Après s’être consacrée à l’exploration de la filière pierre en Île-de-France dans une exposition au Pavillon de l’Arsenal, l’agence Barrault-Pressacco a ouvert un nouveau chapitre de ses investigations matérielles. Leur ouvrage Wallness, qui vient de paraître aux éditions Caryatide, est une plongée dans le monde de l’isolation, détaillant les caractéristiques de la technique du chaux-chanvre pour renouveler la pensée architecturale des parois. Cyril Pressacco revient ici sur les vertus de cette écologie de la muralité, regardée comme de la robustesse appliquée (J. Choppin et G. Nicolas).
Dans un monde où les enjeux écologiques et la crise énergétique imposent une réévaluation de nos pratiques constructives, les matériaux biosourcés tels que l’isolant chaux-chanvre apparaissent comme une alternative aux isolants conventionnels. Au-delà de ses seules performances thermiques, ce matériau se distingue par sa capacité à redéfinir la relation de l’architecture à son milieu biogéographique, technique et social1, et à recentrer les enjeux formels à partir d’une rationalité qui s’appuie davantage sur des enjeux climatiques que constructifs. À la croisée des défis architecturaux et environnementaux, le recours à ce matériau invite à repenser les relations entre les constructions et leur milieu.
La décarbonation du secteur de la construction peut être envisagée comme la diminution de la consommation d’énergie et donc la réduction de l’entropie2. L’architecture moderne a promu un modèle de bâtiment paradoxal à la fois hermétique aux échanges climatiques avec l’environnement, tout en étant visuellement transparent. Les murs porteurs massifs, autrefois défensifs, ont cédé la place à des structures ponctuelles couplées à des parois légères et transparentes. La technologie climatique a permis, via des machines sophistiquées, un contrôle total du confort intérieur, maintenant en toute situation un climat artificiel stable. Cet idéal de transparence, incarné par le Crystal Palace conçu par Joseph Paxton ou la maison « à respiration exacte » imaginée par Le Corbusier, puis théorisé par Reyner Banham, a standardisé l’architecture autour d’un primat technologique porté par les innovations successives d’un progrès sans fin. Ce paradigme technologique a entraîné une entropisation croissante de la construction : des systèmes automates3 toujours plus complexes et énergivores ont renforcé la perte des savoir-faire et la déconnexion de l’architecture avec son milieu, nous obligeant à penser une bifurcation « néguentropique4 »

Détail de chanvre mis en œuvre sur le chantier de logements rue Marx-Dormoy, Paris 18e, 2021, Barrault Pressacco architectes.
© Giaime Meloni

Structure interne du béton de chanvre, vue au microscope électronique à balayage (MED), in Wallness, Nature et culture de l’isolant – Construire en chanvre, Caryatide éditions, 2024.
$##$.Les techniques qui ont permis une amélioration considérable de nos conditions de vie sont devenues paradoxalement des facteur (...)