La réglementation thermique sur l’existant prévoit une résistance thermique des murs de 2,3 m2K/W minimum, c’est-à-dire deux à trois fois celle d’un mur traditionnel en pierre, brique ou pan de bois, malgré les éventuels dispositifs de réduction de la paroi froide courants dès les années 1930 : doublages en briques creuses, lames d’air, bétons allégés, etc. Dans la plupart des cas, une résistance thermique complémentaire est à apporter par 5 à 10 cm d’isolant, avec des risques de pathologies si les transferts de vapeur d’eau et les ponts thermiques sont mal traités. Les matériaux isolants étant généralement fragiles, un parement les protège, de type plaque de plâtre côté intérieur, ou de type enduit ou bardage côté extérieur, altérant l’aspect architectural et justifiant la recherche de produits plus respectueux de la matérialité.
Des études récentes, notamment l’OPAH 2D2E à Paris (www.paris2d2e.fr), ont permis de démontrer la possibilité de diviser par deux les consommations énergétiques des bâtiments anciens tout en respectant leurs caractéristiques patrimoniales et techniques. Étudiée paroi par paroi, la préconisation était une isolation thermique par l’extérieur, un enduit isolant, voire une absence d’isolation. Ces études montrent également que des stratégies de performance énergétique sont possibles tout en restant en deçà des niveaux d’isolation thermique requis par la réglementation, les crédits d’impôts et autres aides incitatives.
ADAPTER, RESTITUER, CORRIGER
Les enduits isolants apparaissent comme une solution adaptée d’amélioration thermique des façades patrimoniales enduites, par exemple en Île-de-France, pour la quasi-totalité du bâti courant jusqu’aux années 1850, ou des réalisations de l’architecture moderne, notamment à l’occasion des cycles de renouvellement par piochage complet réalisés en moyenne tous les cinquante ans. À cette occasion, les enduits isolants peuvent être utilisés de manière alternative à des enduits traditionnels avec la possibilité de restituer à l’identique des modénatures, textures et teintes, et de corriger des défauts de planéité.
L’utilisation en façade plutôt qu’en intérieur est à privilégier pour éviter les ponts thermiques. Les enduits isolants – à ne pas confondre avec les enduits sur isolant, où un enduit mince recouvre un matériau isolant – sont des enduits légers intégrant dans des proportions précises des matériaux isolants – chènevotte, liège, argile, perlite, aérogel, polystyrène, etc.) à un liant chaux ou ciment-chaux, additionné si besoin d’adjuvants et de fibres. Le corps d’enduit assure l’isolation thermique et doit être revêtu d’un badigeon ou d’un enduit semi-épais. L’enduit, moins dense et plus léger qu’un enduit traditionnel, est moins résistant mécaniquement et donc à utiliser dans des zones peu exposées (étages, rez-de-chaussée peu accessibles, etc.). Les épaisseurs possibles peuvent atteindre une dizaine de centimètres. Proches des enduits traditionnels, avec une application relevant du DTU 26.1, mais avec une performance thermique se rapprochant des enduits sur isolant, les enduits isolants sont plus coûteux (de l’ordre de 200 euros HT/m2) et nécessitent une formation des applicateurs.
UN MARCHÉ EN EXPANSION
En France, le marché de l’isolation thermique par l’extérieur était en 2015 d’environ 20 millions de mètres carrés. Après s’être concentrée sur les types constructifs favorables – la production en béton des années 1960 à 1980, très énergivore et sans difficultés techniques d’isolation –, l’amélioration thermique vise désormais les constructions plus anciennes. Rappelons que 46 % des logements collectifs datent d’avant 1967, 30 % ayant été construits entre 1915 et 1967, avec des enjeux techniques et patrimoniaux plus importants. En fonction des choix des prescripteurs (architectes, ingénierie, instructeurs des services d’urbanisme, Bâtiments de France, etc.), une part importante des futurs ravalements thermiques pourrait être réalisée en enduits isolants, l’émergence de ce nouveau marché incitant les industriels à proposer rapidement des produits plus performants et moins coûteux.
PERFORMANCES
Le tableau ci-dessous indique la résistance thermique pour 5 cm d’épaisseur, ce qui correspond en moyenne à l’épaisseur d’un enduit existant pioché lors d’un ravalement.
Enduit traditionnel
Enduit chaux-plâtre 0.14 /
Enduit isolant
Enduit argile ou perlite 0.2 à 0.8 /
fabricants Argilus, Fixit, Fassa Bortolo
Enduit chaux-chanvre 0.55 / fabricant Vicat
Enduit micro-billes de verre 0.58 /
Enduit billes polystyrène 0.86 /
fabricants Isolteco, Weber
Diathonite Evolution 1.11 / fabricant Diasen
Enduit aérogel 1.78 / fabricants Fixit, Haga
ITE
Enduit polystyrène ou laine minérale 1.4 /
fabricants Sto, Weber, Baumit, etc.
La perméabilité à la vapeur d’eau est à vérifier en fonction du support.
TYPES
Les
enduits chaux-chanvre, adaptés au bâti ancien et au profil
environnemental intéressant, nécessitent une main-d’œuvre
qualifiée et des temps de séchage importants (plusieurs mois). Ils
présentent une résistance thermique modeste, environ trois fois
inférieure à des produits industriels, permettant de réduire les
effets de paroi froide. Sur des maçonneries anciennes épaisses, ils
peuvent suffire à respecter la réglementation thermique. Dans la
même famille de produits se trouvent les bétons de chanvre,
permettant de réaliser des chapes isolantes ou des remplissages de
pans de bois.
Les enduits intégrant des billes d’argile ou de perlite expansée présentent des performances très variables selon les fabricants. Ils sèchent plus rapidement que ceux à base de chènevotte.
Les enduits intégrant des billes de polystyrène sont légèrement plus performants, avec une application à la machine à projeter et des délais de séchages courts (une dizaine de jours).
Le système d’enduit léger Diathonite Evolution, de l’industriel italien Diasen, intègre des morceaux de liège. Sous avis technique depuis 2012, il est bien adapté aux supports maçonnés et peut être mis en œuvre jusqu’à une épaisseur de 9 cm (voire 14 cm sous certaines conditions d’armatures), en application manuelle ou à la machine à projeter. Des temps de séchages de une à deux semaines sont à respecter pour chacune des couches du système.
Plus sophistiqué, l’enduit thermo-isolant 222 Aerogel du fabricant suisse Fixit intègre des granulés de nanogel de silice, avec une performance remarquable, supérieure à celle des solutions de type enduit mince sur isolant. Les temps de séchage sont d’environ trois semaines. Un avis technique est attendu pour début 2017. D’autres fabricants diffusent ou préparent des produits similaires : Haga, Parex Group, etc.