Copyright :  © Séverin Malaud

Dans une attitude à l’égard du patrimoine aussi exigeante que décomplexée, les architectes de NAS ont transformé un ensemble bâti à l’histoire tumultueuse en groupe scolaire. D’abord en détournant la commande initiale, puis en évaluant chaque intervention au prisme de l’usage, oscillant entre respect de l’histoire et radicalité lorsqu’elle est jugée nécessaire. Ce projet vient de recevoir le Prix d’architectures 10+1 2025.

 

Maître d’ouvrage : Ville de Montpellier

Maîtres d’œuvre : NAS architecture (architecte mandataire), GTA (architecte associé), Eupalinos (architecte associé patrimoine), Arteba (OPC), Eskis Paysage (paysagiste), P3G Ingénierie (TCE), Gapira (CSSI), Sigma (acoustique), BPTEC (économiste)

Entreprises : Souchon Constructions (démolitions structurelles, gros œuvre, travaux sur pierres, façades), Structures Bois Couvertures (planchers et charpente bois, couvertures tuiles, zinguerie), Alvarez Frères (menuiseries extérieures bois), Labastere 34 (menuiseries extérieures aluminium, occultations extérieures), En verre contre tout – Atelier Bulard (vitraux), Technicfer (métallerie-serrurerie), FPI (cloisons, doublages, plâtrerie, faux plafonds), Atelier Ducrot (menuiseries intérieures, mobilier, signalétique), Atelier Paillard-Boyer (restauration des décors muraux intérieurs)

Surface : 2 350 m2 (intérieur) + 1 150 m2 (extérieur)

Coût : 7,6 millions d’euros HT

Calendrier : appel d’offres, 2019 ; livraison, 2025

 

En 2017, l’agence NAS a réhabilité le groupe scolaire Louis-Figuier–Victor-Hugo, le plus ancien établissement de Montpellier. De cette commande initialement limitée à une mise aux normes, Hadrien Balalud de Saint Jean, Guillaume Giraud et Johan Laure avaient su faire un projet d’architecture. Récompensée par plusieurs prix, cette opération – complexe et réalisée en site occupé – leur a permis de gagner la confiance de la maîtrise d’ouvrage et d’être retenus sur un projet similaire mais autrement plus ambitieux. Au cœur de l’Écusson, le centre historique de la ville, et au flanc de la cathédrale Saint-Pierre, les trois architectes se sont attelés à la transformation de l’ancienne annexe du Conservatoire à rayonnement régional (CRR) de Montpellier Méditerranée Métropole. Cette dernière a rétrocédé l’ensemble bâti à la municipalité pour en faire une école et répondre à la forte demande liée à la croissance démographique de la ville (plus de 4 000 habitants par an). Mais aussi pour faire revivre ce quartier historique : « Nous souhaitons que l’Écusson de Montpellier ne soit pas qu’un lieu Airbnb, mais un lieu de vie avec des écoles et des crèches », affirmait Michaël Delafosse, maire de Montpellier, lors de l’inauguration en septembre 2024. Avec son plan École 2030, cet ancien enseignant a fait de l’éducation sa priorité.

Depuis son acquisition en 1679 par les Ursulines, cet ensemble patrimonial a été fortement densifié, notamment au cours du XXe siècle, subissant de nombreuses altérations. La commande d’origine portait sur la transformation d’une partie du bâtiment pour y loger sept classes. Jugeant ce programme incompatible avec les qualités spatiales nécessaires, les architectes proposent un autre scénario : neuf classes (quatre maternelles et cinq élémentaires) mais en investissant la totalité du lieu.

 

 © Séverin Malaud

 

Entre patrimoine et usage

Le projet a démarré, en site occupé, par une phase précise de diagnostic archéologique et d’identification des éléments remarquables. « Qu’est-ce qui fait patrimoine ? » s’interrogent les architectes. Selon eux, la réponse réside avant tout dans les qualités spatiales. Ils choisissent donc d’agir par soustraction pour renouer avec un état initial qui reste difficile à déterminer : huit datations différentes et autant d’états ont été identifiés entre le début du XVIIIe siècle et 2010. Car si l’ensemble est situé en secteur ABF, il n’est pas protégé en tant que tel.

La conception de l’école Pierre-et-Colette-Soulages est née d’allers et retours entre les différents enjeux, guidée par un objectif : le patrimoine ne doit pas l’emporter sur l’usage. Ancré dans l’analyse historique du bâti, le projet s’attache à rétablir les porosités initiales, à faire entrer la lumière au cœur de l’îlot et à créer les conditions d’une nouvelle programmation, tout en conservant, modifiant ou valorisant de nombreux éléments patrimoniaux. Pour redonner une lisibilité à l’ensemble, ils n’ont pas hésité à démolir une succession de couches agrégées au fil du temps : « Notre projet raconte un bâtiment palimpseste plutôt qu’un bâtiment figé dans le respect du patrimoine, mais toujours dans un objectif d’usage, expliquent-ils. Le bien-être des enfants fut la priorité. » La création du patio, reprenant la cour de l’Hôtel de Brissac, fut la décision la plus déterminante pour la réussite du projet. Les constructions édifiées à la fin du XXe siècle, au gré des besoins, sans considération pour la logique du lieu, avaient obstrué cet espace central. Par une reprise en sous-œuvre monumentale, ce patio est devenu le cœur du projet, directement accessible depuis l’entrée. « Il faut savoir radicaliser les prises de décision pour clarifier les espaces et les orientations prises par le projet », soulignent les architectes. Le geste renoue avec un état préexistant où la cour devenue patio était directement liée aux jardins transformés en cours de récréation. Dans cette région soumise à de fortes chaleurs, le patio joue également un rôle dans la régulation thermique, offrant un espace extérieur protégé. Le jour de notre visite, sous un soleil de plomb, l’effet de fraîcheur est tangible. Les enfants s’y réfugient naturellement, vaquant à leurs occupations dans une forme de liberté et d’appropriation qui traverse toute l’école.  (...)

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