À l'heure où chez nombre d'architectes l'inculture tient lieu de marque de liberté, de vivacité, pour ne pas dire de fraîcheur, ce quatrième livre de Henri Gaudin pourrait paraître extravagant. Celui-ci est le plus personnel, voire intime même, pour cet architecte qui, à presque quatre-vingts ans, s'apprête à livrer son ultime bâtiment (un conservatoire à Soisson). Chaque chapitre est une réflexion sur l'espace qui se construit à partir de souvenirs qui remontent jusqu'à l'enfance et sont prétexte à célébrer avec ardeur, si ce n'est véhémence, l'hospitalité des choses entre elles. Des poètes, philosophes, scientifiques ou artistes qu'il a fréquentés par amitié ou en admirateur attentif, il rassemble les mots et les images en une constellation qui vient irriguer et clarifier sa propre pensée. La langue est magnifique, on la sent âprement travaillée mais non sans plaisir. Les phrases sonnent comme des professions de foi, des apophtegmes qui, à chaque ligne, semblent vouloir fonder l'architecture. Si l'emphase emporte beaucoup de pages, ce n'est que pour mieux faire partager l'infinie volupté qu'il éprouve à ressentir et traquer les ruses de l'espace. Heureusement, l'humour et l'autodénigrement donnent un ton joyeux à ce livre toujours aussi intelligemment illustré. Pour en avoir un savoureux avant-goût, on peut aller admirer ses autoportraits sur www.henrigaudin.com
Hors les murs, Henri Gaudin. Éditions Nicolas Chaudin, 17 x 24 cm, 288 p., 29,50 €.