Ancré dans les monts du Lyonnais, l’Atelier de Montrottier cultive une pratique de l’architecture plurielle et généraliste, « à guichet ouvert ». Dans les territoires délaissés qu’ils ont choisi d’investir, ils tentent de diffuser une autre culture du projet et de la construction : frugale, collaborative et expérimentale.
À Montrottier, 1 400 habitants, les commerces se comptent sur les doigts d’une main. Dans ce territoire rural des monts du Lyonnais, les actifs sont majoritairement artisans, agriculteurs ou pendulaires, prêts à faire chaque jour deux heures de voiture pour aller travailler dans les métropoles lyonnaise ou stéphanoise. On y trouve aussi, plus étonnant, une agence d’architecture, l’Atelier de Montrottier – deux associés et neuf salariés –, installée depuis 2015.
Loïc Parmentier, son fondateur, a passé une partie de son enfance et de son adolescence à Montrottier où il a développé, à l’occasion de plusieurs chantiers familiaux, une « culture des travaux, de l’artisanat et du faire » qui le conduira sur les bancs de l’ENSA de Clermont-Ferrand. Entre 2005 et 2010, il y suit notamment les enseignements de Frédéric Bonnet et de Simon Teyssou, au moment où s’invente dans cette école une autre culture de l’architecture, attentive à la grande échelle, au transcalaire, aux espaces ruraux. Il y rencontre aussi Frédéric Babe, originaire de Roanne, qui deviendra son associé en 2020.
Après quelques années passées chez Obras, Loïc Parmentier, qui manque de modèles d’agences engagées en milieu rural, hésite à s’installer à Montrottier. Il fait finalement le pari de la campagne, sans garantie de commandes mais avec un réseau familier de connaissances et d’artisans. Ses premiers projets sont locaux et privés – des transformations de maisons –, mais très vite s’affirme l’envie d’élargir le champ de la pratique en travaillant avec les acteurs locaux – habitants, porteurs de projets, élus – dans un écosystème territorial. Ce goût du projet partenarial le conduit en 2015 à cofonder le collectif Virage avec Simon Teyssou : celui-ci a rassemblé jusqu’en 2021 quatre agences1 qui partagent des valeurs, des pratiques et certains projets, et mettent en commun des moyens via une SCM. Elles entendent porter une autre voix dans un milieu de l’architecture aimanté par les questions métropolitaines, en s’engageant dans des territoires délaissés. L’école élémentaire d’Azé en Saône-et-Loire (réalisation publiée dans le n° 304 de d’a, janvier-février 2023) est l’un des projets remarqués qui concrétisera cette approche collaborative. Si l’expérience a pris fin en 2021, elle a permis de conforter l’Atelier de Montrottier dans la voie qu’il avait choisie.
Vue du village de Montrottier (69) avec le Mont Blanc en arrière-plan © Atelier de Montrottier
Stratégies d’infiltration
Aujourd’hui, Loïc Parmentier et Frédéric Babe revendiquent une pratique plurielle et généraliste de l’architecture, « à guichet ouvert ». Dans des territoires en manque d’ingénierie, de moyens et d’investisseurs mais qu’ils estiment porteurs d’avenir, ils se positionnent comme des interlocuteurs possibles sur tous les sujets, y compris les plus modestes et banals. Pour réactiver des lieux en latence, ils croient en la diffusion lente d’une culture de l’urbanisme et de l’aménagement qui ne soit pas seulement réglementaire – comme c’est souvent le cas en milieu rural – mais de projet, partenariale, à toutes les échelles et sur le temps long. Ils déploient pour y parvenir des stratégies d’infiltration. Entrer par la porte du conseil ou des études pour pousser jusqu’à la maîtrise d’œuvre, ou l’inverse : appelés pour un projet de construction de logements, ils élargissent la focale pour finalement proposer un plan-guide. Cet accompagnement au long cours des acteurs locaux s’accommode mal d’une posture de prestataire, à laquelle ils préfèrent celle de partenaire. (...)