À en croire la progression du volume de la collecte, l’initiative a su convaincre : de 460 tonnes de lampes collectées en 2007, Récylum est passé à 4764 tonnes en 2016. À l’heure actuelle, 67 % des Français déclarent recycler leurs lampes.
L’action de Récylum ne se limite pas aux particuliers ; l’organisme s’est rapidement positionné auprès des professionnels. À l’issue de premiers tests effectués sur des chantiers privés en 2009, ses partenariats avec les entreprises de démolition/réhabilitation se multiplient. En 2012, il reçoit un agrément pour les équipements électriques et électroniques professionnels (DEEE Pro) du bâtiment, de l’industrie et du médical.
Démoclès : les acteurs s’unissent pour faire grimper les taux
Les objectifs définis par la Commission européenne à l’horizon 2020 sont ambitieux : le taux de collecte des lampes est fixé à 65 %, celui des DEEE Pro entre 25 et 40 %. Pour Vanessa Montagne, directrice partenariats et développement de Récylum, atteindre ces taux implique de faire œuvre collective en étendant le champ d’action au-delà des industries de l’éclairage. C’est là une des raisons d’être du projet Démoclès, lancé en novembre 2014, et dont la coordination est assurée par Récylum. Financé à 50 % par l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), ce projet est une démarche collaborative réunissant huit organismes1 pour faire progresser le recyclage des éléments de second œuvre lors des chantiers de démolition/réhabilitation, de la maîtrise d’ouvrage aux filières de valorisation.
En guise d’introduction, 19 chantiers furent mis à l’étude en Île-de-France et en région Rhône-Alpes, dont six ont fait l’objet de mesures. La quantité et la qualité des déchets du second œuvre ont ainsi pu être évaluées in situ.
Vers une organisation écoresponsable des chantiers ?
Le projet Démoclès a permis d’identifier plusieurs freins au développement de la filière, en amont comme en aval ; quatre groupes de travail ont élaboré des recommandations concrètes et opérationnelles. Laurent Château, référent national déchets BTP, nous en a livré quelques-unes.
D’une manière générale, la maîtrise d’ouvrage s’implique peu dans la question du traitement des déchets, dont elle reporte la responsabilité sur l’entreprise. Pendant les études préalables, un diagnostic déchets spécifique à chaque lot pourrait être mené par la maîtrise d’ouvrage, consigné dans le schéma d’organisation et de l’élimination des déchets de chantier (SOGED) et transmis au maître d’œuvre qui assurerait un suivi tout au long du chantier.
Aujourd’hui, la gestion des déchets est considérée comme une charge commune du chantier, au même titre que le gardiennage, et ne fait pas l’objet d’un chiffrage spécifique. Il est nécessaire de faire exister ce coût. Il pourrait ainsi sortir du compte prorata (qui concerne les dépenses communes du chantier) pour intégrer la DPGF (décomposition du prix global et forfaitaire). Ainsi, un compte interentreprise spécifique serait mis en place, autorisant une répartition financière équitable selon la production de chaque lot.
Plusieurs professionnels se sont déjà mobilisés pour mettre en place une dépose sélective, dissociant les flux sans que cela n’implique de surcoût. En effet, mélangés dans la même benne, les déchets se contaminent mutuellement, nuisant à la qualité de la matière à recycler. En aval, les gestionnaires de l’enlèvement des déchets et de leur acheminement vers les centres de tri doivent encore s’organiser.
Enfin, si la loi sur la transition énergétique de 2015 condamne les pratiques discriminatoires à l’encontre des matériaux de récupération, d’autres freins réglementaires devront être combattus pour développer leur réemploi dans les constructions neuves. Un défi dont on souhaite qu’il rassemble un nombre croissant de concepteurs.