paraît très suisse. Pourriez-vous revenir sur la genèse de votre agence ?
Nous sommes trois associés, tous d’origines différentes. Je viens de Barcelone où j’ai fait mes études d’architecture à l’ETSAB. Marco Neri est né au Portugal et a émigré à Fribourg, en Suisse, avec sa famille à l’âge de 8 ans. Il est diplômé de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et c’est le plus suisse d’entre nous. Quant à Markus Weck, il est originaire de Leipzig dans l’ex-RDA et ses parents se sont installés à Hambourg peu après sa naissance.
En 2007, je suis venue à l’EPFL dans le cadre d’un échange Erasmus et j’ai rencontré Marco. Nous étions dans le même atelier, nous avons rapidement sympathisé et nous nous sommes mis en binôme pour faire nos projets. Nous avons ainsi travaillé toute l’année ensemble, ce qui m’a permis aussi d’apprendre le français.
J’ai quitté ensuite Lausanne pour Zurich afin d’effectuer un stage dans l’agence de Piet et Wim Eckert (E2A), où Marco m’avait précédé en 2006. J’y suis restée de 2010 à 2012, d’abord comme stagiaire puis, après mon diplôme, comme architecte. C’est là que j’ai connu Markus, qui venait de terminer ses études à la HCU de Hambourg. Après notre départ de l’agence en 2013, nous avons commencé à tous les deux faire des concours ouverts pour notre propre compte. Marco, qui collaborait avec group8 à Genève, s’est peu à peu joint à nous. Et quand nous avons remporté le centre culturel et sportif de Romont en 2015, nous avons décidé de fonder notre propre bureau.

D’a : Pourquoi cet attrait pour la structure ?
Étudiante à Barcelone, j’ai toujours été fascinée par les architectes de São Paulo comme Lina Bo Bardi, Jõao Vilanova Artigas ou Paulo Mendes da Rocha, et mais aussi par Miguel Fisac et Alejandro de la Sota, dont le gymnase de l’école de Maravillas à Madrid (1962) est un véritable chef-d’œuvre structurel… Mais comme mes deux associés, c’est surtout en collaborant avec Piet et Wim Eckert que j’ai compris qu’il fallait faire des choix structurels au début des projets et que tout devait en découler. Ils nous ont transmis leur méthodologie et leur vision de l’architecture. Si bien que, après cette expérience initiatique, il nous était impossible de nous intégrer dans les autres agences, qui presque toutes accordaient une grande importance aux façades et ne se penchaient sur les principes statiques qu’une fois leurs projets complètement dessinés. Une formation qui nous a pratiquement obligés à travailler à notre propre compte.

ROMONT 10 inteCentre culturel et sportif de Romont ©Rasmus Norlander

D’a : La taille du centre culturel et sportif de Romont reste quand même assez inhabituelle pour une première œuvre…
Nous avions à peine 30 ans et devant l’ampleur du projet nous étions effectivement assez intimidés. Nous avions participé au même moment à une autre compétition ouverte, cette fois pour une école communale isolée dans la campagne, à proximité de Fribourg. Sans doute aurions-nous été plus rassurés de commencer par ce petit équipement, dont l’échelle était plus compatible avec notre évident manque d’expérience. Mais les choses ne se sont pas déroulées ainsi : nous avons perdu l’école et gagné le complexe sportif et culturel. (...)

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