Non, l’Arabie saoudite n’est pas qu’une monarchie pétrolière… Un recoin du tapis de prière qui recouvre tout le pays semble aujourd’hui timidement se soulever pour mettre à jour les traces des autres civilisations qui ont précédé l’hégire, notamment celle des Nabatéens dont le royaume s’étendait du nord au sud entre Damas et Gaza et jusqu’à la biblique Dedân, l’actuelle Al-’Ula. C’est là que la Commission royale pour AlUla et l’Agence française pour le développement d’AlUla ont organisé un concours pour un nouveau lieu de résidence d’artistes à la française. Sous l’impulsion de son prince hériter Mohammed Ben Salman, l’Arabie saoudite a décidé de diversifier son tourisme dominé par les pèlerinages religieux à La Mecque, en lançant les bases d’un tourisme laïque et culturel tourné vers les sites archéologiques du nord-est du pays. Une région qui recèle des paysages à couper le souffle : des plateaux désertiques et sablonneux scandés de blocs de grès, érodés par les vents. Avec, dans certains de ces rochers, des tombes creusées par les Nabatéens, qui témoignent de l’architecture troglodyte très savante que ce peuple antique a su porter à son paroxysme en excavant notamment les gorges abruptes de Pétra, sa capitale.Un accord signé en 2018 entre la France et l’Arabie saoudite prévoit la création d’un grand parc naturel et la réalisation d’infrastructures culturelles pour développer ce nouveau type de tourisme. Parmi les nombreux équipements sont notamment prévus : dans la réserve de Sharaan, un hôtel conçu par Jean Nouvel et creusé à même la roche et, à Al-’Ula – l’oasis qui servira de base arrière aux excursions –, une institution culturelle de référence : la villa Hégra (du nom du site fameux situé à proximité). Cette dernière s’inscrira dans le catalogue des résidences prestigieuses : la villa Médicis à Rome, la Casa de Velásquez à Madrid ou la villa Kujoyama à Kyoto… À l’instar de ses prestigieuses grandes sœurs, elle se définira comme un lieu d’échange et de métissage entre les deux cultures mais sera sensiblement orientée vers l’art culinaire et la gastronomie. Le nouvel âge du kitchAl-’Ula s’étend entre les massifs montagneux du Hedjaz, le long de l’ancienne route caravanière des épices et de l’encens qui reliait les ports méditerranéens au sud du Yémen. Elle est constituée par la juxtaposition de plusieurs bandes parallèles : les zones urbanisées ancienne (au nord) et nouvelle (au sud), l’ancien axe caravanier, l’oued et l’oasis recouverte de sa palmeraie. Il était expressément demandé aux équipes en lice pour ce concours de proposer une liaison entre ces strates.
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