Maîtres d'ouvrages : Les Nouveaux Constructeurs (LNC)
Maîtres d'oeuvres : Farshid Moussavi Architecture, architecte mandataire ; Richez Associés, architecte associé - Maîtrise d'oeuvre exécution/OPC : Auris - BET façades : Werner Sobek - BET fluides : Bérim - Economiste : Prima - BET thermique : Ginko Ingénierie
Programme : 110 logements étudiants (rétrocédés en VEFA à la Fondation Dauphine et à Hauts de Seine Habitat), 91 logements en accession (dont 72 en accession à prix maîtrisé, et 9 en accession à un prix encadré réservé aux Nanterriens) et 5 commerces
Surface : 11 200 m2 SDP
Coût : 20 millions HT
Calendrier : Concours, 2011 ; Livraison, mars 2017
Trait d’union entre le quartier d’affaires historique de la Défense et les Terrasses de Nanterre à l’ouest, l’immeuble résidentiel « One » impose sa silhouette gracile parmi les tours et immeubles alentour. Dans ce mince parallélépipède tendu vers la Grande Arche, l’architecte anglo-iranienne Farshid Moussavi interprète habilement la consigne de mixité résidentielle du promoteur LNC.
L’Établissement public d’aménagement de La Défense Seine Arche (Epadesa) veut en finir avec la monofonctionnalité de son quartier d’affaires. L’objectif a été annoncé haut et fort et « Les Jardins de l’Arche », en cours d’aménagement au pied du monument sur sa face ouest, font figure de démonstrateur. La programmation diversifiée de ce nouveau quartier (hôtels, commerces, logements, universités, loisirs, etc.) a été pensée pour insuffler la mixité fonctionnelle et sociale qui faisait défaut. Et celle-ci trouve même à s’incarner au sein d’un unique bâtiment , tout juste livré par le promoteur Les Nouveaux Constructeurs. Fruit d’un concours en deux phases – la première pour retenir le promoteur, la seconde l’architecte –, One, ainsi qu’il se nomme, propose donc de faire cohabiter étudiants et familles, aisées et moins aisées, « de manière inclusive », pour reprendre les termes de l’architecte anglo-iranienne Farshid Moussavi, qui signe là sa première réalisation en France. Par sa situation stratégique, à la proue de ce territoire en mutation qui s’étend jusqu’à la Seine, cette opération de mixité aurait pu être brandie en étendard dans une tour aussi conquérante que celles qui se construisent à deux pas. Le bâtiment attire l’oeil au contraire par sa silhouette gracile flanquée de près par l’énorme salle de spectacle et de sport U Arena de Christian de Portzamparc, qui semble bien corsetée dans ce tissu urbain.
Légèreté
Sur cette parcelle coincée entre l’esplanade de la Grande Arche et le cimetière de Neuilly 5 mètres plus bas, l’architecte a inscrit un mince parallélépipède parfaitement aligné sur l’axe historique de Paris, comme pour mieux en souligner le rattachement. C’est cette forme légère, striée par les lignes graphiques de ses façades filantes, qui a remporté les suffrages du jury lors du concours, face aux projets jugés plus massifs des deux autres candidats (LAN et Brenac & Gonzalez). La partie plus charnue de la parcelle n’ayant pas été complètement exploitée en volumétrie, il a fallu caser les mètres carrés de ce programme dense autrement. Les hauteurs de dalle à dalle ont été comprimées (2,43 m de hauteur libre dans les studios étudiants), le socle surbaissé (de 50 cm) pour gagner un étage, et le dernier niveau, dévolu dans le cadre du PLU aux édicules techniques, optimisé pour accueillir des surfaces « bonus », traitées comme des penthouses avec de grandes terrasses. Le tassement entre les planchers aurait pu être perceptible, ce qui n’est pas le cas car tous les logements sont dotés d’un prolongement extérieur, balcon ou loggia – ou les deux – et de grandes baies vitrées toute hauteur (jusqu’à 7 m de longueur pour certains appartements, 1,80 dans les studios étudiants) qui projettent de manière très cinématographique dans le paysage métropolitain : à l’ouest l’U Arena qu’on effleure presque, au nord l’enclave du cimetière et, au-delà, le skyline des tours de la Défense et des tours Nuages d’Émile Aillaud. Ces vues panoramiques, si l’on veut s’y soustraire, peuvent être filtrées, du moins dans les loggias équipées de persiennes coulissantes. Le jeu de saillies et de retraits en façade confère par ailleurs une intimité aux logements chère à l’architecte, et apporte une protection solaire efficace. En façade sud, le déhanchement des balcons et loggias, dans un sens et dans l’autre selon un angle de 2 degrés – clin d’oeil à l’implantation légèrement désaxée de la Grande Arche – augmente l’habitabilité de ces espaces.
Strates horizontales
La faible largeur de l’immeuble (12 mètres) a aussi une incidence sur l’organisation interne. L’option d’un couloir de distribution central devenant impossible, cinq cages d’escalier desservent les appartements deux à deux, configuration qui permet également de proposer des plans traversants. De l’extérieur, rien ne distingue les logements étudiants de ceux en accession. L’architecte a tenu à indifférencier les programmes en les empilant par strates horizontales derrière des façades homogènes. Les étudiants sont logés dans les étages inférieurs, jusqu’au R + 3, selon l’argument que cette population concourt davantage à animer l’espace public que les familles. Cette répartition, plus complexe à mettre en oeuvre qu’une mixité verticale, permet cependant de réserver les meilleurs emplacements pour l’accession, facilitant ainsi la commercialisation. Rien ne transparaît donc depuis l’extérieur, et les prestations sont restées luxueuses (verre émaillé et menuiseries aluminium), Farshid Moussavi n’ayant pas cédé à la pression de les troquer contre des menuiseries PVC et un enduit basique beaucoup moins chers. Le promoteur s’en sort avec un surcoût de 30 %, soit un prix de construction de 2 100 euros le mètre carré habitable, qu’il justifie aussi par l’étroitesse du bâtiment : celle-ci a une incidence sur le nombre d’escaliers et le ratio façade-plan, peu performant. Ce luxe se retrouve aussi dans les halls d’entrée aux surfaces généreuses conçues comme des lobbies. Les étudiants disposent de leurs propres halls, aux niveaux de l’esplanade et du parvis en contrebas. C’est peut-être là que cette mixité résidentielle, finement résolue par ailleurs, atteint ses limites, dans les distributions. Les halls et ascenseurs ont été soigneusement séparés pour une meilleure gestion. Ce n’est pas très convivial, mais gageons qu’au quotidien les résidents se croiseront quand même, les circulations induites par cette superposition des programmes à l’horizontal étant finalement assez labyrinthiques.



