Félix Mulle est un personnage singulier dans l’univers de l’architecture francilienne. Avec l’Atelier de l’Ourcq, le quadragénaire s’affirme comme un touche-à-tout, spécialiste des projets ruraux et périurbains. Rencontre avec un architecte, parfois maître d’ouvrage, dont l’exercice se rapproche de l’AMO.
D’a : Votre parcours est transdisciplinaire. Après des études à l’École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux, dont vous êtes sorti diplômé en 2007, vous avez suivi un master 2 de sociologie à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Quelle était votre motivation ?
Durant mes études à Bordeaux, j’étais passionné par les enjeux de société, les interactions sociales, les jeux d’acteurs qui fabriquent l’architecture, la ville et le territoire. C’était la grande époque des friches et des tiers lieux. Bouchain, Coloco, Gilles Clément… : l’idée de reconsidérer les espaces par les usages prenait de l’ampleur. En lien avec la philosophie morale et politique, le master de sociologie pragmatique de Laurent Thévenot et Luc Boltanski proposait à la fois une approche théorique et de terrain. L’enquête sociologique que j’ai menée sur une friche à Milan m’a permis d’approfondir ce que j’avais imaginé pour mon projet de diplôme d’architecture au même endroit. La question sous-jacente était celle-ci : quels rôles peuvent tenir les architectes pour fabriquer la ville autrement, bottom-up, plutôt que top-down ?
D’a : Qu’avez-vous fait après vos études ?
Je suis resté durant quatre ans chez Alexandre Chemetoff, de 2008 à 2012, où j’ai travaillé sur la ZAC Manufacture-Plaine Achille de Saint-Étienne, depuis l’élaboration du plan-guide jusqu’aux premiers chantiers de maîtrise d’œuvre. Alexandre était un maître à penser. Il a compris avant les autres comment intervenir de façon intensive à certains endroits, mais pas à d’autres. C’est une philosophie de l’action avec une forme de retenue. Où faut-il agir ? Où ne le faut-il pas ? Selon quelles modalités ? C’est dans son agence que je me suis formé à l’urbanisme. (...)