Copyright : ©Jean-Pierre PORCHER

Maîtres d'ouvrages : EDF / Sofilo
Maîtres d'oeuvres : Francis Soler architecte  - BET Structures : VP&GREEN engineering  - BET fluides : Espace Temps - BET acoustique : Lamoureux - BET VRD : Setec TPI  - Economiste : Mazet & Associés - Programmation : Orenoque - Aménageur : EPPS (Saclay) - Urbanisme : Michel Desvigne
Entreprises : SPIE Batignolles / BESIX
Surface SHON : 80 500 m2
Coût : 212 millions d'euros HT
Calendrier : 2010-2016

Le Centre de développement et de recherche d’EDF à Saclay vient s’étaler dans le quartier de l’École polytechnique. Composé de quatre grands cylindres, de hauteurs et de diamètres différents, il capte et amplifie grâce à leurs doubles enveloppes de verre les subtiles modifications de la lumière et parvient d’emblée à jouer avec les deux données majeures de ce vaste plateau : l’horizontalité implacable et les dramaturgies toujours changeantes du ciel nuageux. Il offre aussi ce qui manque encore à ce grand vide hérissé çà et là d’objets célibataires : un espace interstitiel qui se glisse entre les volumes pour y inséminer une profondeur scénographique et urbaine. 

 

Pourtant, lors du concours de 2010, l’entreprise avait incité les différentes équipes en compétition à lui soumettre des propositions compactes pouvant concilier en un seul volume des activités très variées. Ainsi, Emmanuel Combarel et Dominique Marrec avaient-ils conçu un parallélépipède de base carré de 170 mètres de côté, creusé de cours circulaires isolées ou organiquement reliées entre elles et équipées de panneaux solaires en forme de pétales. Dominique Perrault avait proposé une façade autonome composée de capteurs et montant en vague au-dessus d’une armée de barres parallèles, un dispositif conjuguant à la fois les fours solaires de Font-Romeu et le dispositif mis en place pour l’ESIEE à Marne-la-Vallée, tandis que Bernard Tschumi branchait une batterie de six plots colorés sur un sol remodelé et servant. Quant à Odile Decq et Brullmann-Crochon, ils déclinaient : l’une, une variante du Phæno, le musée des Sciences de Zaha Hadid à Wolfsburg ; les autres, une version cheap du Louvre d’Abou Dhabi de Jean Nouvel. 

 

Grandes roues 

À contre-courant, Francis Soler a su imposer quatre unités distinctes répondant aux fonctions essentielles du programme : accueil, restaurant, centre de recherche et halle d’expérimentation. Ces quatre cylindres – de 161 mètres de diamètre pour le plus grand à 42 pour le plus petit – répondent ainsi par leurs caractéristiques morphologiques à la diversité programmatique. Dans le cylindre de l’accueil, la cour permet de tisser un réseau arachnéen de fines poutres métalliques, auquel vient se suspendre par des câbles la couverture du grand hall central. Un espace magique qui apparaît aux visiteurs comme libéré de tout élément porteur. À côté, la même morphologie cylindrique permet d’obtenir des salles de restaurant courbes qui évitent l’effet réfectoire d’entreprise inhérent à ce type d’établissement. Plus en arrière, le centre de recherche se présente, lui, comme une grande roue inachevée dont les rayons et la périphérie sont occupés par des espaces de bureaux qui peuvent être, indifféremment, ou ouverts et paysagers, ou fermés et desservis par un couloir central. Une flexibilité permise par un judicieux système qui conjugue une dalle active de grande portée et de 40 centimètres d’épaisseur – intégrant un système de chauffage rayonnant – avec un faux plancher permettant le passage des fluides secs, de l’électricité et de la ventilation. Ces différents réseaux sont desservis par des gaines périphériques participant activement à l’élaboration d’une enveloppe servante. Enfin, la façade du haut cylindre entourant la halle carrée du centre d’expérimentation fonctionne comme la structure d’un gazomètre qui accompagne le mouvement des cuves télescopiques. Elle se poursuit ainsi au-delà de la grande salle, afin d’encercler un vide dans lequel les extensions futures pourront librement se greffer, sans altérer la composition. 

 

Les quatre éléments 

Ces grandes roues forment un immense rouage immobile qui semble chercher à capter et à étreindre les quatre éléments fondamentaux : terre, eau, air et feu… Ainsi la terre argileuse du plateau est-elle savamment creusée par l’architecte et par Pascal Cribier, son paysagiste. Comme dans un conte pour enfants, les ressources de ce sol argileux et imperméable, incapable d’absorber ses propres eaux pluviales, sont mises à contribution pour rentrer à part entière dans le projet. Déjà Colbert, au XVIIe siècle, avait scarifié ce plateau de rigoles et de drains pour alimenter les bassins du château de Versailles. Ainsi des douves – qui recueillent les eaux de ruissellement et les dirigent vers un bassin de rétention situé à l’arrière de la parcelle – sont-elles creusées autour des bâtiments sensibles accueillant la recherche et l’expérimentation afin de les protéger de toute intrusion. Un dispositif encore renforcé par des barrières d’épineux, véritables barbelés végétaux. Quant aux vents froids et puissants, ils sont piégés et domestiqués par un épiderme transparent avant de venir toucher le derme vitré. Des plaques épaisses et très écartées les brisent tout en leur évitant de hurler. Enfin, la lumière est, elle aussi, apprivoisée. Les coursives techniques qui s’élargissent en fonction de l’orientation empêchent au rayonnement direct de pénétrer dans les différents espaces de travail, un dispositif rodé et souvent employé par l’agence, notamment pour l’immeuble de bureaux de la ZAC Masséna. Cette double enveloppe transparente capte la luminosité et la diffuse en profondeur comme un abat-jour. Elle sait aussi, l’été, en fin de journée, jouer avec les effets de contre-jour. 

 

Schizophrénie 

Mais ce bâtiment sait aussi révéler la schizophrénie latente de cette zone, à l’origine semi-désertique – des champs de blé balayés par les vents – mais incluse dans un environnement urbain en liaison directe avec le centre de Paris. Un site à la fois coupé et connecté au monde, et considéré dès 1945 comme propice à l’installation des activités du Commissariat à l’énergie atomique, de ses réacteurs nucléaires de recherche, de ses accélérateurs de particules et autres synchrotrons. Un site aussi où, plus à l’est, l’École polytechnique est venu s’implanter à la fin des années 1970 pour mieux former l’élite de la nation dans un parc protégé, éloigné de la ville et de ses turpitudes. Un territoire découpé d’enclaves jalousement marquées par le sceau du secret, qui se voudrait paradoxalement depuis quelques années un lieu d’échange, une nouvelle Silicon Valley préméditée et planifiée où se mêleraient harmonieusement recherches publiques et privées, enseignements d’excellence et incubateurs de start-up. Les cylindres polysémiques de Soler semblent rester à la frontière de ces deux mondes : celui de l’enclave et du secret et celui de la communauté et de l’échange. Il se divise entre des constructions centrifuges et centripètes. Ainsi, connectés au grand mail fédérateur – l’avenue Gaspard- Monge –, l’accueil et le restaurant offrent aux autres institutions des équipements mutualisables, notamment la grande salle de 550 places, désormais utilisée pour toutes les manifestations d’envergure organisées par l’Établissement public d’aménagement Paris-Saclay. Tandis que, retranchées derrière leurs défenses infranchissables, recherche et expérimentation demeurent des espaces interdits. En témoigne aussi sa difficulté à s’inscrire dans le plan hippodamien de Michel Desvigne et de Xaveer de Geyter dessiné par la suite. Ses formes circulaires font toujours signe vers le passé de la zone, rappelant les édifices utopiques d’Étienne- Louis Boullée, qui cherchaient à dialoguer directement avec le paysage sans passer par la médiation d’aucune ville.

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