La puissance rhétorique de Le Corbusier a relégué les paroles de ses plus brillants collègues contemporains aux oubliettes, au point que l'on se demande parfois s'il leur arrivait de s'exprimer. C'est ainsi que viennent seulement d'être traduits en français les écrits d'Alvar Aalto (publiés pour la première fois en finnois en 1997). Il s'agit souvent de conférences ou de transcriptions écrites des paroles de l'architecte, qui laissait d'ailleurs parfois à d'autres le soin de ce travail. La cohérence de la pensée d'Aalto n'est donc pas à trouver dans la construction éditoriale de ce recueil, mais au fil d'une parole d'autant plus agréable à lire qu'on a l'impression d'une discussion en cours, comme s'il venait de s'adresser (comme il le faisait d'ailleurs !) à Frank Lloyd Wright, Walter Gropius ou ses élèves. Une anecdote résume bien ce qui le distinguait de son ami Le Corbusier. Alors qu'un étudiant lui demandait comment faire pour produire de véritables œuvres d'art et qu'il lui avait répondu « Je ne sait pas », les parents américains de l'étudiant étaient venus se plaindre : « Nous payons 700 dollars par trimestre pour les études de notre fils, qui est un sujet brillant, et son professeur dit "Je ne sais pas" ! » « Cela a certainement mis fin à ma brève carrière d'enseignant. »
Alvar Aalto : La table blanche et autres textes, Textes rassemblés par Göran Schildt et traduit du finnois par Anne Colin du Terrail. Parenthèses, 16,50 x 24,50 cm, 228 p., 24 €.