Maîtres d'ouvrages : Zonnige Kempen
Maîtres d'oeuvres : Rotor,
Anne-Lise Bouillon, Lionel Devlieger, Pauline
Gonieau, Hanne Platteeuw
Surface SHON : 610 m2
Date de livraison : 2019
Pour ce réaménagement d’espaces de travail et collectif, les architectes usent d’une stratégie de réemploi comme un nouveau projet, mêlant des histoires matérielles et mobilières existantes à des interventions nouvelles.
Situés au centre de Westerlo, les bureaux de Zonnige Kempen occupent une parcelle s’étirant de la grand-place à la Gansenstraat. Ils sont initialement concentrés dans un bâtiment élevé sur trois niveaux, lequel a profité d’une extension en 2014 réalisée par les architectes de W2, selon les principes de la construction circulaire. L’entreprise spécialisée en logement social ambitionne alors de lancer un projet d’aménagement intérieur au sein de cette nouvelle structure, constituée d’un étage situé à l’arrière du siège de la société. Consciente que la préservation de nos ressources dépend de plus en plus de la réutilisation des éléments de construction, Zonnige Kempen décide de transformer cette opportunité en cas d’étude pour la conception et la construction durable avec intégration de la filière du réemploi. En confiant cette nouvelle demande à l’agence Rotor, elle souhaite ainsi poursuivre sa politique de développement vertueux sur elle-même tout en réfléchissant à de nouvelles pratiques de production.
Au sein de la structure existante, Rotor conçoit de nouveaux espaces adaptés aux actuels besoins des employés, mêlant largement matériaux de réemploi avec de nouveaux composants lorsque cela s’avère nécessaire. Omniprésents mais discrets, les éléments réutilisés sont destinés à la zone d’accueil du public, aux espaces de travail, mais également à l’aménagement d’une cuisine doublée d’un espace de réunion. « Dès 2016, des questionnaires ont été communiqués aux collaborateurs de Zonnige Kempen pour cibler leurs besoins et attentes, les changements ou les acquis qu’ils désiraient mettre en place ou conserver dans ce nouvel aménagement et dans l’organisation de leur travail, explique Rotor. Des workshops ont ensuite été organisés, maquette 1/20 à l’appui pour les nœuds stratégiques, jusqu’au mock-up mobilier échelle 1/1 au sein de nos bureaux. Le projet s’est également construit autour des opportunités rencontrées lors des chantiers de déconstruction des années écoulées. Le réemploi n’est plus une contrainte, mais une source d’inspiration, un outil de composition. La réussite du projet tient également d’un exercice de co-conception ouvert. Nous avons étroitement communiqué avec les clients et architectes de W2 tout au long du processus et du chantier. »
Ainsi, l’espace accueil a été dépouillé de tous les faux plafonds, inserts de linoléum et autres décorations d’intérieur empreintes des années 1980. Les archives ont pu être déplacées dans les nouvelles extensions adjacentes pour laisser plus d’espaces lumineux au public. L’accès du public s’opère à travers un nouvel ensemble de menuiseries en bois massif et insert vitré. Les portes intérieures en verre sont issues du marché du réemploi. Les lignes horizontales de l’ensemble des pièces de mobiliers sur mesure sont traitées avec des plateaux en chêne massif réutilisés. Ceux-ci reposent sur des socles en multiplex stratifié blanc et piétement en chêne massif. La zone bureau est soulignée par un plafond à lamelles dit « millefeuille » couvrant des panneaux acoustiques. Ce plafond a été récupéré de la salle des guichets conçue par Jules Wabbes pour la banque bruxelloise, inaugurée en 1971. Réutilisées, les célèbres chaises tubulaires Gispen ont été regarnies en accord avec le nouvel intérieur.
Concernant les espaces de bureaux, la nouvelle demande a consisté à créer un lieu favorisant le travail d’équipe, ainsi que les permutations de postes selon l’évolutivité des besoins. Les nouveaux bureaux prennent désormais place dans un espace en longueur, éclairé de trois patios plantés, trait d’union entre l’accueil et l’accès du public. Les architectes tirent parti de cette typologie pour concevoir un long meuble mural étiré sur 30 m, rassemblant des casiers et armoires à crémaillères de réemploi. Des niches de bureaux et lecture ponctuent cet ensemble. Des glissières ont été aménagées au sein de chaque poste pour loger les tiroirs en chêne de réemploi de chaque membre du personnel. Ces derniers permettent d’accueillir les ordinateurs et les affaires personnelles pour du docking station – un dispositif informatique conçu pour accueillir, à la manière d'un socle, un appareil informatique portable – et assurent une flexibilité maximum des postes de travail.
Aux extrémités de l’espace paysager est aménagé un coin salon réalisé à partir de banquettes de bureau regarnies et augmentées de meubles d’appoint sur mesure, un coffee corner d’une part et, d’autre part, un espace phone box, doté de deux angles insonorisés.
La cuisine collective est elle aussi porteuse d’histoire : il s’agit d’un détournement de caissons de bureaux de différentes tailles du designer belge Christophe Gevers, réagencés en modules de cuisine de profondeur et hauteur variables. Le plan de travail est en bois de wengé, détournement des joues et brise-vue de cet ensemble pour mobilier de bureau. Les appareils électroménagers sont dissimulés derrière les façades originales ajustées. Seules la crédence et les joues latérales ont été réalisées dans des panneaux neufs, s’accordant avec le bleu d’origine.


