Copyright : ©- LucBOEGLY&SergioGRAZIA

Maîtres d'ouvrages : conseil général de Dordogne
Architecte mandataire et paysagiste : Snøhetta (Oslo) - Architectes d'opération : SRA Architectes (Châtillon) - Scénographes : Casson Mann (Londres) - Architecte associé, phase d'étude : Duncan Lewis-Scape Architecture (Bordeaux) - Economiste : VPEAS - BET structure : Khephren Ingénierie - BET fluides et VRD : Alto ingénierie - BET façade et verrière : RFR - BET acoustique : Commins dBlab
Superficie du terrain : 53 065 m2
Surface totale de plancher : 8365 m2 
Coût : 50 millions d'euros HT et 7 millions HT pour les aménagement extérieurs, dont financements département (16,6 millions), région (16,6 millions), Europe (12 millions), État (4 millions)
Calendrier : Concours 2012 ; inauguration 15 Décembre 2016

Dans la vallée de la Vézère, face à Montignac, le Centre international de l’art pariétal abrite la réplique intégrale de la grotte Lascaux, la « chapelle Sixtine de la préhistoire ». Véritable couture entre la forêt qui protège le site original et les terres cultivées, le projet imaginé par les Norvégiens de Snøhetta fabrique, autour d’une grande faille minérale, des parcours pluriels, didactiques et immersifs. 

 

Peint il y a 20 000 ans environ et fortuitement découvert en 1940, Lascaux a connu plusieurs répliques depuis sa fermeture au public en 1963. Après la copie partielle Lascaux II, ouverte en 1983 et désormais trop proche de la grotte originale (Lascaux III étant une exposition itinérante lancée en 2012), Lascaux IV associe, parallèlement à une reproduction parfaite des peintures rupestres, des salles d’interprétation. Le bâtiment-paysage composé par Snøhetta garde ses distances, au sens propre comme figuré : « Situé à un kilomètre de l’original, le centre est positionné à la jonction des sols, entre forêt et prairie agricole, par une inscription parallèle à la pente. Aucun arbre n’a été coupé, et des terres cultivées viennent jusqu’au bord de l’édifice », explique Kjetil Trædal Thorsen, architecte partenaire fondateur de Snøhetta, lauréat du concours (voir d’a no 214, décembre 2012). La masse minérale du Centre semble affleurer des terres de la colline forestière abritant la grotte originale. Comme si l’érosion avait révélé cette construction en lignes brisées. 

 

Une composition en creux 

Le centre est organisé en deux longs blocs massifs séparés dans le sens de la longueur par ce qui s’apparente à un « aven », abîme géologique propre aux reliefs karstiques de la région. Parallèlement à cette faille, côté village, son unique façade orientée nord-ouest s’étire suivant une arche brisée tendue d’un bout à l’autre. Sa grande surface vitrée, à l’origine transparente, présente une légère teinte qui atténue la continuité spatiale voulue entre les espaces d’accueil, la boutique et le restaurant en front avec le parvis. Accessibles depuis les extrémités, des emmarchements épousent la ligne du débord de toit jusqu’à une terrasse praticable. Aménagée en gradins, elle domine le village de Montignac. Ce dispositif rappelle celui utilisé par Snøhetta dans leur projet de l’opéra d’Oslo : au lieu du marbre de Carrare, le béton est ici coulé in situ, présentant une texture en strates alternées de bandes lisses et sablées qui évoque la sédimentation de roches. « Comme s’il était issu d’un même gisement minéral, ce béton constitue un seul matériau uniforme. Seule variation : le rythme des lignes inversées entre la façade et l’entaille », nous explique Kjetil Trædal Thorsen. Au coeur de l’édifice, l’aven connecte la grotte répliquée et les différentes salles d’interprétation de l’art pariétal, donnant l’illusion d’un espace hors du temps. Après l’échancrure de la façade, cette anfractuosité introvertie n’offre d’autre échappée visuelle que le ciel. L’effet est renforcé par l’inclinaison des murs verticaux qui perturbe l’équilibre en brouillant nos repères physiques. « Afin d’obtenir une qualité homogène des bétons – les voiles inclinés atteignant 10 à 12 mètres de haut provoquant des poussées différentielles –, plusieurs tests ont dû être faits », précise Pauline Thierry, en charge du chantier. Enfin, sur la partie arrière de l’édifice, les murs de béton font face à des contreforts de pierres appareillées en butée des terres existantes. Entre les deux, un passage se glisse entre la toiture belvédère et l’entrée de la réplique de la grotte. 

 

Des parcours sensoriels 

Les architectes ont organisé plusieurs parcours au sein de ce monolithe découpé : le premier nous sensibilise aux conditions de vie du Solutréen des hommes de Lascaux et nous prépare à la découverte de la grotte. Partant du hall, les visiteurs équipés de tablettes suivent un itinéraire qui passe par un ascenseur débouchant sur une plateforme sur le toit végétalisé. Ils glissent ensuite le long d’une rampe, entre contreforts et béton, jusqu’à un sas aveugle préparant à l’entrée dans la pénombre du fac-similé. Ils ressortent dans un patio à l’extrémité de l’aven. Se développe ainsi un jeu sur les variations atmosphériques entre extérieurs en contact avec la nature et intérieurs, allant jusqu’à recréer les conditions de température (12,4 °C) et d’hygrométrie (supérieure à 90 %) de Lascaux dans sa copie. Le fac-similé reprend la géomorphologie à la même échelle que l’original, celle-ci étant constituée de banquettes et de voûtes. La reproduction respecte les tonalités et les granulométries des rochers obtenues grâce à un scanner millimétrique réalisé dans la grotte existante. De même pour les peintures et gravures, époustouflantes de réalisme, admirablement exécutées par les artistes des Ateliers des fac-similés du Périgord. Salle des aurochs, nef des cerfs nageant, scène du puits symbolisant l’homme face à l’animal, les architectes ont pris soin d’éviter la « disneylandisation cromagnonesque ». « L’accès latéralisé montre bien que l’on rentre dans une reproduction. Décision prise avec le groupe d’experts, il s’agit d’une incision nette dans un volume complexe. L’essentiel était de maintenir le rapport aux oeuvres : en levant la tête, par exemple pour voir les peintures dans les conditions équivalentes à celles de la grotte », explique Kjetil Trædal Thorsen. Pour éviter de ramper comme dans la grotte originale, le sol est ici creusé le long des 10 mètres de dénivelé en pente douce, suivant une avancée sans marche arrière possible compte tenu des 400 000 visiteurs attendus par an. 

 

Révélations didactiques 

Dans un deuxième parcours, des fragments de fac-similés sont suspendus dans un espace éclairé de puits de lumière zénithale. Ces morceaux choisis, dont l’extrados forme de magnifiques sculptures, révèlent la mise en oeuvre du dispositif et l’étonnante minceur de la paroi reconstituée. En intrados, des projections surlignent les compositions graphiques préhistoriques, rendant l’ensemble particulièrement didactique. À l’aide d’outils numériques, la scénographie de l’agence Casson Mann accompagne sensiblement ces recompositions d’art rupestre. Ce jeu entre le vrai et sa reconstitution assumée irrigue l’ensemble du projet, comme ces formes anguleuses du bâtiment qui convoquent d’emblée tout l’univers morphologique des espaces rupestres pour mieux s’en affranchir par leur géométrie rectiligne.  

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